Une centaine de diplomates russes refoulés par les alliés de Londres

©REUTERS

Quatorze pays de l'Union européenne, le Canada et les Etats-Unis ont décidé d'expulser des diplomates russes dans une réaction coordonnée contre Moscou à la suite de l'affaire Skripal, du nom de l'ex-agent double russe empoisonné en Grande-Bretagne. Pour l'instant, la Belgique ne suit pas les autres pays européens.

Dans un premier temps, les autorités britanniques avaient expulsé le 15 mars dernier 23 Russes en riposte à l’empoisonnement de Sergueï Skripal. Les autorités britanniques avaient aussi suspendu les relations bilatérales avec la Russie. Moscou a alors, au titre de mesures de réciprocité, expulsé le même nombre de Britanniques.

Ce lundi, les alliés de Londres ont pris le même type de mesure et de façon coordonnée. La Belgique s'est toutefois abstenue de procéder à l'expulsions de diplomates russes.

94
Diplomates russes
14 pays européens (Belgique non comprise), le Canada et les Etats-Unis ont décidé d'exclure 94 diplomates russes après la tentative d'assassinat imputée à la Russie d'un agent double russe au Royaume-Uni.



L'affaire Skripal

L'agent double russe vivant au Royaume-Uni, Sergueï Skripal, et sa fille ont été la cible d'une tentative d'assassinat par empoisonnement le 4 mars dernier sur sol britannique. Selon le gouvernement de Theresa May, Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Ioulia, 33 ans, toujours hospitalisés dans un état critique, ont été victimes d'un agent neurotoxique militaire datant de l'époque soviétique, le Novitchok. La Russie dément toute implication.

L'Allemagne a ainsi expulsé quatre diplomates russes en lien avec l'affaire Skripal. "Après l'attentat au poison de Salisbury, la Russie ne coopère toujours pas avec les enquêteurs", s'est justifié le ministère allemand des Affaires étrangères.

La France a aussi annoncé l'expulsion de quatre diplomates russes, en solidarité avec la Grande-Bretagne. "Nous avons notifié aujourd'hui aux autorités russes notre décision d'expulser du territoire français quatre personnels russes sous statut diplomatique, dans un délai d'une semaine", a précisé le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian dans un communiqué.

La Belgique s’abstient pour le moment

Au total, 14 pays de l'UE ont procédé à ce genre de sanction, a confirmé le président du Conseil européen Donald Tusk depuis Varna, en Bulgarie, où il doit participer à une réunion des dirigeants de l'UE avec le président turc Recep Tayyip Erdogan. "Des mesures supplémentaires, incluant de nouvelles expulsions, ne sont pas exclues dans les prochains jours et (les prochaines) semaines", a ajouté Donald Tusk.

Les premières annonces faites ce lundi sont donc venues de l'Allemagne (quatre expulsions), de la France (quatre), de la Pologne (quatre), de la République Tchèque et de la Lituanie (trois), de l'Italie, du Danemark, des Pays-Bas (deux chacun), de l'Estonie, de la Lettonie et de Finlande (un). Les trois autres pays sont la Roumanie, la Suède et la Croatie, selon des sources diplomatiques. L'Ukraine a elle annoncé l'expulsion de 13 diplomates russes.

Quant à l'Islande, elle a annoncé un boycott diplomatique du Mondial 2018 en Russie. "Parmi les mesures prises par l'Islande se trouve le report de tout dialogue bilatéral de haut-niveau avec les autorités russes. Par conséquent, les responsables islandais n'assisteront pas à la Coupe du monde de la FIFA en Russie cet été", a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

"Ce geste provocateur de prétendue solidarité avec Londres (...) témoigne de la poursuite d'une ligne de confrontation visant à aggraver la situation. Il va sans dire que cette mesure inamicale de ce groupe de pays ne restera pas sans conséquences et que nous allons forcément y répondre."
Le ministère russe des Affaires étrangères
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La Belgique n'a pas pris de mesures en ce sens. Mais, le point est mis à l'ordre du jour du Kern prévu ce mardi. Notre ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR) promet de faire avec ses collègues du gouvernement un examen de la situation. Il leur fera une "proposition sur le plan bilatéral", a-t-il indiqué à l'agence Belga. En tant que pays hôte des institutions européennes et de l'Otan - qui pourraient décider des mesures semblables -, la Belgique "participera à ce qui est décidé" par ces deux organisations, a ajouté le ministre Reynders.

Pourquoi la Belgique ne suit-elle pas ses alliés européens? La riposte commune des 14 Etats-membres de l'UE avait été décidée lors du sommet européen de jeudi dernier à Bruxelles dans la foulée de l'adoption d'une déclaration commune incriminant la Russie dans l'empoisonnement des Skripal. Les dirigeants européens ont dans un premier temps voulu expulser des diplomates en poste dans les représentations de la Russie auprès de l'Union européenne, mais ces derniers sont officiellement accrédités auprès du Royaume de Belgique, puisque les institutions, entités non-étatiques, sont situées sur le territoire belge.

La décision de les expulser aurait incombé aux autorités belges, ce que le Premier ministre Charles Michel a refusé de faire, privilégiant encore la voie du dialogue avec son homologue russe qu'il a rencontré le mois dernier.

Le Kremlin prépare la riposte

"Au gouvernement russe, nous disons: 'lorsque vous attaquez nos amis, vous devez en assumer les conséquences."
Une source américaine
sous couvert d'anonymat

Outre-Atlantique, Donald Trump a ordonné l'expulsion de 60 Russes et la fermeture du consulat de Russie à Seattle. Parmi les 60 Russes qui seront expulsés des Etats-Unis figurent 12 agents de renseignement en poste aux Nations unies. 

Même sentence au Canada. Les autorités vont bannir quatre diplomates russes. Le gouvernement canadien a par ailleurs rejeté trois demandes de personnel diplomatique supplémentaire présentées par le gouvernement russe.

L'Australie a, elle, décidé d'expulser deux diplomates russes.

La Russie a immédiatement réagi à ces annonces, promettant d'expulser à son tour des diplomates occidentaux. Et l'ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, a estimé que la décision des Etats-Unis d'expulser les diplomates était "injustifiée" et anéantissait le peu qui restait des relations américano-russes, écrit l'agence de presse russe RIA. Evoquant une riposte russe, le diplomate a estimé qu'elle serait proportionnée, car, dit-il encore, les Etats-Unis ne comprennent que la force.

A l'inverse, les Britanniques se félicitent de cette opération coordonnée. Le ministre des Affaires étrangères au Royaume-Uni, Boris Johnson, a salué la "réponse extraordinaire" de ses alliés qui "constitue le plus grand mouvement d'expulsion d'agents russes de l'histoire, et permet de défendre notre sécurité partagée."


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