Qui sont les candidats démocrates à la présidentielle américaine?

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Ils sont déjà une dizaine de démocrates à s'être déclarés candidats à l'élection présidentielle américaine de novembre 2020.

Tous n’ont qu’une idée en tête: priver Donald Trump d’un second mandat à la Maison-Blanche. Avant cela, il leur faudra d'abord décrocher l'investiture démocrate. Quelques poids lourds du parti font déjà office de favoris, comme les sénatrices Elizabeth Warren et Kamala Harris, ou leur confrère Cory Booker. D'autres n'ont aucune chance de percer, si ce n'est en imposant éventuellement l'une ou l'autre de leurs idées dans le débat des primaires. Qui sont ces démocrates bien décidés à en découdre?

1) Les poids lourds

Elizabeth Warren (69 ans, sénatrice du Massachusetts)

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En 2015, plusieurs voix progressistes s’étaient élevées pour demander à Warren de se présenter face à Hillary Clinton à l’investiture démocrate en vue de la présidentielle de 2016. Elle avait préféré passer son tour, l’aile gauche du parti étant déjà représentée par le sénateur du Vermont Bernie Sanders. Cette fois, elle aura été l’une des premières à se lancer dans la course. Elle a placé sa campagne sous le signe de la lutte contre un système politique corrompu, inféodé aux riches et aux grandes entreprises.

Principale réalisation: experte du droit des faillites (qu’elle a enseigné à Harvard), elle a participé à la création de l’Agence financière de protection des consommateurs en 2010 en collaboration étroite avec l’administration Obama.

Forces: c’est une travailleuse acharnée, elle est perfectionniste et elle symbolise à elle seule la lutte anti-Trump. C'est à ce stade la candidate la plus connue du lot.

Faiblesses: très à gauche du parti, elle aura du mal à rassembler l’électorat démocrate autour de sa candidature. Son entêtement à jouer sur ses lointaines origines amérindiennes (le président Trump l’appelle "Pocahontas") en a irrité plus d’un.

Cory Booker (49 ans, sénateur du New Jersey)

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Déjà en tant que maire de Newark, Booker était considéré comme l’étoile montante du parti démocrate. Hillary Clinton avait même envisagé d’en faire son colistier en 2016. Ces dernières années, il a renforcé sa stature politique dans les rangs de la commission des Affaires judiciaires du Sénat. Il s’y est notamment distingué par sa combativité pendant les auditions du candidat de Trump à la Cour suprême Brett Kavanaugh.  

Principale réalisation: il est l’un des architectes de la réforme de la justice pénale américaine promulguée en décembre 2018 par le président Trump. Cette réforme vise notamment à désengorger les prisons américaines en réduisant les peines pour délits mineurs qui touchent de façon disproportionnée les minorités.

Forces: c’est un excellent orateur, parfois comparé à Barack Obama. En tant qu’Afro-Américain pourfendeur des inégalités raciales, il pourrait séduire les minorités dont le poids électoral pèse de plus en plus lourd. Il affiche un très bon bilan en tant que maire de Newark (2006-2013), même si certains l’accusent d’avoir surtout utilisé ce poste comme tremplin vers la scène politique nationale.

Faiblesses: ses liens passés avec Wall Street et l’industrie pharmaceutique, ainsi que son profil plutôt centriste, pourraient lui jouer de mauvais tours au moment où le parti semble opérer un virage à gauche.

Kamala Harris (54 ans, sénatrice de Californie)

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Même si elle n’est arrivée que très récemment sur la scène politique nationale (en 2017 au Sénat), c’est l’une des grandes favorites dans la course à l’investiture démocrate. Le meeting qu’elle avait organisé à Oakland pour annoncer sa candidature avait attiré pas moins de 20.000 personnes. Vingt-quatre heures après son annonce, elle avait déjà récolté 1,5 million de dollars sur internet. 

Sa principale réalisation: elle s’est fait remarquer en menant la vie dure à plusieurs candidats à des postes de ministres au sein de l’administration Trump pendant leurs auditions au Sénat. Elle s’est également montrée intransigeante lors des auditions de Jeff Sessions et de Rod Rosenstein, à l’époque numéro un et deux du département de la Justice, dans le cadre du "Russiagate". 

Ses forces: c’est l’une des opposantes les plus acharnées au président Trump. De père jamaïcain et de mère tamoule, elle a été la première femme noire à occuper le poste de ministre de la Justice de Californie, ce qui pourrait parler tant aux femmes qu’aux minorités.

Ses faiblesses: son passé de procureur de San Francisco et de ministre de la Justice de Californie pourrait venir la hanter alors que certains démocrates l’accusent d’avoir défendu des politiques plutôt musclées à l’époque.

Kirsten Gillibrand (52 ans, sénatrice de New York)

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Ultra-ambitieuse et fonceuse, Gillibrand a tenté d’adoucir son image lorsqu’elle a annoncé sa candidature au "Late Show" de Stephen Colbert sur la chaîne CBS. "Comme jeune maman, je vais me battre pour les enfants des autres comme je le ferais pour les miens", a-t-elle lancé en appelant par ailleurs à des soins de santé accessibles à tous.

