À la veille des élections, le climat reste tendu au Congo

©REUTERS

Les risques de violences demeurent élevés ce dimanche en République démocratique du Congo où les deux principaux candidats de l'opposition ont refusé de signer un document "pour la paix" sous prétexte qu'il n'intègre pas leurs amendements.

À quelques heures des élections présidentielle, législatives et provinciales, une atmosphère de pagaille pesait sur la RDC. Le compte à rebours est lancé pour ces élections reportées depuis 2016. Il pourrait s’avérer explosif, dans un des pays les plus instables du monde, où le revenu moyen de la population dépasse à peine un dollar par jour, alors que son sol regorge de minerais.

Ce samedi, les deux opposants, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi, ont rejeté un document "pour la paix" signé par le candidat de la majorité, Emmanuel Ramazani Shadary, et par le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Corneille Nangaa.

Ce texte est un "engagement pour la paix, pour des scrutins transparents, apaisés et non violents", a déclaré le président de la Céni, Corneille Nangaa, qui l'a signé en qualité de "témoin". Par ce texte, les candidats auraient dû s'engager à rejeter "la violence sous toutes ses formes". 

 Les amendements de l'opposition demandaient à la Céni

• d'assurer le bon déroulement des scrutins,
• d'assurer le comptage manuel des bulletins de vote,
• d'accréditer tous les "témoins" (observateurs),
• et de les autoriser à assister au dépouillement.

En effet, la RDC a refusé toute mission d'observation électorale européenne ou américaine pour les élections les plus importantes de son histoire (voir ci-dessous).

Le texte a été évoqué pour la première fois lors d'une réunion tenue vendredi à l'initiative des médiateurs de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) pour faire baisser la tension. Les deux opposants ont promis de signer le texte en soirée - s'il est amendé.

Manifestations

Vendredi, les manifestations ont repris à Beni, Goma et Butembo, dans l’est du pays, suite au report des élections dans quatre circonscriptions. Le scrutin aura lieu en mars, ce qui pourrait entraîner une prolongation du président Kabila au pouvoir. 

Martin Fayulu, candidat à l’élection présidentielle, avait appelé à une opération "ville morte" dans tout le pays, les villes visées par le report étant ses fiefs électoraux.

À Butembo, la police a tiré en l’air pour disperser les manifestants. Des incidents ont éclaté dans plusieurs quartiers de Goma, où l’armée et la police sont intervenues à coups de gaz lacrymogène et de tirs. À Beni, des coups de feu ont été tirés alors que les manifestations entamées la veille se poursuivaient. Deux manifestants auraient été blessés par la police.

Des coups de feu ont retenti à Beni, Goma et Butembo, les fiefs du candidat de l’opposition et favori à la présidentielle, Martin Fayulu. ©AFP

Une grève peu suivie

L’appel à la grève générale n’a pas été très suivi à Kinshasa, où se trouvent 10% des électeurs congolais. La capitale, en partie mobilisée au matin, a connu une fin de journée habituelle pour la période. Le mouvement a eu un peu plus de succès dans le reste du pays.

En fin de journée, une réunion de dernière minute était organisée entre Martin Fayulu et la commission nationale électorale indépendante (Ceni) pour tenter de sortir de l’impasse.

©AFP

L’une des raisons de la faible mobilisation tient dans l’absence de réaction de l’UDPS, le principal parti d’opposition, au report partiel des élections. La lutte entre Fayulu et l’UDPS, présidée par Félix Tshisekedi, est serrée. Selon le sondage le plus récent, Martin Fayulu était parvenu à grimper de la troisième place à la première avec 47% des voix, contre 24% pour Felix Tshisekedi et 19% pour le dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary.

La Belgique tenue à l’écart

L’installation du matériel de vote a continué à travers le pays ce samedi. Vendredi, plus de 60% des bureaux étaient équipés. Les autorités menaient cette opération dans la plus grande discrétion, redoutant toute publicité sur la manière dont les "machines à voter", très contestées, sont mises en place. Pour rappel, environ 8.000 de ces machines sur les 10.000 prévues pour Kinshasa avaient été brûlées. Cet incident aurait motivé, entre autres, le report partiel des élections.

Kinshasa ne tolère aucun observateur lors de ces élections. Sa relation avec la Belgique a été réduite à la portion congrue. Le représentant de l’UE auprès de la RDC, le Belge Bart Ouvry, ayant été renvoyé jeudi. Une décision que le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a jugé "sans fondement".

Seuls les pays de l’Union africaine sont autorisés à envoyer quelques centaines d’observateur. La Conférence des Évêques (Cenco), a promis qu’elle enverrait 40.000 personnes pour observer les élections.

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