Huawei est dans le collimateur de Washington depuis quelque temps

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Meng Wanzhou, la directrice financière du groupe chinois Huawei, a été arrêtée samedi à l'aéroport de Vancouver. Les Etats-Unis ont demandé son extradition. Washington reproche à Huawei d'avoir violé ses sanctions contre l'Iran. Mais il n'y a pas que cela.

Alors même que Donald Trump était en train de négocier une trêve commerciale avec Xi Jinping, les autorités canadiennes arrêtaient samedi dernier Meng Wanzhou, la fille du fondateur de Huawei, à l’aéroport de Vancouver. Meng, qui est la directrice financière du géant chinois des télécoms, fait l’objet d’une demande d’extradition vers les Etats-Unis où la justice reproche au groupe d’avoir violé les sanctions américaines frappant l’Iran. Elle devrait savoir vendredi si les autorités canadiennes acceptent de la libérer sous caution.

Dans le viseur depuis 2016

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Chez Huawei, on dit n’avoir reçu que peu d’informations au sujet des faits reprochés à Meng. L’équipementier télécom chinois ajoute n’être au courant "d’aucun agissement répréhensible" de la part de sa directrice financière. Même s’il est plutôt spectaculaire, ce nouvel épisode des tensions entre Washington et Pékin n’est pas surprenant. Huawei est dans le collimateur du parquet de Brooklyn depuis au moins 2016 alors que la justice américaine le soupçonne d’avoir livré à l’Iran des produits "made in USA". Ses liens avec la société Skycom Tech, basée à Hong Kong et soupçonnée d’avoir tenté de vendre de la technologie Hewlett-Packard à l’Iran en 2013, pourraient également lui poser problème. Détail piquant, Meng a siégé au conseil d’administration de Skycom en 2008 et 2009.

Les problèmes américains du groupe chinois remontent en fait à 2012 et à la publication d’un rapport de la Chambre des représentants évoquant les risques d’espionnages pesant sur les entreprises et administrations américaines utilisant ses technologies. Le fait que son fondateur, Ren Zhendfei, soit un ancien ingénieur de l’armée rouge n’avait rien fait pour rassurer les élus américains.

L’équipementier chinois ZTE avait fait l’objet de la même mise en garde à l’époque. Egalement accusé d’avoir violé les sanctions américaines contre l’Iran, il avait fini par verser en 2017 une amende d’un milliard de dollars pour pouvoir continuer à acheter les composants américains entrant dans ses lignes de production. Le président Trump était intervenu en faveur de ZTE à la demande expresse de son homologue chinois qui craignait pour la survie de l’entreprise chinoise.

Le contexte commercial

Difficile à dire comment Trump réagira cette fois. Il faut replacer cette affaire dans le contexte commercial et sécuritaire bien plus large qui l’entoure. Le président s’est donné 90 jours pour tenter de décrocher un accord avec Pékin sur les différends commerciaux opposant les Etats-Unis à la Chine. Au cœur des griefs américains, on retrouve notamment les subsides versés par Pékin à ses entreprises de haute technologie, dont Huawei, dans le cadre de sa politique "Made in China 2025" qui vise à affranchir la Chine de ses fournisseurs occidentaux.

Pour Washington, les soutiens apportés par les autorités chinoises violent les règles de l’OMC. Les Américains sont d’autant plus remontés qu’Huawei a su s’imposer en trois décennies à peine sur la scène mondiale où il fait désormais de l’ombre aux grands groupes américains, dont Apple. Tout géant qu’il soit devenu Huawei dépend cependant toujours de certains fournisseurs américains dans ses lignes de production. D’où ses derniers "soucis" en date par rapport aux sanctions américaines frappant l’Iran. Ce genre de mésaventures ne fera qu’accroître les efforts chinois en matière d’autosuffisance technologique.

Les inquiétudes sécuritaires

L’autre élément clé de cette affaire, c’est le volet espionnage des tensions entre Washington et Pékin. En janvier 2018, l’opérateur américain AT&T s’était retiré de négociations avec Huawei (qui auraient permis au Chinois d’écouler ses nouveaux smartphones sur le marché américain) suite à des inquiétudes en matière de sécurité, rappelle le Washington Post dans un article publié mercredi. En mars, le président Trump avait interdit le rachat de l’Américain Qualcomm par le chinois Broadcom dans un décret présidentiel. Le document évoquait notamment le risque que cela freine les investissements en R&D de Broadcom et permette à Huawei de devenir le principal fournisseur en technologies sans fil du nouveau groupe.

Cela fait par ailleurs des mois que les Etats-Unis font pression sur leurs partenaires pour qu’ils n’utilisent pas les technologies de Huawei dans leurs réseaux 5G. Et leurs efforts ont commencé à payer. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni ont déjà indiqué qu’ils ne feraient pas appel au géant chinois. Au Royaume-Uni, l’opérateur BT vient même d’annoncer qu’il retirait les équipements de Huawei de ses réseaux 3G et 4G.

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