Au Soudan, l'opposition entraperçoit un espoir de transition

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Au Soudan, les forces militaires et le front d’opposition ont conclu un accord organisant une potentielle transition démocratique. Mais tout n’est pas gagné.

Une sortie crise, temporaire du moins, semble sur les rails au Soudan. Depuis le 19 décembre 2018, ce pays d’Afrique du Nord est le théâtre d’une contestation civile visant à se débarrasser du régime autoritaire en place. Le marasme économique et l’inflation du prix du pain ont été les étincelles d’un mouvement révolutionnaire qui a conduit à la destitution du président Omar el-Béchir, le 11 avril dernier, par l’armée. Cette dernière a ensuite pris les rênes du pays. Un revirement qui n’a pas plu au front de contestation, demandeur d’une passation des pouvoirs à la société civile.

La crise a pris un nouveau tournant sanglant le 3 juin dernier avec la dispersion brutale du "sit-in" installé devant le QG de l’armée depuis la chute du président el-Béchir. Selon un comité de médecins sur place, la répression aurait fait 246 morts depuis décembre, dont 127 rien que pour le "sit-in". L’opposition réclame depuis des semaines une enquête indépendante et internationale sur ce triste événement. Une demande toujours refusée par l’armée, jusqu’à la conclusion d’un accord le vendredi 5 juillet.

Des défis multiples

Les deux partis se sont accordés sur une présidence alternée du Conseil souverain. Les militaires vont d’abord présider la transition pendant 21 mois et les civils prendront la relève durant 18 mois, pour une période totale de trois ans et trois mois. Ce conseil sera composé de 6 membres, dont 5 de l’Alliance pour la Liberté et le Changement (ALC), et 5 membres du régime militaire. "Le Conseil militaire s’engage et promet de préserver ce sur quoi nous nous sommes mis d’accord, et de veiller à son application", a indiqué le chef du Conseil militaire, Abdel Fattah al-Burhane à l’AFP. Les militaires respecteront-ils l’accord à long terme, là est toute la question.

"On ne se taira pas tant que le gouvernement ne sera pas aux civils."
Ahmed Abdelhalib
Étudiant soudanais à l’AFP

Cet accord reste une petite victoire pour l’opposition, mais le chemin sera encore long avant l’instauration d’un gouvernement civil. Les deux partis ont retardé la création d’un Conseil législatif, qui doit faire office de Parlement de transition. Avant une première rupture des négociations en mai, ils s’étaient mis d’accord sur une clé de répartition: 67% pour l’ALC et 33% pour les militaires, avant que l’armée ne conteste ces chiffres. "Le fait qu’ils n’aient pas encore réussi à se mettre d’accord sur ce Conseil législatif est un signal d’alarme. Cela risque de devenir une nouvelle impasse", indique M. Boswell du centre de réflexion International Crisis Group (ICG).

Autre point du contentieux: l’avenir des militaires. Peu après l’accord négocié, les militaires sont revenus avec la demande d’une immunité pour l’armée. Il n’est pas clair si celle-ci concerne les répressions meurtrières depuis décembre ou des actes antérieurs. Cette demande a vite été rejetée par l’opposition. "Cet article nuirait au document constitutionnel", a indiqué l’association professionnelle des Soudanais à l’AFP.

Les négociations continuent pour régler les points divergents. Ce vendredi 19 juillet, l’opposition a annoncé le report des pourparlers, argumentant un besoin de temps pour se concerter et trouver une position unifiée.

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