Trump confirme une "dernière" levée des sanctions sur le nucléaire iranien

©EPA

Le président américain Donald Trump va confirmer la suspension des sanctions économiques contre l'Iran levées dans le cadre de l'accord sur le nucléaire mais pour la "dernière" fois, a annoncé la Maison Blanche.

Le président Trump a prolongé la suspension de sanctions économiques liées au programme nucléaire iranien. Ces sanctions avaient été suspendues dans le cadre des négociations ayant conduit à l’accord nucléaire de juillet 2015 avec l’Iran.

Mais si Trump a décidé de ne pas y toucher, ce n’est pas sans avoir fixé un délai de 120 jours pour "renforcer" le texte. Il veut trouver un accord avec les Européens pour remédier à ses "terribles lacunes", a expliqué Washington. L’idée serait que les signataires de l’accord puissent réimposer des sanctions à l’Iran s’il ne respecte pas l’accord. L’Iran qui ne participerait donc pas aux démarches visant à modifier le texte. Sans accord dans les 120 jours, "les Etats-Unis ne suspendront plus les sanctions afin de rester dans l’accord", a menacé Trump par voie de communiqué. Et s’il estime qu’il n’est pas possible de trouver un terrain d’entente sur une modification du texte, les Etats-Unis quitteront l’accord, a-t-il ajouté.

Le président américain n’a cessé de critiquer cet accord signé par l’Iran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), l’Allemagne et l’Union européenne. En octobre dernier, il avait même refusé de certifier qu’il était dans l’intérêt de la sécurité nationale américaine. Mais, ce vendredi il a donc décidé de ne pas le torpiller en réimposant des sanctions qui auraient sans doute incité l’Iran à claquer la porte de l’accord et à reprendre son programme nucléaire à finalité militaire. Reçu jeudi par ses homologues européens à Bruxelles, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a déclaré que "tout acte qui sapait l’accord nucléaire était inacceptable". En octobre dernier, le guide suprême, l’ayatollah Khamenei, était allé jusqu’à menacer de "déchirer" l’accord si Trump le dénonçait.

"Le président Trump entend travailler avec nos partenaires européens sur un accord de suivi visant à durcir les conditions du texte conclu en 2015 avec Téhéran et d'autres grandes puissances."
Un haut responsable de l'administration américaine

Trump a suivi l’avis de ses conseillers en matière de sécurité en prolongeant la suspension des sanctions qui ciblaient la Banque centrale iraniennes et les exportations de pétrole de l’Iran. Le Trésor US a par contre décidé d’imposer de nouvelles sanctions contre 14 individus ou entités iraniennes liés aux violations des droits de l’homme, y compris dans le cadre des dernières manifestations contre le régime.

En octobre dernier, Trump avait déjà annoncé qu’il ne certifiait pas l’accord, sans pour autant claquer la porte. Il avait alors filé la patate chaude au Congrès en lui demandant de modifier la loi US fixant les règles d’application de l’accord par les Etats-Unis. Mais, le dossier est resté bloqué au Congrès où les démocrates voudraient empêcher le président de pouvoir dénoncer unilatéralement l’accord tandis que les républicains souhaiteraient appliquer un mécanisme autorisant la reprise automatique des sanctions dans certains cas. Les républicains du Sénat voudraient par ailleurs modifier l’accord pour en exclure les clauses dites "de temporisation" qui autorisent l’Iran à reprendre ses activités nucléaires actuellement gelées au bout de quelques années.

Trump et les Européens divisés

"Si l’on veut construire un soutien mondial à cet accord, il faut clairement que l’Iran montre qu’il peut se comporter en bon voisin dans la région."
boris johnson ministre britannique des affaires étrangères

De leur côté, les signataires européens de l’accord continuent à le défendre, d’autant que les inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) ont déjà certifié neuf fois que l’Iran s’y tenait. Jeudi, le président français, Emmanuel Macron a même appelé Trump pour lui demander de continuer à respecter l’accord. Pour les Européens, cet accord joue son rôle qui est de lutter contre la prolifération des armes nucléaires. Jeudi, l’Union européenne a d’ailleurs réitéré son soutien à l’accord. Cet accord "rend le monde plus sûr et empêche une course à l’armement nucléaire potentielle dans la région", a déclaré la diplomate en chef de l’Union européenne, Federica Mogherini.

Ce qui ne veut pas dire que les Européens ont fermé les yeux sur les récentes manifestations en Iran qui ont entraîné la mort de 21 personnes. Ni sur les actions déstabilisatrices de Téhéran dans la région. "Si l’on veut construire un soutien mondial à cet accord, il faut clairement que l’Iran montre qu’il peut se comporter en bon voisin dans la région", résumait jeudi le chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson. D’après le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, il aurait d’ailleurs été question de "sujets contentieux, en commençant par le Yemen", lors de la réunion avec Zarif.

Cette approche européenne "au cas par cas" n’est pas pour plaire à Trump, semble-t-il. D’après certains de ces collaborateurs, cités vendredi par le New York Times, la démarche de Macron et le fait que Zarif ait été reçu par les ministres européens des Affaires étrangères au moment où Trump devait prendre une décision sur les sanctions américaines pourraient n’avoir fait que l’irriter davantage. 

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