Les dommages collatéraux du scandale Weinstein

Harvey Weinstein ©REUTERS

Plombé par les frasques de son cofondateur, The Weinstein Company veut tourner la page. Poil à gratter des majors hollywoodiennes, le studio, héraut du cinéma indépendant, a trusté blockbusters et Oscars. Au cœur du scandale sexuel qui affole Hollywood, il s’apprêterait carrément à changer de nom.

Derrière le scandale sexuel qui accable Harvey Weinstein, cofondateur avec son frère Bob de The Weinstein Company, il y a une de ces sagas dont Hollywood raffole et qui ferait d’ailleurs un excellent scénario de biopic.

La société de production et de distribution a été créée en 2005 par ces deux frères originaires de New York suite à leur départ de Miramax, société qu’ils avaient lancée à partir de rien en 1979 avant de la revendre en 1993 au géant Disney pour 60 millions de dollars. Leur credo à l’époque: le cinéma indépendant, en marge des majors (Warner, Fox, Sony, etc.) et les films de genre, essentiellement des films d’horreur. La saga Scream, c’est eux.

Du flair et du culot

Restés à bord suite à ce rachat par la firme de Mickey, leur flair pour dégotter des réalisateurs prometteurs, comme Quentin Tarantino ou Steven Soderbergh, et leur culot en matière de marketing, inspiré des pratiques des majors, leur ont permis de monter et/ou distribuer quelques-uns des plus gros succès de ce dernier quart de siècle: "Pulp Fiction", "La Leçon de Piano", "Farenheit 9/11" (tous trois Palme d’Or à Cannes), "Le Patient anglais" (Oscar du meilleur film), "Will Hunting", la trilogie du "Seigneur des Anneaux", "Aviator", etc.

Fâchés avec Michael Eisner, patron de Disney, Harvey et Bob Weinstein claquent la porte en 2003 et fondent deux ans plus tard un nouveau studio qui portera leur nom. Pour ce faire, ils lèvent un milliard de dollars auprès de grands noms comme Goldman Sachs, LVMH, WPP, TF1, etc., gardant 40% du capital.

Le duo fait à nouveau merveille, faisant la nique aux majors obsédées par les sequels (films à suite) et autres films de super-héros censés faire tinter le tiroir-caisse. Les succès s’enchaînent, que ce soit comme producteur ("Inglorious Bastards", "Le Discours d’un Roi", "Happiness Therapy", "Imitation Game"…) ou distributeur ("The Artist", "Le Majordome", "Philomena"…).

En 2013, année record, leurs films ont généré 463 millions de dollars au box-office, rien qu’en Amérique du Nord. Les récompenses professionnelles affluent. Au total les films Weinstein auront raflé 81 Oscars et 341 nominations.

Une réputation en ruine

Valorisée entre 700 et un milliard de dollars, The Weinstein Company est aujourd’hui à un tournant. Les frasques d’Harvey Weinstein, dont la fortune est estimée à 150 millions de dollars, minent la réputation du studio, alors qu’il vit une passe difficile, n’ayant plus connu de gros succès depuis 2014 avec "Imitation Game".

Harvey Weinstein ©Photo News

Ainsi, selon la presse américaine, Apple aurait mis un terme à un projet de biopic sur Elvis Presley coproduit par The Weinstein Company suite au scandale qui mine son cofondateur.

Dans la foulée des révélations d’actrices qu’il a agressées – des mannequins, de simples starlettes, mais aussi des icônes du 7e art comme Gwyneth Paltrow ou Angelina Jolie – Harvey Weinstein a été licencié par son conseil d’administration.

Plusieurs administrateurs ont démissionné et, comme le rapporte le quotidien économique français Les Echos, le studio envisage même de changer de nom, de s’adosser à un partenaire et de se repositionner dans les métiers de la télévision. La fin d’un autre "âge d’or d’Hollywood" en quelque sorte…

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