L'Afrique du Sud ne croit plus en l'ANC

©REUTERS

Historiquement bas au niveau national, battu à Pretoria et à Port Elizabeth, l'ANC au pouvoir en Afrique du Sud a subi de lourdes défaites lors de ces élections municipales, l'obligeant à une remise en cause inédite.

L'ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, a subi samedi un revers historique aux élections municipales en étant devancé dans la capitale Pretoria par le principal parti d'opposition, la DA, selon les résultats finaux transmis par la Commission électorale.

"C'est un point de basculement pour le peuple d'Afrique du Sud. Cela montre que nous ne sommes pas seulement un parti d'opposition mais de gouvernement."
Mmusi Maimane
Leader de la DA

Ces mauvais résultats sont historiques pour le parti de Nelson Mandela qui gouverne l'Afrique du Sud depuis la fin de la dictature raciale de l'apartheid et l'avènement de la démocratie en 1994.

Si l'ANC reste le premier parti au niveau national, il enregistre un fort recul dans les urnes avec 54,4% des voix, en baisse de 7 points par rapport à 2011, sur la quasi totalité des bulletins dépouillés. L'Alliance Démocratique (DA), qui a mis la main sur Port Elizabeth, la deuxième plus grande ville du pays, et les Freedom Economic Fighters, une faction qui s'est séparée de l'ANC en 2013, complète le podium des formations politiques.

A Nelson Mandela Bay, l'ANC est battue de plus de six points par l'Alliance Démocratique (DA) (46,7% contre 40%), après le dépouillement de tous les bulletins. Cette défaite dans la sixième ville du pays, un bastion historique de la lutte anti-apartheid, est un sérieux camouflet pour l'ANC. 

Pourquoi un tel recul?

Dans un pays où plus d'un quart de la population active est au chômage, le parti au pouvoir fait les frais du revirement de millions d'électeurs noirs affectés par la stagnation économique, pour lesquels l'héritage du combat contre l'apartheid de l'ANC ne suffit plus, sur fond du scandale impliquant le président Jacob Zuma au cours de son second mandat entamé en 2014.

Le président Zuma ne s'attendait pas à pareille déconvenue en entrant son bulletin dans l'urne. ©EPA

Zuma a échappé à un vote de destitution en avril, après un jugement de la Cour constitutionnelle lui ordonnant de rembourser quelque 14 millions d'euros d'argent public engagés pour rénover sa résidence de Nkandla. Il a assuré qu'il rembourserait une partie des fonds, tout en rejetant toute critique sur son intégrité, mais la colère des Sud-Africains gronde dans un pays au bord de la récession.

Jackson Mthembu, un responsable de l'ANC, a estimé que la perte de plusieurs municipalités constituait une "tendance inquiétante" pour son parti. "Nous avons besoin d'une sérieuse introspection, et c'est ce que nous ferons", a-t-il ajouté.

Cartes rebattues

John Ashbourne, analyste pour Capital Economics, estime que les résultats de ces municipales dessinent une mutation du système politique sud-africaine. "La DA, qui dépend traditionnellement des votes des Sud-Africains blancs et métis, paraît enfin gagner du terrain auprès de la majorité noire du pays", explique-t-il.

Mmusi Maimane, le leader du parti d'opposition, l'Alliance démocratique. ©EPA

L'Alliance démocratique s'est choisie l'an dernier un dirigeant noir, Mmusi Maimane, et a promis des créations d'emploi et une amélioration des services sociaux en vue de changer son image de parti blanc. Aux précédentes élections municipales, en 2011, l'ANC avait remporté 62% des suffrages, contre 24% pour la DA.

Toute défaite significative du parti de Jacob Zuma dans les urnes serait perçue comme un signe alarmant en vue des élections législatives de 2019. Sans croissance - 0% prévu par la banque centrale cette année - le président Zuma a également du mal à tenir ses promesses de faire baisser un chômage record (26,7%) et de réduire les inégalités.

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