La réforme des impôts de Trump est un cadeau aux entreprises

Trump célèbre l'adoption au Sénat de la réforme historique des impôts. ©REUTERS

Bien qu'assombrie par l'accélération spectaculaire de l'enquête sur l'affaire russe, la réforme des impôts aux Etats-Unis serait un cadeau pour les entreprises.

Le président américain Donald Trump a salué samedi matin l'adoption par le Sénat d'une réforme historique de la fiscalité et d'une gigantesque baisse d'impôts, sans mentionner le spectaculaire rebondissement dans l'affaire russe qui éclabousse désormais le premier cercle de son entourage.

"Plus grosse loi sur la fiscalité et réduction d'impôts de l'histoire vient de passer au Sénat. Maintenant ces formidables républicains vont viser l'adoption finale. Merci aux républicains de la Chambre et du Sénat pour votre dur travail et engagement!", a-t-il écrit sur Twitter.

Après de longues heures de tractations parfois rocambolesques et une rude bataille au sein même du camp républicain, le texte a été adopté de justesse par 51 voix contre 49 dans la nuit de vendredi à samedi. Il doit maintenant être harmonisé avant la fin décembre avec la version adoptée le 16 novembre par la Chambre des représentants.

Cadeau pour les entreprises 

Cette nouvelle loi privilégie avant tout les entrepreneurs. Actuellement à 35%, le taux d'imposition des entreprises est descendu à 20% "dans la moyenne des pays de l'OCDE". Les sociétés en nom propre vont aussi bénéficier d'une réduction conséquente de leurs taxes. Les multinationales, elles, seront invitées à rapatrier aux USA leurs bénéfices détenus dans un pays étranger, et ce à un taux préférentiel.

"Tout cela sont des incitations à innover, investir et à le faire aux Etats-Unis", résume M.Holtz-Eakin de l'American Action Forum, assurant que ces dépenses en capital vont dynamiser la productivité, clé de la croissance.

"Mais on compte sur l'investissement pour rendre les travailleurs plus productifs et sur les entreprises pour entrer en compétition afin de conserver ces travailleurs."
M. Holtz-Eakin
Economiste

Selon l'administration américaine, les salariés devraient aussi en profiter. "Ce n'est pas qu'on compte sur les entreprises pour répercuter les coupes d'impôts vers les salariés par bonté de coeur", admet l'économiste."Mais on compte sur l'investissement pour rendre les travailleurs plus productifs et sur les entreprises pour entrer en compétition afin de conserver ces travailleurs. La concurrence du marché les forcera à les payer mieux", promet-t-il.

Certains économistes s'interrogent sur le timing de cette relance fiscale, alors que les Etats-Unis s'approchent du plein emploi, le taux de chômage étant à 4,1%, et que la Réserve fédérale surveille l'inflation, se préparant à remonter les taux d'intérêt pour éviter une surchauffe.

Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, a récemment exprimé des doutes: "Je ne peux pas dire que ce soit le moment où vous voulez déployer ce gros stimulus sur le marché alors qu'on tourne quasiment à plein emploi" et que le PIB affiche plus de 3% de croissance. Mais pour M. Holtz-Eakin, "vu l'état de compétitivité de l'économie américaine, il est dangereux d'attendre".

Un républicain s'y oppose 

Un seul sénateur républicain, Bob Corker, avait annoncé son opposition. Plusieurs élus républicains qui menaçaient de faire défection sont rentrés dans le rang depuis jeudi, notamment John McCain.

"Je ne peux voter en faveur d'une loi qui alourdirait la dette que les futures générations devront rembourser".
Bob Corker
Elu républicain dissident

Bob Corker, élu du Tennessee, a expliqué qu'il ne pouvait pas cautionner une baisse d'impôts qui creuserait les déficits publics de 1.000 milliards de dollars sur la prochaine décennie. Il a échoué à convaincre ses collègues de modérer la gigantesque baisse de l'impôt sur les sociétés.

"Je suis déçu, j'aurais voulu voter oui", a-t-il déclaré. "Mais je ne peux balayer mes principes budgétaires et voter en faveur d'une loi qui alourdirait la dette que les futures générations devront rembourser".

Certains volets de la réforme sont controversés, notamment la suppression de l'obligation de souscrire une assurance maladie, et l'ouverture de terres protégées de l'Alaska aux forages pétroliers.

En mal de victoire législative depuis son arrivée à la Maison Blanche le 20 janvier, Donald Trump a mis tout son poids derrière ce projet de loi qui marquerait la première grande réforme de son mandat, après l'échec cuisant cet automne de l'abrogation de la loi sur le système de santé de Barack Obama.

Le milliardaire a placé la baisse des impôts au cœur de sa politique économique, dans le but de redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne et de rendre les Etats-Unis plus compétitifs pour les entreprises.

Enquête 

Mais la victoire d'étape arrachée au Sénat était assombrie samedi matin par les gros titres sur l'accélération spectaculaire de l'enquête sur l'affaire russe, après l'annonce la veille que Michael Flynn, ancien conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a reconnu avoir menti au FBI et accepté de coopérer avec la Justice.

La vaste enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016 - et l'entente présumée entre des proches de Trump et Moscou - empoisonne depuis des mois la présidence Trump et touche ainsi désormais directement son premier cercle.

Selon les documents d'accusation, dont il a confirmé la véracité de sa signature, M. Flynn a dit avoir ponctuellement agi sur les instructions d'un "très haut responsable" de l'équipe de transition présidentielle. Il s'agirait de Jared Kushner, le gendre de Trump, selon Buzzfeed et le Washington Post.

Donald Trump a réaffirmé qu'il n'y avait eu "aucune collusion" entre son équipe de campagne et la Russie lorsqu'il briguait la Maison-Blanche, et que les actions de Flynn pendant la transition "étaient légales".

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