Bernie Sanders a perdu son pari mais fait pression sur Joe Biden

Bernie Sanders a annoncé mercredi qu'il reste en lice. Pour le moment. ©REUTERS

Le socialiste n’a pas réussi à élargir sa base lors des primaires démocrates. Mais il compte bien pousser Joe Biden à embrasser des propositions plus progressistes afin de rallier les jeunes générations dont il reste le champion.

Battu en 2016, Bernie Sanders avait tout misé cette fois sur une idée: il serait le meilleur candidat pour battre Donald Trump aux élections présidentielles américaines car, grâce à son programme révolutionnaire, il provoquerait une participation record basée sur une "coalition multiraciale et multiâge". Ses échecs successifs depuis une dizaine de jours dans la course démocrate, couronnés par sa défaite, mardi soir, dans le Michigan qu’il avait gagné en 2016, montrent que le socialiste a eu tort.

Certes, le sénateur du Vermont reste le champion des jeunes générations et a réussi à mobiliser une grande partie du vote latino, notamment au Nevada. Mais les plus jeunes sont aussi les moins susceptibles de se déplacer au bureau de vote et Bernie Sanders en a fait les frais. Non seulement il n’a pas élargi sa base, mais il a vu filer des électeurs qu’il pensait acquis à sa cause.

Déloger Trump

C’est Joe Biden, désormais favori incontesté de ces primaires après une remontada spectaculaire, qui a profité de la hausse de la participation. Et c’est finalement lui qui a réuni une coalition multiraciale et multiclasse: les Afro-Américains du Sud, les Blancs du Midwest et du Nord-Est, les diplômés comme les non-diplômés, les habitants des zones rurales, les ouvriers syndiqués ainsi que les femmes de banlieues aisées hostiles à Donald Trump.

"Écarter le candidat préféré de 80% des 18-29 ans n’est pas une bonne manière de gagner l’élection générale."
Shaun King
Activiste pro-Sanders

Tous ces électeurs partagent un même objectif: déloger le président républicain de la Maison-Blanche et tourner la page de quatre années de cauchemar. La perspective un temps évoquée d’une convention contestée et de troupes démocrates divisées les effrayait. Ils ont donc fait bloc derrière Joe Biden. Sans proposition concrète forte dans son programme, il est parvenu à se présenter comme le candidat du retour à la normale et de la guérison. Comme s’il avait le pouvoir de faire oublier les années Trump.

Reste que le septuagénaire a bien conscience de ses limites: il peine à convaincre la jeunesse friande de Green New Deal, d’assurance publique universelle ou de gratuité des universités. Il l’a d’ailleurs reconnu implicitement en saluant mardi soir "l’énergie infatigable" des partisans de Bernie Sanders. Ce dernier est à la tête d’un mouvement sans précédent et d’une puissante organisation sur le terrain. Parviendra-t-il à les rallier à sa cause? "Je vous le dis. Écarter le candidat préféré de 80% des 18-29 ans n’est pas une bonne manière de gagner l’élection générale", a prédit l’activiste pro-Sanders Shaun King, en citant les sondages de sortie des urnes dans le Michigan.

"Le futur du Parti démocrate"

Bernie Sanders, qui a reconnu être "en train de perdre en nombre de délégués", a lui-même prévenu son rival et "l’establishment démocrate" mercredi: "Vous ne pouvez pas vous satisfaire du vote des plus âgés." Selon lui, la campagne de Joe Biden va devoir prendre à bras le corps cet électorat des moins de 40 ans qui représente "le futur du Parti démocrate". Le socialiste, qui a annoncé rester en course pour le moment, compte bien presser son "ami" Joe Biden sur les questions de la santé, de l’éducation ou encore du climat dimanche soir, lors d’un duel télévisé. Une manière de faire pression sur le fond afin que la plateforme du candidat investi soit davantage progressiste.

Joe Biden, qui lutte contre un bégaiement depuis l’enfance et a multiplié les gaffes et les trous de mémoire ces derniers mois, sait aussi qu’il doit faire mieux sur la forme. Le dernier débat face à Bernie Sanders va lui permettre de s’entraîner davantage. Donald Trump, lui, n’hésitera pas à ridiculiser "Joe l’endormi" en direct à la télévision, façon cour d’école.

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