Un plan Juncker extra-européen contre la migration

Jean-Claude Juncker ©AFP

Alors que plus de 10.000 personnes se sont noyées en Méditerranée ces deux dernières années, la Commission annonce de nouvelles carottes et bâtons pour inciter les pays d’origine à lutter contre l’exode.

Vous avez aimé le plan Juncker pour les investissements stratégiques en Europe? Voici le plan Juncker bis, qui promet de mettre un terme à l’hécatombe migratoire en Méditerranée. La Commission européenne annonce 62 milliards d’euros d’investissements "hors de l’Union" qu’elle présente comme une partie du nouveau cadre de partenariat pour les pays d’Afrique d’où viennent les candidats à l’exil vers l’Europe. Au cours des deux dernières années, plus de 10.000 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’Union par la mer, estiment les Nations unies.

62 milliards €
La Commission européenne prépare un "plan d’investissement extérieur" sur le modèle du plan Juncker. Si la sauce prend, il pourrait générer jusqu’à 62 milliards d’euros.

Le plan sera présenté en détail à l’automne prochain, mais il ressemble comme deux gouttes d’eau au Fonds européen pour les investissements stratégiques: une mise initiale de quelques milliards comme levier pour attirer l’investissement privé. La Commission entend mobiliser 3,1 milliards pour garantir des investissements "d’un montant total pouvant atteindre 31 milliards d’euros, voire potentiellement 62 milliards si les États membres et d’autres partenaires apportent une contribution équivalente" à celle de l’Union. "On passe de l’aide à l’investissement", résume la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, sans préciser sur quelle période les investissements annoncés s’étaleraient.

Retenir les masses

Le plan qu’elle présentait hier avec le numéro deux de la Commission Frans Timmermans annonce plus généralement "un nouveau cadre pour les partenariats de migration". La Commission entend conclure des "pactes" sur mesure avec des pays partenaires – elle cite à court terme la Jordanie et le Liban, puis le Niger, le Nigeria, le Mali et l’Éthiopie. On récompensera les pays désireux de coopérer et fera pression par tous les moyens sur les autres – "une série de mesures incitatives positives et négatives sera intégrée aux politiques commerciale et de développement de l’UE".

La si­tua­tion po­li­tique de cer­tains pays forcent de nom­breuses per­sonnes à tout aban­don­ner pour ten­ter leur chance ailleurs. L'Union eu­ro­péenne fait par­tie des zones d'af­flux de mi­grants et tente d'y ré­pondre de ma­nière adap­tée. Consultez notre dossier en ligne en cliquant ici.

Le vice-président néerlandais de la Commission annonce "l’affectation rapide de 8 milliards d’euros au cours des cinq prochaines années". Ce qui ne veut pas dire que l’Europe met de l’argent frais sur la table. 500 millions d’euros seront débloqués d’une réserve de développement pour alimenter le Fonds fiduciaire pour l’Afrique, et 500 millions supplémentaires seront demandés aux États membres. Pour le reste, il s’agit de fonds et de prêts déjà prévus, notamment pour venir en soutien au Liban et à la Jordanie. "Nous sommes assez confiants sur le fait que nous pouvons livrer" ce paquet, assure Frans Timmermans. En matière d’aide et de gestion des flux migratoires, les États membres ont montré jusqu’ici une propension certaine à ne pas respecter leurs engagements.

Attirer les cerveaux

Dans le même geste, la Commission revoit le système de migration légale, Jean-Claude Juncker ayant fait de la migration légale une de ses priorités. L’objectif affiché est d’attirer des migrants "dotés des compétences élevées" alors que "les travailleurs étrangers qualifiés se dirigent plutôt vers des pays qui sont en concurrence avec l’Union européenne sur le plan économique". Le commissaire aux migrations Avramopoulos entend donc revoir la "carte bleue" adoptée en 2009 et très peu utilisée depuis par les États membres. La Commission propose un régime unique pour l’ensemble de l’Union qui remplacera les régimes nationaux et facilite la mobilité intra-européenne des migrants économiques que l’Europe aura acceptés.

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