Qui est Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix?

Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien. ©AFP

Cinquième étape de la saison Nobel et sans doute la plus attendue: le prix Nobel de la paix 2019 a été décerné au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan d'une réconciliation spectaculaire de son pays avec l'Érythrée.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a reçu ce vendredi le prix Nobel de la paix. Il était cité parmi les favoris.

Il a été récompensé "pour son initiative décisive pour résoudre le conflit frontalier avec l'Érythrée", a déclaré la présidente du comité Nobel norvégien, Berit Reiss-Andersen. Les deux pays ont renoué leurs relations en juillet 2018 après une guerre sanglante entre 1998 et 2000 et des années d'hostilité.

9 millions
couronnes
Les lauréats reçoivent un chèque de 9 millions de couronnes (830.000 euros), à se partager le cas échéant entre récipiendaires d'un même prix, ainsi qu'une médaille d'or et un diplôme.

Le Premier ministre pressé de changer l'Éthiopie

Abiy Ahmed est le Premier ministre d'un régime dont il est le pur produit. Fils de modestes villageois, il a initié de profonds changements en Éthiopie, suscitant espoirs et inimitiés.

Depuis qu'il a pris les rênes du deuxième pays le plus peuplé d'Afrique en avril 2018, ce quadragénaire a secoué jusque dans ses fondations un régime ankylosé par plus de 25 ans d'exercice autoritaire du pouvoir. Comment?

Abiy a bien enregistré des succès en termes de politique étrangère, mais il y a eu cette forme d'optimisme mal avisé venant de l'étranger, selon lequel il peut transformer la Corne de l'Afrique.
James Barnett
spécialiste de l'Afrique de l'Est à l'American Enterprise Institute

Abiy Ahmed ici en compagnie du président érythréen, Isaias Afwerki. ©REUTERS

Six mois à peine après son investiture, Abiy Ahmed, 43 ans, avait conclu la paix avec son voisin érythréen, fait relâcher des milliers de dissidents. Il s'était également publiquement excusé des violences des forces de sécurité et avait accueilli à bras ouverts les membres de groupes exilés qualifiés de "terroristes" par ses prédécesseurs.

Plus récemment, il a développé son programme d'ouverture d'une économie largement contrôlée par l'État.

Il a aussi joué un important rôle de médiation dans la crise politique soudanaise et a essayé de revitaliser le fragile accord de paix sud-soudanais.

Des efforts, pas encore de succès

La vieille garde de l'ancien régime le trouve trop radical tandis que les jeunes en voudraient plus et plus vite.

Quant à savoir si ses démarches seront finalement couronnées de succès, la question reste entière. Y compris sur le dossier érythréen, où les signes concrets du rapprochement se font encore attendre.

Sa hâte à changer l'Éthiope ne fait pas que des heureux. La vieille garde de l'ancien régime le trouve trop radical tandis que les jeunes en voudraient plus et plus vite. Son ouverture a également libéré des ambitions territoriales locales et d'anciens différends intercommunautaires qui ont débouché sur des violences meurtrières dans de nombreuses régions du pays. 

Ses défis

Abiy Ahmed a reçu le Nobel de la paix "pour ses efforts en vue d'arriver à la paix et en faveur de la coopération internationale, en particulier pour son initiative déterminante visant à résoudre le conflit frontalier avec l'Erythrée". ©REUTERS

Abiy Ahmed pèse désormais de tout son poids pour que les élections législatives se tiennent en mai 2020. Il pourrait ainsi gagner sa légitimité par les urnes

Il doit particulièrement veiller à sa sécurité. Il lui faudra également espérer que les inimitiés suscitées par ses réformes, les violences communautaires et d'importants mouvements au sein de l'appareil sécuritaire ne le rattrapent pas. Mi-2018, il avait été visé par une attaque à la grenade lors d'un rassemblement à Addis Abeba. Lors de son entretien à la radio Sheger, il confiait ainsi: "Il y a eu beaucoup de tentatives jusqu'à présent, mais la mort n'a pas voulu venir à moi". 

Du renseignement militaire à la politique

Son enfance. Né en 1976 d'un père musulman et d'une mère chrétienne dans une petite commune du centre-ouest, Beshasha, Abiy Ahmed "a grandi en dormant sur le sol" dans une maison qui n'avait ni électricité ni eau courante. Adolescent, il s’est engagé dans la lutte armée contre le régime du dictateur Mengistu Haile Mariam.

Chef des espions. Abiy Ahmed a alors connu une ascension linéaire au sein de la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), d'abord dans l'appareil sécuritaire, puis côté politique. Il grimpe les échelons de l'armée pour obtenir le grade de lieutenant-colonel et sera, en 2008, l'un des fondateurs de l'Agence nationale du renseignement (INSA), qu'il dirigera de facto pendant deux ans.

 Sa carrière politique. En 2010, il troque l'uniforme pour le costume d'homme politique. Il devient député puis, en 2015, ministre des Sciences et Technologies. Fin 2015, un mouvement populaire de protestation anti-gouvernementale prend de l'ampleur au sein des deux principales communautés du pays, les Oromo, dont est issu Abiy Ahmed, et les Amhara.

Il devient Premier ministre. Le mouvement, bien que violemment réprimé, finit par emporter le Premier ministre Hailemariam Desalegn, symbole d'une coalition incapable d'apporter des réponses aux aspirations de la jeunesse. En mars 2018, l'EPRDF désigne Abiy Ahmed pour sauver la situation, faisant de lui le premier oromo à occuper le poste de Premier ministre.

 

 

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