Sa principale réalisation: elle s’est battue contre le harcèlement sexuel, notamment au sein de l’armée, avant l’émergence du mouvement #MeToo dont elle est très vite devenue le fer de lance au Sénat. Elle est même allée jusqu’à déclarer que Bill Clinton aurait dû démissionner pendant le Monicagate.

Ses forces: il s’agit d’une battante qui pourrait galvaniser l’électorat féminin. Son franc-parler pourrait également faire mouche pendant la campagne.

Ses faiblesses: les électeurs démocrates pourraient lui reprocher d’avoir défendu des politiques plutôt conservatrices en matière d’immigration et de port d’armes au début de sa carrière politique, lorsqu’elle siégeait à la Chambre des représentants.

Amy Klobuchar (58 ans, sénatrice du Minnesota)

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Klobuchar a facilement remporté un troisième mandat de sénatrice du Minnesota en novembre dernier, mais c’est donc la Maison-Blanche qu’elle brigue désormais. Faisant partie de ces rares élus encore soucieux de franchir les barrières partisanes du Congrès pour obtenir des résultats, elle devrait mener une campagne plus rassembleuse que la plupart de ses rivaux démocrates. Elle s’est toutefois engagée à ramener les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat "au premier jour" de sa présidence. 

Principale réalisation: elle s’est fait connaître du grand public pendant les auditions du candidat de Donald Trump à la Cour suprême Brett Kavanaugh devant le Sénat en lui menant la vie dure sans jamais perdre son sang-froid.

Forces: elle fait partie des sénateurs les plus prolifiques et les moins antagonistes du Congrès. Elle est très populaire dans les régions minières du Minnesota et pourrait ramener dans les rangs de son parti une partie des électeurs démocrates de la classe ouvrière qui avaient voté Trump en 2016.

Faiblesses: son profil de démocrate modérée ayant régulièrement travaillé avec les républicains pourrait ne pas cadrer avec la montée en puissance de l’aile progressiste du parti.

2) Les outsiders

Julian Castro (44 ans, ancien secrétaire au logement dans l’administration Obama)

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Même s’il a occupé un poste au sein de l’administration Obama, Castro n’est pas très connu. Il faut dire que le ministère du Logement n’est pas le plus visible. Le fait qu’il n’ait jamais siégé au Congrès n'aide pas non plus. Il joue la carte "latino". Il a immédiatement annoncé la couleur en se déclarant candidat à l’investiture démocrate en anglais et en espagnol. Il s’est engagé à ramener les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat dès son arrivée à la Maison-Blanche.

Sa principale réalisation: en tant que maire de San Antonio, il a mis en place un système favorisant la scolarisation dès les maternelles. Il a financé sa mesure à l’aide d’une hausse marginale de la TVA. Il était à l’époque l’un des plus jeunes maires du pays.

Ses forces: petit-fils d’immigrés mexicains, cela fait des années qu’il se bat pour un système d’immigration plus humain et prévoyant notamment la possibilité pour les immigrés clandestins d’accéder à la citoyenneté américaine, ce qui devrait séduire l’aile progressiste du parti.

Ses faiblesses: considéré un temps comme l’étoile montante du parti démocrate -il avait fait un discours à la convention démocrate de 2012- il est tombé dans l’oubli depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche.

John Delaney (55 ans, ancien député du Maryland)

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En annonçant sa candidature dès juillet 2017, il a battu le record de la campagne lancée le plus tôt dans le calendrier électoral. L’objectif de la manœuvre était d’avoir le temps de se faire connaître du grand public, notamment dans l’Iowa et le New Hampshire, les Etats lançant traditionnellement le bal des primaires. Il s’est engagé à rassembler les Américains autour d’objectifs communs, dont la nécessité d’adapter l’économie américaine aux défis technologiques du 21e siècle.

Sa principale réalisation: il a fondé deux entreprises financières à succès (Health Care Financial Partners en 1993 et CapitalSource en 2000), devenant même le plus jeune CEO d’une société cotée sur le NYSE.

Ses forces: son succès dans les affaires alors qu’il vient d’un milieu modeste est le genre de "success story" dont les Américains raffolent, quelle que soit leur orientation politique. 

Ses faiblesses: même s’il siège à la Chambre des représentants depuis 2013, il n’est pas du tout connu du grand public ni pris au sérieux. Son profil plutôt centriste et le fait qu’il ait travaillé avec les républicains sur plusieurs dossiers (enseignement, taxes, infrastructures) pourraient le disqualifier d’entrée de jeu.

Tulsi Gabbard (37 ans, députée d’Hawaï)

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Cette vétérane de la guerre en Irak, qui se bat désormais contre l’interventionnisme militaire américain, est la candidate la plus controversée du lot. Même si elle a défendu des politiques progressistes ces dernières années (hausse du salaire minimum, soins de santé universels, politiques climatiques ambitieuses), il faudrait un miracle pour qu’elle perce pendant les primaires.

