Dans l'attente des résultats législatifs, la contestation grimpe en RDC

©REUTERS

Le directeur de l'ONG Human Rights Watch conteste la victoire aux élections présidentielles de Félix Tshisekedi. Pour lui, le gagnant est Martin Fayulu, avec 47% des voix. Le candidat de l'opposition va même introduire un recours en justice.

La victoire aux élections présidentielles de RDC de Félix Tshisekedi est de plus en plus contestée. Le directeur exécutif de l'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), Kenneth Roth, présente ainsi des résultats bien différents de ceux publiés par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). En citant les chiffres de l'Église catholique, il donne la victoire à l'opposant Martin Fayulu Madidi.

"À quoi ressemble la manipulation pour l'élection présidentielle au Congo?" indique-t-il sur Twitter, évoquant le comptage "concocté par (le président Joseph) Kabila".

Kenneth Roth faisait référence au comptage indépendant organisé par l'Église catholique - la Conférence épiscopale du Congo (Cenco) et ses 40.000 observateurs électoraux - avant de se rétracter et d'annoncer sur Twitter que les données émanaient, en fait, "d'un important groupe de recherche", sans autre précision. Ce qui lui a valu une avalanche de critiques: un internaute précise qu'il s'agit d'un sondage pré-électoral. D'autres l'accusent d'être un agent d'influence et de décrédibiliser son organisation.

Les résultats sont selon ce groupe:

  • 47% des suffrages à Fayulu, le candidat de la coalition d'opposition Lamuka
  • 24% à Félix Tshisekedi, le président du parti historique d'opposition UDPS (Union pour la Démocratie et le progrès social)
  • 19% à l'ex-ministre de l'Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary (dit ERS), le candidat du président sortant Joseph Kabila

Fayulu porte plainte  

Martin Fayulu lui-même annonce qu'il va déposer une plainte pour fraude devant la Cour constitutionnelle. "Nous savons bien que la Cour constitutionnelle est composée de partisans de (l'ancien président Joseph) Kabila mais nous ne voulons pas qu'ils disent que nous n'avons pas suivi la loi. Nous voulons faire tout ce que nous pouvons pour avoir un résultat juste et clair", a-t-il déclaré à la BBC. 

Son équipe de campagne affirme qu'il a recueilli 61,51% des voix, contre seulement 18,86% pour le vainqueur proclamé, Félix Tshisekedi

Le service diplomatique de l'Union européenne appelle pour sa part la Commission électorale à publier les procès-verbaux de chaque centre local de compilation des résultats. "Il est dès lors important pour la crédibilité du processus et la sincérité du scrutin que la Céni poursuive son travail conformément à la loi électorale", a souligné la porte-parole Maja Kocijancic.

La Céni avait déclaré jeudi Tshisekedi vainqueur avec 38,57% des voix, devant l'autre tête de l'opposition divisée, Martin Fayulu (34,8%) et 24% à Ramazani Shadary. Mais très vite ces résultats étaient contestés. 

La Cenco avait alors avancé que ces résultats "ne correspondaient pas" aux données collectées par ses observateurs.

Dans les rues, la colère fait rage. Cinq civils ont été tués dans des manifestations de contestations à Kikwit (ouest), d'après un nouveau bilan communiqué par la police qui dément avoir enregistré deux morts dans ses rangs.

Nouveaux résultats attendus 

Après la publication la nuit de mercredi à jeudi des résultats provisoires de la présidentielle et des élections provinciales, on attend ce vendredi soir les résultats provisoires, eux aussi, des élections législatives. Ceux-ci étaient attendus pour hier soir. Cette échéance n'a finalement pas été tenue. 

 Au total, 15.355 candidats ont participé à ces législatives nationales pour les 500 sièges à l'Assemblée nationale.

"Transparence maximale"

L'ambassadeur de Belgique à l'ONU, Marc Pecsteen, a appelé la Commission électorale indépendante (Céni) congolaise à faire preuve de "transparence" en publiant les procès-verbaux de chaque centre de compilation des résultats de l'élection présidentielle, mais aussi en donnant accès à son serveur central à des observateurs neutres. "Vu le climat de méfiance, il est d'autant plus important d'assurer une transparence maximale", a déclaré Pecsteen lors d'une réunion du conseil de sécurité des Nations unies, à New York.

"Nous avons pris note de la déclaration de la Cenco et ce message nous interpelle", a encore déclaré l'ambassadeur belge à l'ONU, ajoutant qu'une "discussion basée sur des faits et des chiffres" s'imposait afin de "garantir que le choix démocratique de la population congolaise soit respecté".

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