Les USA sont ‘AA+’ : l’inflation arrive !

Ce qui est prévu était prévisible : les États-Unis ont perdu leur rating absolu, c’est-à-dire le triple A. Notre monde financier va en découvrir un autre.

Dans les prochains jours, le dollar pourrait faiblir et les taux d’intérêt américains effleureront une hausse. Mais si les taux d’intérêt américains augmentent, ils restent, de facto, le nouvel étalon du taux d’intérêt sans risque tant que les Etats-Unis restent la première puissance économique.

Une fois le mouvement d’humeur des marchés passé, les autorités financières examineront avec sérénité la portée de cette chute de solvabilité

A notre intuition, si la première puissance économique et militaire mondiale est perçue comme moins solvable, cela disqualifie tout rating qui lui serait supérieur, puisque les pays qui en bénéficieraient seraient insignifiants. Une baisse du rating des États-Unis s’assimile à une nouvelle graduation de la perception de la solvabilité. Tout se passe comme si les niveaux d’un thermomètre étaient arbitrairement modifiés, sans ce que cela ne change la réalité météorologique.

Cependant : il ne faut pas s’y tromper ! Les États-Unis voudront à tout prix garder leur suprématie financière, elle-même fondée sur une hégémonie commerciale et militaire. On constatera donc un mélange de complaisance monétaire (devrait conduire à un dollar structurellement plus faible) et de protectionnisme industriel larvé. Paradoxalement, une dégradation du rating des États-Unis pourrait donc les pousser à poursuivre l’assouplissement monétaire, plutôt que de subir une hausse des taux d’intérêt, qui serait la conséquence normale d’une dégradation de rating. La chute de rating se refléterait donc plutôt dans une baisse du cours du dollar plutôt que dans une élévation des taux d’intérêt.

Curieusement, en s’octroyant le pouvoir d’imprimer des dollars, les États-Unis utiliseront le privilège d’émettre une monnaie de réserve pour qu’elle le subsiste. 

Cela entretiendra des pressions inflationnistes qui alimenteront elles-mêmes la faiblesse du dollar jusqu’au moment où un resserrement monétaire serait inéluctable. C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé après que Nixon ait abandonné l’étalon-or en 1971.

En conclusion, les États-Unis conserveront encore longtemps le monopole de création de la monnaie de réserve universelle, mais le dollar deviendra probablement une devise plus faible, au fur et à mesure que son statut de monnaie-refuge se dissoudra et que la puissance économique et militaire des pays asiatique se renforcera.

Par rapport l’Euro, la faiblesse du dollar sera compensée par les risques de fragmentation de la monnaie unique européenne. Le rapport de change entre les deux devises reflétera donc l’équilibre relatif des dettes publiques et de l’expansionnisme monétaire constatés sur les deux continents.

Bruno Colmant
Prof. Dr. à l’UCL et Vlerick Management School
Président de la CFA Society - Belgique

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