Dispute dans le "cloud" américain pour un contrat avec le Pentagone

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Amazon, Microsoft et Oracle se retrouvent coincés dans un imbroglio légal avec le Pentagone pour l'attribution d'un contrat à 10 milliards de dollars pour équiper l'armée US. Oracle accuse Washington d'avoir favorisé Amazon. Une décision judiciaire est attendue ce mercredi pour départager les concurrents.

La saga JEDI va bientôt arriver à son terme. Rien à voir cependant avec la célèbre saga de manipulateurs de sabre laser. Il s’agit de l’acronyme pour "Joint Enterprise Defense Infrastructure", un futur contrat signé entre le département de la Défense américaine et un spécialiste du "cloud computing", le stockage de données en ligne. C’est en 2017 que l’appel d’offres a été lancé pour trouver l’heureux élu d’un contrat évalué à 10 milliards de dollars, un des plus chers de l’histoire.

"Ces entreprises possèdent toutes les deux les prérequis minimums pour le projet JEDI"
Elissa Smith
Porte-parole du Pentagone

Après une période d’appel à candidatures, les entreprises Amazon Web Services (AWS), la filiale cloud du géant du commerce en ligne, et Microsoft ont été sélectionnées comme finalistes. L'objectif: décrocher la gestion des services cloud du Pentagone et "ces entreprises possèdent toutes les deux les prérequis minimums pour le projet JEDI", à en croire la porte-parole du Pentagone, Elissa Smith.

IBM et Oracle écartés d’entrée de jeu

Une décision difficile à accepter pour les compétitrices malheureuses IBM et Oracle, toutes deux écartées le 10 avril dernier. Avant cela, en août 2018, Oracle avait déclenché une procédure devant le Government Accountability Office, l’équivalent de la Cour des comptes aux États-Unis. L’entreprise contestait les critères de sélection en cascade trop restreints du département de la Défense et la sélection d’un vainqueur unique.

Déboutée tout comme l’a été IBM, Oracle s’est tournée vers les tribunaux fédéraux fin 2018. Une décision judiciaire est attendue sous peu et une audience sur le sujet doit se tenir ce mercredi 10 juillet. Une fois la procédure close, le Pentagone pourra alors dévoiler le nom du vainqueur de l'appel d'offres. 

0,79 point
Point
L'écart manquant à Oracle pour atteindre le seuil fixé pour le premier critère du Pentagone.

Amazon favorisé?

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Oracle a déploré son élimination "dès le premier critère". Sur la période de janvier à février 2018, l’entreprise a échoué de 0,79 point au seuil fixé par le Pentagone. Ce dernier demandait aux entreprises candidates de posséder un "business cloud" assez diversifié afin que le contrat JEDI ne soit pas une source de revenus majoritaire pour l’organisation en question. "Nous aurions atteint ce critère juste 30 jours plus tard, sur la période de février à mars 2018. Trois des sept critères demandés pour décrocher le contrat excèdent les besoins du Pentagone et violent le "Competition in Contracting Act", situe encore Oracle.

Le vice-président d'Oracle, Kenneth Glueck, va encore plus loin. Il indique dans une lettre ouverte envoyée à la Chambre et au Sénat que "l’agence a mis en place des critères pour favoriser des géants comme Amazon et Microsoft". 

"Oracle continue de distordre les faits et fournit une version extrêmement trompeuse."
Amazon Web Services


L’autre grande interrogation vient d’un potentiel lobbying frauduleux de la part de la compagnie dirigée par Jeff Bezos. Dans une version amendée de sa plainte déposée le 31 mai, Oracle dénonce le rôle joué par Deap Ubhi et Anthony DeMartino, deux employés du Pentagone au moment des faits.

Tous deux possédaient des antécédents avec Amazon Web Services. La plainte d’Oracle argumente que Deap Ubhi aurait continué à travailler en 2017 sur le JEDI plusieurs semaines après avoir accepté l’offre d’un poste chez Amazon. Cette dernière a répondu qu’"Oracle continue de distordre les faits et fournit une version extrêmement trompeuse".

Selon le site The Intercept, les avocats du gouvernement affirment que Deap Ubhi était bien impliqué au tout début du processus, avant même l’ouverture de l'appel d'offres. Le département US de la Défense a également mené ses propres investigations et a "déterminé qu’il n’y avait pas eu d’impact sur l’intégrité du processus de sélection".

Le sénateur républicain Ron Johnson, président du Comité de la Sécurité intérieure, a demandé dans une lettre au secrétaire à la Défense, Mark Esper, que l’attribution soit retardée le temps d’une investigation générale du processus de sélection. "Si l’investigation confirme les allégations d’inconvenance après avoir attribué le contrat, cela pourrait éroder de manière significative la confiance du public dans l’équité du processus gouvernementale", ajoute-t-il.

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