Publicité

Félix Tshisekedi accusé par son ancien allié de "dérive dictatoriale"

Le président de la RDC, Félix Tshisekedi. ©REUTERS

En quelques mois, le président de la RDC Félix Tshisekedi a investi tous les niveaux de pouvoir du Congo en suivant une stratégie implacable. L'ancien président Joseph Kabila est désormais isolé.

Deux ans après son élection à la présidence de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi est parvenu à verrouiller tous les niveaux de pouvoir du pays dans des circonstances qui soulèvent de plus en plus de questions. À tel point que son ancien partenaire de majorité, le Front commun pour le Congo (FCC), dirigé par Joseph Kabila, accuse le président de "dérive dictatoriale".

L'Europe, la Belgique et les États-Unis soutiennent de manière indéfectible Félix Tshisekedi, alors que les réformes promises lors de son investiture, la lutte contre la corruption et le redressement de l'économie, peinent à voir le jour.

La situation sanitaire du Congo est critique. Son économie est au plus bas, alors que deux tiers de la population vivent dans la misère. Fin 2019, la RDC a reçu 369 millions d'euros d'aides du FMI fin 2019 sans résultat apparent.

Le combat contre la corruption est peu visible. Lundi dernier, la Banque mondiale a suspendu un financement de 100 millions de dollars en faveur de la gratuité de l'enseignement en RDC sur la base de soupçons de fraudes.

2
millions de dollars
Pékin a versé 2 millions de dollars à la RDC pour soutenir sa candidature à la présidence de l'Union africaine.

Quant à la situation des droits de l'homme, elle s'est "considérablement détériorée" ces derniers mois dans l'Est du pays, selon un rapport de l'ONU publié mardi.

Félix Tshisekedi, qui devient ce weekend président de l'Union africaine (UA), avait promis au début de son mandat de réduire la présence de la Chine au Congo. Début 2021, Pékin a annulé une fraction de la dette de la RDC, versé 15 millions de dollars d'aides au pays et 2 millions pour soutenir sa candidature à la présidence de l'UA. Selon plusieurs sources, les investissements de la Chine ont repris de plus belle dans le secteur des minerais.

Une élection contestée

L'élection présidentielle de décembre 2018, entachée d'allégations de fraude, a laissé un goût amer. Selon une fuite des résultats obtenue par le Financial Times et RFI, la victoire revenait au candidat Marin Fayulu. Mais la commission électorale et la Cour constitutionnelle validèrent l'élection de Félix Tshisekedi.

Martin Fayulu vit aujourd'hui aux États-Unis dans l'anonymat, privé de tout soutien.

Au lendemain de sa victoire, Félix Tshisekedi, à la tête de son parti minoritaire, l'UDPS, a conclu un pacte de majorité avec l'ancien président Joseph Kabila et le FCC. Le clan Kabila détenait la majorité avec plus de 300 députés sur les 500 de l'Assemblée nationale, et deux tiers des 66 ministres d'un gouvernement pléthorique, dans l'espoir de reconquérir le pouvoir lors des élections de 2023.

"Dérive dictatoriale"

Ces deux derniers mois, Félix Tshisekedi a retourné l'échiquier en sa faveur. Le président congolais, après avoir lancé une stratégie "d'union nationale", détient depuis décembre une majorité de 391 sièges à l'assemblée. Un de ses partisans, Mboso N'Kodia Pwanga, a été mis à la tête de l’institution mercredi dernier. Selon des rumeurs persistantes, au moins 24 députés du FCC auraient cédé à des "offres généreuses" pour rallier le président.

"Nous demandons au président de la République, chef de l'État, d'arrêter cette dérive dictatoriale, susceptible de plonger le pays dans l'instabilité institutionnelle et sociale."
Tshikez Diemu
Porte-parole du FCC

Deux grands formats ont prêté allégeance à Félix Tshisekedi, le très influent homme d'affaires Moïse Katumbi et l'ancien chef de guerre Jean-Pierre Bemba.

Le Premier ministre pro-Kabila, Ilunga Ilunkamba, a été destitué le 29 janvier. Le dernier fidèle de Kabila, le président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, fait l'objet d'accusations judiciaires et d'une motion de censure. Quant à Joseph Kabila, il s'est retranché avec ses fidèles sur ses terres du Katanga.

Le camp de l'ancien président fulmine. "Nous demandons au président de la République, chef de l'État, d'arrêter cette dérive dictatoriale, susceptible de plonger le pays dans l'instabilité institutionnelle et sociale", a dénoncé jeudi Tshikez Diemu, le porte-parole du FCC.

Le parti de Kabila reproche aussi à Félix Tshisekedi d'avoir nommé en juillet 2020 trois juges de son camp à la Cour constitutionnelle, après avoir écarté le général John Numbi, très influent et proche de Kabila.

Vital Kamerhe, l'ami sacrifié

Le premier acte de cette conquête de plus en plus contestée est aussi le plus tragique. Début 2020, le président congolais a écarté son chef de cabinet et ancien ami, Vital Kamerhe, accusé de fraude et condamné à 20 ans de travaux forcés après un procès expéditif.

"Vital Kamerhe est très gravement malade. Il a perdu 22 kilos. Les visites et tous contacts sont interdits."
Un proche de Vital Kamerhe

Gravement malade, Vital Kamerhe attend son procès en appel prévu le 15 février. Ses avocats français Clara Gérard-Rodriguez et Pierre-Olivier Sur, ne parviennent pas à obtenir de visa pour entrer en RDC. "Vital Kamerhe est très affaibli. Il a perdu 22 kilos. Les visites sont interdites et il est privé de tout contact", dénonce un proche, "il ne pourra recevoir des soins appropriés que lorsqu'il aura renoncé à sa carrière politique."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés