"Il y a un risque de guerre civile au Burkina Faso"

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Les observateurs internationaux tirent la sonnette d'alarme alors que l'armée du Burkina Faso a envoyé des unités loyales au gouvernement de transition vers la capitale Ouagadougou. Suite du coup d'Etat de la semaine dernière, l'armée a appelé les putschistes de la garde présidentielle à déposer les armes. Sur la scène diplomatique, le travail devient de plus en plus difficile.

La crise au Burkina Faso a pris lundi un tournant dramatique: une source de l'état-major a précisé que trois colonnes de l'armée burkinabè, loyales au régime de transition renversé par le putsch du 17 septembre, faisaient route vers Ouagadougou.

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Plusieurs chefs de l'armée veulent désarmer "sans effusion de sang" les soldats du Régiment de sécurité présidentielle, l'unité d'élite du président déchu Blaise Compaoré, à l'origine du coup d'état fomenté la semaine dernière. "Nous leur demandons de déposer immédiatement les armes et de se rendre au camp Gal Sangoulé Lamizana", une caserne à Ouagadougou, lit-on dans le communiqué qui promet aux putschistes que leur sécurité et celle de leurs familles seront assurées.

"Il y a un risque de guerre civile désormais"

Les rues de Ouagadougou se sont vidées brusquement lundi après-midi à l'annonce du communiqué de l'armée, ont constaté des journalistes sur place.

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Des manifestants hostiles au général Gilbert Diendéré, le chef des putschistes, et à l'accord élaboré par le président sénégalais Macky Sall ont érigé auparavant des barricades et brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de la capitale. Des manifestations ont également eu lieu dans d'autres villes du pays, faisant craindre une flambée du conflit. "Il y a un risque de guerre civile désormais. Si (Diendéré) reste au pouvoir, la population va se soulever", estime Rinaldo Depagne, directeur pour l'Afrique de l'Ouest de l'organisation International Crisis Group.

Départ des troupes de Dedougou pour Ouagadougou avec une population en liesse #lwili #BurkinaFaso pic.twitter.com/V44hxpv2Zt— Brice Cléo (@_Bric0) 21 Septembre 2015

Où en est-on?

Les médiateurs régionaux ont annoncé dimanche soir qu'un projet d'accord avait été rédigé pour mettre fin à la crise politique ouverte le 17 septembre dernier. Mais cet accord, qui prévoyait notamment une amnistie pour les putschistes et la possibilité pour les anciens partisans de Blaise Compaoré de se présenter aux prochaines élections, a été aussitôt rejeté par la société civile et l'opposition.

Le président de transition du Burkina Faso Michel Kafando s'est dit également "très réservé" sur le projet de sortie de crise présenté par la médiation ouest-africaine, à l'issue de discussions auxquelles il dit ne pas avoir été "associé".

L'ambassade des Etats-Unis a appelé via twitter "toutes les parties à ne pas recourir à l'usage de la violence", ajoutant : "Nous sommes actuellement en plein dialogue, donnez à vos responsables le temps dont ils ont besoin pour parvenir à une solution négociée".

Le Burkina Faso, pays sahélien pauvre de 17 millions d'habitants, a connu depuis son indépendance en 1960 de nombreux coups d'État militaires. Le général Diendéré avait joué un rôle clé dans le putsch de 1987 qui avait porté au pouvoir Blaise Compaoré et s'était soldé par la mort du président Thomas Sankara.

Après 27 ans de règne, le régime Compaoré avait été balayé par une insurrection populaire fin octobre 2014, lorsque des centaines de milliers de manifestants avaient investi la capitale pour empêcher l'ex-président de changer la constitution pour se maintenir au pouvoir. Un régime de transition civile avait été institué.

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