Le come-back très remarqué d'Obama

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Barack Obama est entré de plain-pied dans la campagne des élections de mi-mandat en multipliant les discours très critiques à l’égard de Donald Trump.

Il y a 20 mois, Barack Obama quittait la Maison-Blanche en promettant de ne pas abandonner tous ceux qui se désespéraient à la simple pensée que Donald Trump allait désormais diriger le pays. "Je n’arrêterai pas; je serai à vos côtés en tant que citoyen", avait-il tweeté à quelques heures d’embarquer une dernière fois à bord d’Air Force One.

Au lendemain de l’élection, Obama avait déjà tenté de rassurer ses troupes et les Américains affolés par les discours populistes de Trump en affirmant qu’une fois devenu président et confronté à la réalité politique, ce dernier arrondirait sans doute les angles et abandonnerait ses promesses populistes. Sauf qu’il ne l’a pas fait. Mais alors, pas du tout.

Après avoir pris des vacances, travaillé à ses mémoires, dévoilé son portrait officiel à la National portrait gallery de Washington DC, assisté à des enterrements, encouragé les jeunes Américains à s’impliquer en politique, et partagé sa liste de lectures estivales sur Facebook, Obama a décidé que ç’en était trop. À moins de deux mois des élections de mi-mandat où les Démocrates espèrent bien récupérer la majorité à la Chambre des représentants, il est remonté sur le ring politique en s’attaquant de front à son successeur et aux Républicains qui continuent à le soutenir (en se bouchant le nez pour certains). Et, en secouant au passage les traditions politiques qui veulent qu’un ancien président ne critique jamais ses successeurs en public.

Trois discours engagés

En une semaine à peine, Obama s’est fendu de trois discours engagés comme jamais aucun ancien locataire de la Maison-Blanche ne l’avait fait avant lui au plus grand bonheur des nostalgiques de sa présidence. Un comportement qui en a également laissé plus d’un perplexe. Le champion de la "cool attitude", connu pour son flegme et sa rectitude, avait-il craqué?

Ses propos les plus directs, et les plus durs à l’encontre de Trump, Obama les a tenus à l’Université de l’Illinois, le 8 septembre, en affirmant que Trump était "un danger pour la démocratie", même si le "cynisme" et l’"indifférence" étaient de plus grands dangers encore, et qu’il était arrivé au pouvoir en jouant sur le passé "obscur" des Etats-Unis en matière de "division raciale, ethnique et religieuse".

Trois jours plus tard, l’ancien président faisait campagne en Californie pour y soutenir la candidature de huit démocrates à la Chambre des représentants. Voilées, les allusions à Trump furent à nouveau assassines. "Si nous n’intervenons pas, les choses peuvent empirer" a-t-il mis en garde. Et jeudi, c’est toujours aussi remonté qu’Obama a fait campagne à Cleveland pour Richard Cordray, le candidat démocrate au poste de gouverneur de l’Ohio. "Ce qui est en jeu dépasse les politiques partisanes", a-t-il lancé avant d’appeler au retour de l’"honnêteté, de la décence et de la légalité" au sein de l’administration américaine. "Ce qu’on voit n’est pas normal. C’est radical" a encore affirmé Obama.

Dans les rangs Républicains, on se dit déçu de voir Obama agir ainsi. Et le vice-président Pence s’est fendu d’une petite piqûre de rappel en affirmant que le peuple américain avait "rejeté les politiques et la ligne de Barack Obama en élisant Donald Trump" en 2016. Même du côté des médias traditionnels américains, plutôt bienveillants à l’encontre de l’ancien président, certains ont ouvertement regretté les libertés qu’il prenait avec la réalité pour avancer certains de ses arguments. Comme Glenn Kessler, du Washington Post, qui notait jeudi qu’Obama exagérait sans doute lorsqu’il affirmait que 3 millions d’Américains avaient perdu leur assurance-maladie suite aux efforts entrepris par Trump pour enterrer l’Obamacare.

Un calcul risqué

Ce qui est certain, c’est que les démocrates veulent mettre toutes les chances de leur côté en vue des élections de mi-mandat du 6 novembre prochain, et que sortir leurs grosses pointures fait partie de l’équation. L’ancien vice-président Joe Biden, qui figure parmi les candidats potentiels à la présidentielle de 2020, s’est également plié au jeu cette semaine. "Je ne suis clairement pas aussi intelligent que Trump, l’homme le plus intelligent du monde. Mais j’ai un QI relativement élevé", a-t-il déclaré lors d’un discours à Washington DC. Il faisait ainsi référence aux nombreuses fois où Trump s’est félicité de sa propre intelligence. Ce genre de pique fait sourire dans les milieux démocrates. Mais cela pourrait aussi galvaniser l’électorat de Trump, ce qui n’est évidemment pas le but du jeu…

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