Coup d'Etat à Ouagadougou. 3 morts et de nombreux blessés

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A moins d'un mois d'une élection présidentielle cruciale au Burkina Faso, des militaires de la garde présidentielle ont dissous les institutions et destitué le président. C'est un coup d'Etat.

Le président intérimaire du Burkina Faso, Michel Kafando, et son Premier ministre Isaac Zida sont retenus en otage par des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Ce nouveau coup de force a été réalisé par la garde prétorienne de l'ex-président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par la rue en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir.

Et ce jeudi matin, les militaires du RSP ont annoncé avoir dissous les institutions de la transition, destitué le président et promis d'organiser des "élection inclusives". Trois mort et plus de 60 blessés ont été recensés au principal hôpital de Ouagadougou depuis le début du coup d'Etat militaire, selon un médecin de l'établissement. Les victimes ont été touchées par balle, selon la même source.

"Une large concertation est engagée pour former un gouvernement qui se dévouera à la remise en ordre politique du pays et à la restauration de la cohésion nationale pour aboutir à des élections inclusives et apaisées" ( lieutenant-colonel Mamadou Bamba)

Unité d'élite de l'armée, le RSP compte 1.300 hommes, contre plus de 11.000 hommes au total pour l'ensemble de l'armée et de la gendarmerie burkinabè. La société civile avait demandé sa dissolution à plusieurs reprises.

Le RSP, garde prétorienne de l'ex-président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir par la rue en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir, dénonce notamment la loi n'autorisant pas les partisans de l'ancien président Compaoré à se présenter à l'élection présidentielle qui devait avoir lieu le 11 octobre et devait mettre fin à la transition.
Cette loi électorale très controversée rendait "inéligibles" tous ceux qui avaient soutenu un "changement inconstitutionnel", soit la tentative de Compaoré de modifier la Constitution pour supprimer la limitation des mandats présidentiels.

Dans un communiqué lu à la télévision, les militaires ont également annoncé la fermeture des frontières et l'instauration d'un couvre-feu nocturne. Et ils ont décidé la nomination du général de la garde présidentielle Gilbert Diendéré à la tête du "conseil national pour la démocratie" qu'ils ont mis en place.

Ce chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré, a justifié ensuite le coup d'Etat par une "grave situation d'insécurité pré-électorale", et promis de libérer les dirigeants de la transition (dans un entretien avec l'hebdomadaire Jeune Afrique).

Les otages seront libérés d'ici peu, selon Gilbert Diendéré qui explique aussi qu'"ils ne les garderont pas indéfiniment". Le général, interviewé par la chaîne de télévision France24, a également précisé avoir "le soutien de l'armée".

Coups de feu

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Des tirs étaient régulièrement entendus jeudi matin à Ouagadougou, quadrillée par les militaires de la garde présidentielle qui ont notamment mis en place des barrages tout autour de Ouaga2000, le quartier où se trouve le Palais.

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Plusieurs centaines de personnes avec des sifflets et des vuvuzelas avaient convergé jeudi  en début de soirée dans le quartier Ouaga2000 vers le Palais Présidentiel aux cris de "Libérez Kosyam (nom du palais présidentiel)" ou "A bas les RSP". Peu après 19H00 (locales et GMT), des coups de feu avaient aussi été tirés par des soldats aux abords du palais présidentiel, pour disperser ces centaines de manifestants.

"Ces évènements menacent la transition démocratique au Burkina Faso, qui avait nourri beaucoup d'espoir, et la voie vers les élections du 11 octobre prochain."
Didier Reynders et Alexander De Croo
dans un communiqué commun

Les Affaires Etrangères conseillent aux Belges présents au Burkina Faso ou ayant l'intention de s'y rendre de rester très prudents:

"Les frontières et l'aéroport sont fermés en ce moment. Un couvre-feu a été instauré (19h00 – 06h00). Il est conseillé aux Belges qui se trouvent sur place de limiter leurs déplacements au strict minimum. Il convient également de faire preuve d’une vigilance permanente, d’éviter les manifestations et rassemblements, de suivre la couverture médiatique et de s’informer sur les développements actuels"

Les Belges présents peuvent se signaler: +226.25.31.21.64/65 ou online via le portail www.travellersonline.diplomatie.be .

Vous comptiez partir? "Il est demandé aux Belges qui veulent se rendre au Burkina Faso de reporter leur projet de voyage en ce moment", conseillent  les Affaires Etrangères.

Le reste du monde condamne

Le Conseil de sécurité de l'ONU souligne que la détention par des éléments du Régiment de sécurité présidentielle "est une violation flagrante de la constitution" du pays. Les membres du Conseil "exhortent tous les acteurs au Burkina Faso à s'abstenir de toute violence".

Les Etats-Unis, par la voix du porte-parole du département d'Etat John Kirby ont réagi de manière similaire. Nous "condamnons toute tentative de prendre le pouvoir par des moyens extra-constitutionnels", a-t-il déclaré appelant à "mettre immédiatement un terme à la violence".

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est dit "scandalisé" par ce coup de force de la garde prétorienne de l'ex-président Blaise Compaoré et demande la libération des deux hommes.

La situation avant les élections

A droite, le président intérimaire, Michel Kafando, avec le Premier ministre Isaac Zida. Les deux hommes sont retenus par la garde prétorienne de l'ex-président Blaise Compaoré. ©AFP

Le Burkina Faso est dirigé depuis la chute de Blaise Compaoré par des autorités intérimaires, dirigées par le président Kafando et le Premier ministre Zida. Elles doivent rendre le pouvoir à l'issue des élections le 11 octobre.

Aucun partisan de l'ancien président Compaoré n'a pu se présenter au scrutin au nom d'une loi électorale très controversée votée en avril rendant "inéligibles" tous ceux qui ont soutenu un "changement inconstitutionnel".

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