L'Algérie a un président en attendant les élections

©EPA

Abdelkader Bensalah a été nommé par le parlement algérien président par intérim. Il sera aux commandes durant 90 jours, délai nécessaire à l'organisation d'élections.

L'Algérie se dote d'un nouveau président; du moins à titre intérimaire. Selon la télévision nationale, Abdelkader Bensalah est le nouveau président par intérim. Il a été nommé par le parlement pour une période de 90 jours, soit jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

Abdelkader Bensalah, 77 ans, est un pur produit du régime algérien. Député, ambassadeur, haut fonctionnaire ministériel, sénateur, il a multiplié les fonctions et présidé les deux chambres du Parlement, sans jamais devenir ministre.

Cette nomination est conforme à ce que prévoit la Constitution, mais va à l'encontre de ce que réclament les Algériens qui continuent massivement à manifester pour réclamer le départ de l'ensemble du "système" Bouteflika.

Abdelkader Bensalah ©AFP

Abdelkader Bensalah succède donc à Abdelaziz Bouteflika qui avait démissionné la semaine dernière sur fond de contestation inédite.

Âgé de 82 ans, de santé fragile depuis son AVC en 2013, Abdelaziz Bouteflika était à la tête du pays depuis vingt ans.

Qui est Abdelkader Bensalah?

Abdelkader Bensalah est un fidèle de son prédécesseur Abdelaziz Bouteflika.

Cacique du régime dominé par le Front de libération nationale (FLN) depuis l'indépendance en 1962, il est à la tête du Conseil de la Nation -la chambre haute du Parlement- depuis 2002, soit trois ans à peine après le début de la présidence Bouteflika.

Un fonctionnaire du Conseil de la Nation l'ayant côtoyé le décrit comme un homme souvent jovial, mais capable d'une grande sévérité. Sans talent oratoire particulier, c'est un bon serviteur du système, décrit un homme politique ayant travaillé avec lui, qui attribue à sa discrétion, entretenue jusqu'à frôler l'effacement, sa longévité dans les allées du pouvoir.
"Se rendre utile au moment opportun, c'est ce qu'il sait faire, lui qui ne s'exprime que rarement sur des questions liées à la gestion des affaires de l'État", écrivait de lui le quotidien francophone El Watan en 2015.

Abdelkader Bensalah n'a pas 18 ans quand il rejoint les rangs de l'Armée de libération nationale (ALN), qui combat depuis 1954 l'armée coloniale française.
À l'indépendance en 1962, il obtient une bourse et part étudier le droit à Damas, avant de rentrer en Algérie où il intègre en 1967 la rédaction du quotidien national arabophone El Chaab ("Le Peuple"), à une époque où l'État détient le monopole de la presse et des médias.

Après une carrière dans la presse d'État, notamment comme correspondant à l'étranger, il est élu député en 1977. Réélu deux fois, il préside pendant 10 ans la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Populaire nationale (APN, chambre basse). 

Ambassadeur d'Algérie en Arabie saoudite de 1989 à 1993, il est ensuite porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

En 1994, il est élu à la tête du Conseil national de Transition (CNT), deuxième Parlement transitoire mis sur pied pour pallier l'absence d'Assemblée après l'interruption des législatives de 1991-1992, que s'apprêtaient à remporter le Front islamique du Salut (FIS).

Quatre ans plus tard, le Rassemblement national démocratique (RND) qu'il vient de contribuer à créer remporte les législatives. Élu député, il prend la présidence de l'APN.

En 2002, nommé par le chef de l'État, au titre du "tiers présidentiel", au Conseil de la Nation, il en prend la présidence. Depuis, il a été systématiquement réélu tous les trois ans à ce poste qui lui confère la charge de l'intérim en cas de décès, démission, ou "empêchement" du président du fait d'une maladie grave et durable.

Comme en 2013, lorsque l'hypothèse d'un intérim était évoquée lors de la longue hospitalisation à Paris du président Bouteflika, victime d'un AVC, une polémique sur ses origines est récemment réapparue.

Certains de ses détracteurs l'accusent d'être Marocain de naissance et d'avoir été naturalisé Algérien dans les années 1960, ce qui l'empêcherait d'assurer les fonctions présidentielles, même de façon intérimaire. Un fait qu'il a toujours catégoriquement démenti.

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