Sa principale réalisation: elle était considérée comme une étoile montante du parti après avoir décroché un siège de députée d’Hawaï en 2012 alors qu’elle avait débuté la campagne des primaires très loin dans les sondages. Le président Obama avait soutenu sa candidature à l’époque et elle avait pris la parole à la convention démocrate de 2012.

Ses forces: elle avait démissionné de son poste de vice-président du parti démocrate pour soutenir la candidature de Bernie Sanders en 2016, ce qui pourrait plaire à l’aile anti-establishment du parti. De père Samoan, elle représente le nouveau visage du parti, plus féminin et diversifié.    

Ses faiblesses: elle a suscité la polémique en tenant des propos homophobes et en affichant des positions anti-musulmanes dans le passé (elle s’en est récemment excusée). Elle a même soutenu le président syrien Bachar El Assad, qu’elle voit comme un rempart contre le terrorisme islamiste, et l’a rencontré en Syrie en janvier 2017, s’aliénant ainsi une grande partie de la classe politique.

3) Les originaux

Pete Buttigieg (37 ans, maire de South Bend (Indiana))

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Même s’il n’est pas connu du grand public, Pete Buttigieg est un candidat ambitieux et décomplexé. Il plaide pour une réforme du système électoral américain qui passerait par l’abandon du collège électoral. Il appelle également à plus de justice intergénérationnelle. Pour lui, la jeune génération doit fixer son propre agenda politique et cesser de subir celui des plus anciens que ce soit en matière climatique, concernant le contrôle des armes à feu ou au niveau de la fiscalité.

Sa principale réalisation: il a été élu maire de South Bend en 2011, alors qu’il n’avait que 29 ans. Le taux de chômage de cette petite ville post-industrielle a été réduit de moitié sous sa direction grâce à d’ambitieuses politiques de redynamisation économique.

Ses forces: il a un profil plutôt unique qui le distingue des autres candidats. Diplômé de Harvard et d’Oxford, c’est l’intellectuel du lot. David Axelrod, l’un des plus proches conseillers du président Obama, le qualifie de brillant. C’est également un vétéran de la guerre d’Afghanistan et il serait le premier candidat ouvertement homosexuel à défendre les couleurs de l’un des deux grands partis.

Ses faiblesses: il fait partie de ces candidats dont la grande majorité des Américains n’ont jamais entendu parler. Le fait qu’il n’ait que 37 ans (soit deux ans de plus que l’âge minimum requis pour briguer la Maison-Blanche) n’aide pas à le rendre plus crédible comme candidat. Il pourrait aussi être vu comme trop sérieux, voire ennuyeux. 

Andrew Yang (44 ans, entrepreneur)

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Ce fils d’immigrés taïwanais défend un programme plutôt original. Yang propose par exemple de verser un revenu universel de 1.000 dollars par mois à tous les Américains âgés de 18 à 64 ans. La mesure serait financée par une hausse des impôts sur les high-techs. Il suggère également de porter à 4 millions de dollars le revenu annuel du président des Etats-Unis qui devrait, en contrepartie, s’engager à ne pas donner de discours rémunérés une fois qu’il a quitté la Maison-Blanche. Il se dit prêt à ne pas profiter de cette hausse salariale s'il était élu.

Sa principale réalisation: il a fondé Venture for America, une organisation qui vise à redynamiser les villes américaines de taille moyenne en formant de jeunes diplômés à la création d’entreprises et en les encourageant ensuite à y lancer des start-ups.  

Ses forces: il parle beaucoup des effets destructeurs de l’automatisation du travail, ce qui pourrait parler à une partie des démocrates de la classe ouvrière qui avaient été séduits par les discours de Trump en 2016.

Ses faiblesses: il n’est pas du tout connu du grand public et n’a aucune expérience en politique. Il évalue lui-même à 200 contre 1 ses chances de remporter la présidentielle américaine. Il trouverait d'ailleurs "fantastique" que quelqu’un comme l’ancien vice-président Joe Biden se fasse élire en lui volant ses idées.

Marianne Williamson (66 ans, auteure)

Ce n’est pas la première fois que Williamson tente sa chance en politique. Elle avait brigué, sans succès, un siège de députée de Californie en 2014. A l’époque, elle s’était présentée comme candidate indépendante. Cette fois-ci, c’est donc en tant que démocrate que Williamson se présente avec des idées sortant parfois franchement des sentiers battus. Elle prône notamment une politique de réparation envers la communauté noire pour les torts subis sous l’esclavagisme.

Sa principale réalisation: elle a écrit une douzaine de livres sur la spiritualité, dont la plupart ont connu un gros succès en librairie.  

Ses forces: elle a un charisme indéniable et sait comment toucher les gens. Le soutien qu’elle a apporté aux homosexuels atteints du VIH dès le début des années 80, à une époque où ils étaient stigmatisés de toutes parts, pourrait lui valoir le soutien de la communauté LGBT.

Ses faiblesses: même si elle s’est fait un nom en tant que "coach spirituelle" proche de plusieurs célébrités (à commencer par Oprah Winfrey), elle n’est pas du tout connue du grand public. Et elle n’a aucune expérience en politique.

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