"Il est trop tard pour sauver Kobane"

©REUTERS

La Turquie a demandé aux Etats-Unis d'intensifier leurs frappes aériennes afin d'empêcher les djihadistes de l'Etat islamique (EI) de s'emparer de Kobane. Dans cette ville kurde syrienne, les combats font actuellement rage, les Kurdes faisant montre d'une résistance acharnée. Le sud-est de la Turquie est sous couvre-feu, après des manifestations pro-Kurdes qui ont fait 18 morts.

Kobané est toujours le théâtre de combats acharnés entre forces kurdes et jihadistes, plus de 24 heures après l'entrée dans cette ville de l'Etat islamique (EI) que les raids aériens de la coalition internationale n'avaient pu empêcher.

Depuis Genève, l'envoyé spécial des Nations unies en Syrie, Staffan de Mistura, a appelé à "agir immédiatement" pour sauver la ville des jihadistes, alors que les frappes orchestrées depuis plusieurs jours par la coalition américano-arabe en Syrie ne parviennent pas à les arrêter.

  • Peut-on encore sauver Kobane?

"Kobane est sur le point de tomber", a mis en garde le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaidant pour une opération militaire terrestre contre les jihadistes.

→ Ce scepticisme quant à la possibilité de défendre la ville est partagé par plusieurs experts.

"A ce stade, il est trop tard pour sauver Kobané. Cette avancée de l'EI prouve que la campagne de frappes de la coalition n'atteint pas son objectif, à savoir détruire les capacités militaires de l'organisation", pointe Mario Abou Zeid, analyste au Centre de recherches américain Carnegie à Beyrouth.

S'ils réussissaient à conquérir entièrement Kobané, les jihadistes s'assureraient le contrôle sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.


  • Sur le terrain

A l'intérieur de la ville, les combattants kurdes ont réussi à faire reculer les jihadistes vers les quartiers de l'est, par lesquels ils sont entrés lundi soir, selon l'OSDH.

Kobané est devenue le théâtre d'"une guérilla urbaine", a résumé le directeur de l'organisation, Rami Abdel Rahmane, dont l'ONG a fait état de plus de 400 morts, en grande majorité des combattants des deux camps, depuis le début de l'offensive jihadiste le 16 septembre.

Les réfugiés: L'offensive de l'EI, qui a réussi à s'emparer de près de 70 villages sur le chemin de Kobane, a déjà poussé à la fuite quelque 300.000 habitants, dont plus de 180.000 ont trouvé refuge en Turquie.

Ceux qui sont restés: Les informations sur le nombre de civils encore présents dans la ville sont très difficiles à recouper, certaines sources faisant état d'une fuite totale de la population, tandis que d'autres affirment que "des milliers de civils" sont toujours dans Kobané (Aïn al-Arab en arabe).

"Les YPG (Unités de protection du peuple kurde) mènent une résistance acharnée", a affirmé Ozgur Amed, un journaliste kurde proche de la ligne de front. "Notre moral tient bon. Nous avons juste peur de la détérioration de la situation humanitaire".

 

  • Les frappes aériennes

L'Iran a dénoncé mardi "la passivité de la communauté internationale", et appelé à soutenir le gouvernement syrien contre "les terroristes". Grand allié de Damas, Téhéran estime que les frappes de la coalition ont pour objectif réel de déloger le régime de Bachar al-Assad.

En Irak, des avions F-16 néerlandais ont lancé leurs premières frappes contre le groupe EI pour venir en aide à des combattants kurdes dans le Nord. Plusieurs pays occidentaux participent à ces raids en Irak où l'armée américaine a utilisé pour la première fois des hélicoptères, ce qui marque une escalade dans la gestion du conflit et expose davantage au danger les soldats américains.

Même si elle n'est pas encore intervenue, l'armée turque a reçu la semaine dernière le feu vert du Parlement pour s'engager en Syrie comme en Irak, alors que les Etats-Unis et les autres alliés de la coalition ont exclu de déployer des troupes au sol.

 

 

Le sud-est de la Turquie restait sous couvre-feu, mercredi, après de violentes manifestations de la communauté kurde du pays contre le refus du gouvernement d'intervenir en Syrie qui ont viré à l'émeute et fait au moins 18 morts.
Sans précédent ces dernières années, cette vague de protestation a contraint les autorités, pour la première fois depuis 1992, à imposer un couvre-feu dans six provinces du pays peuplées en majorité de Kurdes et menace de faire dérailler le fragile processus de paix engagé entre la rébellion kurde et Ankara.

Selon le dernier décompte compilé par les médias turcs, un total de 18 personnes ont été tuées mardi. Le précédent bilan faisait état de 14 victimes.
L'essentiel des affrontements se sont concentrés à Diyarbakir, considérée comme la "capitale" du sud-est kurde, où dix personnes ont été tuées, a confirmé lors d'une conférence de presse le ministre de l'Agriculture Mehdi Eker.

Dans le sud-est comme à Istanbul ou Ankara, les manifestants, en colère contre le refus d'Ankara d'intervenir militairement contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui font le siège de la ville syrienne kurde de Kobané, ont affronté les forces de l'ordre et détruit de nombreux bâtiments publics, commerces et véhicules.

Le chef emprisonné du PKK Abdullah Öcalan a prévenu que la chute de Kobané signerait la fin des efforts de paix engagés il y a deux ans pour mettre un terme à un conflit qui a fait quelque 40.000 morts depuis 1984

©EPA

 

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