reportage

Algérie: "Nous sommes ici pour finir le boulot"

©Photo News

Les Algériens veulent en finir avec le système Bouteflika et avoir la tête de tous les responsables ayant participé à la gestion du pays ces vingt dernières années. Reportage à Alger.

"Nous avons gagné une bataille, mais pas la guerre. On a eu la démission de Bouteflika, mais le système reste intact." Comme ses trois amies, Safia, venue de la banlieue ouest d’Alger, de Aïn Benian plus exactement, ne veut nullement crier victoire après les dernières décisions prises par le chef d’état-major de l’Armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, et la démission forcée du président Bouteflika, même si elle ne crache pas sur cette belle avancée.

"C’est comme si on n’avait rien fait. Nous sommes ici pour finir le boulot", lâche-t-elle avant de rejoindre la foule bigarrée qui s’est amassée aux alentours de la place Audin, à Alger-centre. Il y a de tous les âges et des deux sexes. Comme tous les vendredis, l’ambiance est des plus conviviales. Parfois festive, même.

©Photo News

Hier encore, comme c’est le cas depuis le 22 février dernier, les Algérois étaient très nombreux à battre le pavé de la capitale algérienne pour exprimer leur colère et leur insatisfaction du seul départ de Bouteflika. "Nous avons dit tous, c’est tous", lit-on sur une banderole à un mur. Sur une autre, déployée place Audin toujours, il est écrit: "Vous avez sucé le pays, bande de voleurs.

C’est clair comme de l’eau de roche, les Algériens veulent en finir avec le système Bouteflika et avoir la tête de tous les responsables ayant participé à la gestion du pays ces vingt dernières années.

Les "3B" comme cibles

Les principales cibles de la colère de la rue sont: Abdelkader Bensalah, président du Conseil de la nation (Sénat algérien), qui devrait, selon la Constitution, assumer l’intérim présidentiel; Tayeb Belaïz, président du Conseil constitutionnel; et Noureddine Bedoui, Premier ministre. Une triplette baptisée "les 3B".

Point commun de ces trois personnalités: leur indéfectible fidélité au président Bouteflika. "Pas de Bensalah, M. Gaïd Salah", crie un groupe de manifestants tout en déployant une grande banderole frappée des photos de Bensalah, Bedoui et Belaïz et portant l’écriteau: "Dégagez tous."

Pourtant un des hommes de main de Bouteflika, le patron de l’armée algérienne reste quelque peu épargné par les manifestants et, çà et là, on entonnait le fameux slogan "Militaires et peuple, des frères".

"Depuis le 22 février à ce jour, le pays s’est réveillé et renaît de ses cendres."
Un manifestant

Outrés par le phénomène de la corruption qui a gangréné le pays, des manifestants réclament justice. L’un d’eux a brandi une pancarte avec les portraits de Saïd Bouteflika, de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia et de l’ex-président du Forum des chefs d’entreprises (FCE) qui vient d’être jeté en prison, Ali Haddad, la corde au cou.

©Photo News

Barbe bien taillée, Saïd, un professeur de français d’une soixantaine d’années, lève une pancarte de fortune sur laquelle il a écrit: "Le peuple veut se constituer partie civile contre Saïd Bouteflika pour usurpation de fonction et faux et usage de faux."

Pourquoi il a décidé de participer à la marche? "Parce que rien n’est encore fait", tonne-t-il, avant de se lancer dans une explication: "L’Algérie s’est vu confisquer sa révolution et sa souveraineté depuis 1962. Et depuis le 22 février à ce jour, le pays s’est réveillé et renaît de ses cendres."

Le souhait de ce professeur est de voir la jeunesse algérienne, "dépouillée de ses rêves" et "gavée de promesses jamais tenues", prendre enfin "le pouvoir"

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect