Après un an de Tshisekedi, la RDC reste insécurisée

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Un an après l’élection du président Félix Tshisekedi, la République démocratique du Congo reste en proie à l’insécurité et la corruption. Sa coalition avec le parti majoritaire de Kabila empêche les réformes.

Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi était élu président de la République démocratique du Congo (RDC). L’élection, entachée d’allégations de fraude, signait la première alternance pacifique depuis l’indépendance du pays. L’événement sera marqué ce vendredi par des commémorations dont le coût, 6 millions de dollars, a suscité un tollé.

Un an après, le bilan est mitigé. En dépit de la volonté présidentielle d’engager des réformes, la RDC n’a pas rompu avec la corruption et l’insécurité. Droit de rassemblement bafoué, massacres dans l’est du pays, justice absente, "seigneurs de guerre" en liberté, recrutement d’enfants soldats… Les droits humains sont en péril en RDC, dénonce Amnesty International. "Félix Tshisekedi a fait acte de bonne volonté, il a libéré des prisonniers politiques. Mais la réalité sur le terrain pose question. La sécurité de la population congolaise n’est pas assurée, en particulier dans le nord et l’est du pays", dit Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty Belgique.

L’impunité autorise la perpétuation des actes de violence sur les civils. "Le viol n’est plus seulement une arme de guerre, c’est devenu un acte normal au sein des communautés, déplore-t-il, il faut mettre fin à l’impunité".

La sécurité de la population congolaise n’est pas assurée, en particulier dans le nord et l’est du pays.
Philippe Hensmans
Directeur d’Amnesty belgique

Les forces de l’ordre sont aussi impliquées dans le processus, en témoigne la violence avec laquelle les manifestations de l’opposition sont réprimées. "Si certains peuvent agir de la sorte, c’est qu’ils s’y sentent autorités, ajoute le patron d’Amnesty, "le régime congolais ne devrait plus avoir recours à des gens qui ont commis des violations graves aux droits humains".

L’est du Congo est très exposé à cette spirale de violence. Pas moins de 900 cas de viols ont été recensés en 2019 dans cette zone riche en minerais convoités par les milices armées. Une réalité que nous avons constatée lors d’un reportage au Kivu.

Fin 2019, plus d’une centaine de personnes ont été massacrées à Beni par les ADF (Allied Democratic Forces), un groupe affilié à Daech, en représailles aux opérations menées par l’armée congolaise.

Dominé par le clan Kabila

Le président Tshisekedi affiche une volonté de changement, mais il est entravé par sa coalition gouvernementale avec le clan Kabila. Les partisans de l’ancien président sont réunis dans le Front commun pour le Congo (FCC) qui détient deux tiers des 67 postes ministériels. Un partenaire dont la principale ambition est de reconquérir le pouvoir en 2023.

Tshisekedi doit aussi se méfier de ses proches. Dans son mouvement, Cap pour le changement (CACH), son allié Vital Kamerhe lorgne le fauteuil présidentiel.

Comment sortir de l’impasse? Lors d’un déplacement à Londres le 19 janvier, Félix Tshisekedi a menacé, pour la première fois, de dissoudre l’Assemblée. Le coup de poker pourrait être salutaire, mais il est risqué. Des élections anticipées pourraient réveiller la colère des Congolais et provoquer des débordements comme ce fut le cas avant la présidentielle de 2018.

La RDC s’est ouverte

Félix Tshisekedi n’est pas, pour autant, resté inactif. L’une de ses réussites réside dans la réouverture de la RDC à la communauté internationale. Les liens avec la Belgique ont été rétablis. Lors de sa récente visite, le président congolais a mené une opération séduction auprès des Belges et des grands patrons.

La relance de la coopération commerciale et militaire est, sans aucun doute, l’une des voies à suivre pour amorcer le changement en RDC.

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