Travailler moins avec le même salaire, la Suède fait le test

En Suède, on a fait le pari de raccourcir les journées de travail tout en gagnant autant. Ce système pourrait augmenter la productivité des travailleurs tout en maintenant un niveau de vie élevé.

Robert Nilsson est un mécanicien de 25 ans. Il vit à Göteborg en Suède. Ces journées de travail feraient pâlir d’envie n’importe quel ouvrier dans le monde. Il se lève à la même heure que tout le monde, mais ne se rend pas tout de suite au travail. Il va courir, prend un bon petit déjeuner et arrive à son atelier chez Toyota à midi... pour repartir à 18 heures.

"Mes amis me détestent. Pour la plupart d'entre eux, comme je ne travaille que six heures, je ne devrais pas être payé huit", confie-t-il à l'AFP, occupé à fixer une vitre arrière sur une Toyota Prius.

Assurer la productivité

La Suède expérimente ainsi un modèle où l'on travaillerait moins, en gardant un niveau de vie élevé. Certains Suédois veulent prouver que travailler moins longtemps peut permettre de gagner et produire autant, en accroissant la productivité.

La municipalité sociale-démocrate de Göteborg a lancé un projet pour travailler moins longtemps avec des fonctionnaires du secteur des soins aux personnes âgées. Un groupe travaillera six heures par jour, alors qu'un autre continuera à faire les huit heures habituelles.

Dans un an, les autorités municipales analyseront les données pour savoir si la journée de six heures permet de faire des économies et décidera de poursuivre ou non. "Les gens font des carrières longues et il faut réfléchir à la manière de créer un environnement plus humain sur le lieu de travail", estime le conseiller municipal de Göteborg, Mats Pilhem, du Parti de Gauche.

A savoir

La Belgique est la  4ème plus productive selon un classement international de la richesse produite par heure et par personne, dressé par le Conference Board, une organisation américaine de recherche sur l'entreprise.

Dans ce même classement de 61 pays, la Norvège est première, suivi par le Luxembourg et les Etats-Unis. Les Pays-Bas sont cinquièmes, la France sixième et l’Allemagne, septième.

La Suède occupe le 11ème  rang. Elle se place ainsi devant l’Autriche, le Royaume-Uni et le Canada.

Modèle inconcevable

Le rythme de travail en Suède surprend souvent les visiteurs étrangers, perplexes sur la possibilité de conjuguer salaires élevés avec tant de loisirs.

Une idée insensée pour Mme Sahlen, une analyste du cercle de réflexion libéral Timbro, le projet ne tient pas debout et faire travailler une grande partie de la main-d'oeuvre 25% de moins qu'auparavant, pour le même salaire, coûterait trop cher. "Je pense que c'est une idée insensée et je ne pense pas qu'elle se matérialisera", assure-t-elle.

Les opposants au projet se fondent notamment sur les 35 heures en France et en Allemagne, 30 heures en moyenne aux Pays-Bas, qui ont donné des résultats mitigés.

Pour les défenseurs du projet, des économies seront faites sur le long terme, en ayant des salariés moins souvent malades au fil des ans, et moins fatigués à l'approche de la retraite.

Exemple de réussite à Toyota

À l'usine Toyota de Göteborg, la journée de six heures a été mise en place en 2002. Le jeune mécanicien, Robert Nilsson, a constaté qu'une journée de six heures était plus productive car il y a moins de temps perdu. "À chaque fois qu'on prend une pause, il faut 10 ou 15 minutes avant de se remettre au travail, parce qu'on doit reprendre le fil", expose-t-il.

"Ça été un énorme succès dès le départ", se félicite la directrice du centre de services Toyota, Elisabeth Jonsson. "Nous avons vu les résultats, et ça a bien fonctionné pour le personnel, pour l'entreprise et pour les clients, donc je ne pense pas que nous ayons déjà envisagé d'y mettre un terme", ajoute-t-elle.

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