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Bernie Sanders s'incline mais n'abandonne pas la bataille des idées

Bernie Sanders a annoncé ce mercredi qu'il abandonnait sa campagne présidentielle. Il a cependant bien l'intention de continuer à défendre ses idées au sein du Parti démocrate. ©AFP

Le socialiste a annoncé, mercredi, qu’il quittait la course aux primaires démocrates. Il compte cependant peser le plus possible sur la plateforme du parti. D’une certaine manière, il a déjà gagné cette bataille.

Coronavirus oblige, c’est par un livestream que Bernie Sanders a annoncé, ce mercredi, qu’il jetait l’éponge face à Joe Biden. Après avoir bien réfléchi, le socialiste de 78 ans a estimé que son rival dans la course aux primaires démocrates avait une avance en délégués trop importante – environ 300 – pour être rattrapé. "Ma conscience ne me permet pas de continuer une campagne qui ne peut pas gagner et qui interférerait avec le travail important qui est requis de chacun d’entre nous en cette heure difficile", a-t-il déclaré.

"Si cette campagne s’arrête, notre mouvement, lui, continue."
Bernie Sanders

Malgré de premières victoires encourageantes, au New Hampshire ou encore au Nevada, qui lui ont un temps laissé espérer pouvoir remporter l’investiture, la tendance s’est inversée fin février, dès la primaire de Caroline du Sud. C’est là que Bernie Sanders a compris que le vote noir lui échappait encore et toujours. Le Super Tuesday l’a confirmé. En ne provoquant pas non plus un sursaut des jeunes électeurs aux urnes, il a perdu son pari d’être celui qui parviendrait à mobiliser une "grande coalition multi-âge et multi-raciale".

Depuis plusieurs semaines, sa campagne se chamaillait en interne: fallait-il abandonner, comme lui conseillaient ses lieutenants, ou continuer pour engranger un maximum de délégués d’ici cet été, option privilégiée par sa femme Jane? Bernie Sanders s’est rangé du côté des premiers. Mais il a tout de même appelé ses électeurs à voter pour lui lors des prochaines échéances afin de peser le plus possible en nombre de délégués lors de la convention démocrate. Objectif: "exercer une influence significative" sur la plateforme idéologique du parti.

Bernie Sanders jette l'éponge dans la course à l'investiture démocrate.

Victoire idéologique

Le socialiste s’est en effet félicité d’être en train de "gagner la bataille idéologique". Il a réussi, en cinq ans de campagne acharnée et basée sur des microdonations individuelles, à infuser son progressisme jusqu’au sein de l’establishment démocrate. La santé comme droit humain, le salaire minimum à 15 dollars de l’heure, l’éducation supérieure gratuite pour tous… "Il n’y a pas si longtemps les gens considéraient qu’il s’agissait d’idées radicales et à la marge. Aujourd’hui, ce sont des idées mainstream", a-t-il estimé. En effet, même le programme de Joe Biden est bien plus à gauche que celui de Barack Obama jadis

"Bernie a souvent dit que sa campagne n’était pas à propos de 'lui' mais de 'nous'. C’est pareil pour moi."
Joe Biden

Cette victoire sur le long terme est finalement plus importante qu’une place au Bureau Ovale, pour celui qui se bat depuis plus de 40 ans pour les mêmes idées. "Si cette campagne s’arrête, notre mouvement, lui, continue", a-t-il assuré. Ses propositions, notamment l’assurance santé universelle publique, sont d’autant plus d’actualité que la crise du Covid-19 montre combien le système de santé américain a besoin d’une réforme, si ce n’est d'une "révolution".

Même Joe Biden a reconnu ce mercredi la contribution du sénateur du Vermont dans le débat d’idées: "Bernie est souvent félicité pour sa défense passionnée des idées auxquelles il croit. Mais on ne le félicite pas assez pour sa voix qui nous force tous à nous regarder dans le miroir et nous demander si on en a fait suffisamment." Le futur nominé démocrate a tendu la main aux partisans de son ex-rival. "Bernie a souvent dit que sa campagne n’était pas à propos de 'lui' mais de 'nous'. C’est pareil pour moi." 

Appel à l’unité

Reste à savoir si cet appel à l’unité sera entendu. Contrairement à 2016, où il n’avait pas lâché le morceau avant juin face à Hillary Clinton, Bernie Sanders a tenu à calmer le jeu bien plus tôt. Il s’entend beaucoup mieux avec Joe Biden, qu’il a qualifié d'"homme décent" ce mercredi, sans pour autant lui apporter son soutien officiel. Les cadres démocrates espèrent que cette fois, le parti fera front face à un ennemi commun: Donald Trump.

Le pire cauchemar du Président américain s’est concrétisé ce mercredi avec l’investiture quasi assurée de Joe Biden. Ce dernier bénéficie d’une certaine popularité auprès de l’électorat ouvrier blanc, celui-là même qui s’était tourné vers le Parti républicain en 2016, notamment dans les États clés du Wisconsin, du Michigan et de Pennsylvanie. Donald Trump tente donc déjà de semer la division. "Merci à Elizabeth Warren", a-t-il tweeté à l’intention de la sénatrice progressiste qui a refusé de soutenir Bernie Sanders, insinuant que ce dernier aurait pu l’emporter sinon. "Cela se termine exactement comme le voulait le Parti démocrate, comme lors du fiasco d’Hillary la tordue." Le milliardaire espère notamment convaincre certains pro-Sanders de rejoindre son camp en vantant sa politique commerciale protectionniste. 

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