La Turquie convoque une réunion d'urgence de l'Otan

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ALors que la tension est à son maximum entre les autorités turques et la minorité kurde, Ankara a convoqué une réunion d'urgence de l'Otan. Deux soldats turcs ont été tués samedi dans le sud-est à majorité kurde de la Turquie, dans la foulée des frappes aériennes turques contre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui ont signé la fin de la trêve qui tenait depuis 2013.

Les ambassadeurs des 28 pays membres de l'Otan se réuniront mardi à la demande de la Turquie pour des consultations sur la montée de tension entre Ankara d'une part, les rebelles kurdes et le groupe jihadiste État islamique de l'autre, a annoncé l'Alliance dans un communiqué dimanche. 

La Turquie "a demandé cette réunion au vu du sérieux de la situation après les odieux attentats terroristes de ces derniers jours et pour informer ses Alliés des mesures qu'elle prend", précise le communiqué. 
"Les Alliés de l'Otan suivent de très près les évolutions et sont solidaires de la Turquie", ajoute le texte. 
Ankara a fait jouer l'article 4 du Traité de l'Alliance atlantique, qui permet à un de ses membres de demander des consultations quand il estime "qu'une menace pèse sur son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité", selon le communiqué. 

Tard samedi soir, une voiture piégée a explosé dans le district de Lice, près de la grande ville à majorité kurde de Diyarbakir, tuant deux militaires et en blessant quatre, selon le bureau du gouverneur.
L'attaque n'a pas été aussitôt revendiquée, mais l'état-major turc l'a attribuée à "l'organisation terroriste et séparatiste", expression habituellement utilisée pour désigner le mouvement kurde en rébellion depuis 1984 contre Ankara.

Cette brusque escalade de la tension entre le gouvernement islamo-conservateur turc et les rebelles kurdes de Turquie intervient alors qu'Ankara est résolument passé à l'offensive contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), en frappant à plusieurs reprises ses positions en territoire syrien.

Quelques heures avant cet attentat, l'aile militaire du PKK avait menacé de rompre le fragile cessez-le-feu qu'il a proclamé unilatéralement en 2013.
En cause, la vague de bombardements ordonnée par les autorités turques sur les bases arrière du mouvement dans le nord de l'Irak.
A partir de vendredi soir, les chasseurs-bombardiers F-16 turcs ont mené plusieurs raids contre des installations, camps, hangars et dépôts de munitions du PKK dans les monts Kandil, dans l'extrême nord du territoire irakien.
Ces opérations ont fait 1 mort et 3 blessés dans les rangs du PKK, selon l'organisation.
"Les conditions du maintien du cessez-le-feu ont été rompues", ont proclamé les Forces de défense du peuple (HPG), l'aile militaire du PKK, sur leur site internet. "Face à ces agressions, nous avons le droit de nous défendre".

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Le régime du président Recep Tayyip Erdogan a engagé à l'automne 2012 des discussions de paix avec le chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, mais ces négociations n'ont abouti à aucun accord.
"Le cessez-le-feu semble terminé", a commenté le professeur David Romano, de l'Université d'Etat du Missouri. "Sous couvert d'une offensive contre le groupe Etat islamique, le gouvernement a déclaré une guerre à toutes les organisations terroristes", a-t-il dit à l'AFP. "Je soupçonne qu'il vise plus le PKK que l'EI".

Soutien américain 

La Turquie a longtemps été accusée de complaisance et d'inertie à l'endroit des islamistes radicaux en guerre contre le régime de Damas, ce qu'elle a toujours démenti. Mais elle a engagé cette semaine l'offensive contre l'EI après l'attentat suicide meurtrier, attribué aux jihadistes, qui a fait lundi dernier 32 morts à Suruç, près de la frontière syrienne.

Ankara a également donné son feu vert à l'utilisation de la base d'Incirlik aux avions américains qui bombardent l'EI en Syrie et en Irak.

La Maison Blanche a défendu dimanche le droit des Turcs à "mener des actions contre des cibles teroristes", selon son conseiller adjoint à la Sécurité nationale, Ben Rhodes. 
Simultanément à celles contre les jihadistes, le gouvernement turc a ordonné les frappes contre le PKK dans le cadre d'un effort global de "lutte contre les groupes terroristes", après une série d'attaques contre ses forces de sécurité.
Le mouvement séparatiste kurde a ainsi revendiqué mercredi l'assassinat de deux policiers dans la ville de Ceylanpinar, à la frontière avec la Syrie, en riposte à l'attentat de Suruç qui a visé des militants de la cause kurde.
"La terreur et la violence exercées par le PKK ont empoisonné le processus de paix", a accusé le vice-Premier ministre Yalçin Akdogan.

Le principal parti kurde de Turquie a accusé en retour M. Erdogan de vouloir "mettre le feu au pays afin d'obtenir les pleins pouvoirs", près de deux mois après des élections législatives où son parti à perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans.
Depuis lundi, la tension est vive dans de nombreuses villes de Turquie, notamment dans le Sud-Est à majorité kurde. Des manifestations contre le gouvernement, accusé d'être responsable de la montée en puissance des jihadistes, sont réprimées.

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Samedi soir, un homme a été tué par balle lors d'affrontements entre la police et des manifestants prokurdes à Cizre, a-t-on appris de sources hospitalières. 
Par souci d'apaisement, le principal parti kurde de Turquie a annulé la "marche pour la paix" antijihadiste prévue dimanche après-midi à Istanbul, interdite par le gouverneur.
Depuis vendredi, les autorités turques ont mené un coup de filet sans précédent contre des militants supposés du groupe EI, du PKK et de l'extrême gauche. Selon le dernier bilan officiel, 590 personnes ont été arrêtées et placées en garde à vue.

 

©© erhan demirta?/Demotix/Corbis


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