nécrologie

Hosni Moubarak, le bilan contrasté d'un président contesté

L'ancien président égyptien Hosni Moubarak, resté au pouvoir durant 30 ans et renversé en 2011 par une révolte populaire, est décédé.

L'ancien Président égyptien Hosni Moubarak est décédé ce lundi à 91 ans. Il avait dirigé son pays de 1981 à 2011.

Pilote de Spitfire dans les années 1950, il avait gravi les échelons de la hiérarchie dans l'armée de l'air égyptienne. Nommé vice-Président sous Anouar el-Sadate en 1975, il était devenu Président suite à l'assassinat de celui-ci. Réélu en 1987, en 1993 et en 1999, il a dirigé l'Égypte d'une main de fer jusqu'au soulèvement populaire du "printemps arabe". La révolte l'avait chassé du pouvoir le 25 janvier 2011.

Emprisonné au lendemain de la "révolution du Nil" pour corruption et pour avoir ordonné le meurtre de 850 manifestants, il avait été acquitté de la plupart des charges qui pesaient contre lui. 

Corruption rampante

Il a régné pendant trois décennies, au cours desquelles il a assis un régime autoritaire et construit un État policier extrêmement brutal.
Elena Aoun
UCLouvain

"Il faut différencier son action en interne de sa politique étrangère", précise Elena Aoun, professeur à l'Institut des sciences politiques Louvain-Europe de l'UCLouvain. "Son bilan en interne est très négatif. Il a régné pendant trois décennies, au cours desquelles il a assis un régime autoritaire, construit un État policier extrêmement brutal. Avec lui, on a vu la corruption gangrener l'ensemble du pays. À mesure que l'économie allait en se libéralisant, les pouvoirs publics et l'État providence s'étiolaient. Le chômage et la pauvreté ont crû."

Hosni Moubarak avait été chassé du pouvoir par la révolte populaire.

Sous le régime d'Hosni Moubarak, la répression a gagné du terrain avec un contrôle étroit, notamment de l'opposition politique.

"Sur le plan économique, on a assisté à une corruption rampante et à un rôle grandissant de l'armée", explique Elena Aoun. C'est cette situation qui a jeté les bases des soulèvements populaires de 2011.

Acteur clé dans la région

N'oublions pas que Moubarak a été un partenaire fiable pour réprimer l'islamisme politique et... le terrorisme islamique.
Elena Aoun
UCLouvain

Mais à côté de ce bilan négatif sur le plan intérieur, Hosni Moubarak pouvait se targuer de bons résultats en termes de politique étrangère. Quand l'Égypte a signé la paix avec Israël, elle s'est retrouvée mise au ban de la région. "Mais graduellement", rappelle Elena Aoun, "Moubarak a pu ramener son pays dans le concert des nations, jusqu'à devenir un acteur pivot dans les années 90. Il a su préserver l'héritage de Sadate - la paix avec Israël - et parrainer les relations entre la Palestine et Israël. L'Égypte de Moubarak a toujours joué un rôle à la pointe lors des regains de tension dans cette région. Toute la communauté internationale peut s'en montrer redevable."

Hors du Moyen-Orient, Moubarak s'est aussi montré actif puisqu'il a noué des liens avec la Chine à l'époque où ce pays n'avait pas l'importance qu'il a aujourd'hui sur la scène internationale.  "Et n'oublions pas que Moubarak a été un partenaire fiable pour réprimer l'islamisme politique et... le terrorisme islamique", glisse Elena Aoun.

Au final, l'ex-Président égyptien a légué à son peuple un pays "dans un état de délabrement profond, miné par le chômage et la pauvreté. Il a fondé le pilier sur lequel s'appuie actuellement le régime de Sissi, qui est encore plus répressif et corrompu que le sien, ce qui n'est pas peu dire..." pointe l'experte de l'UCLouvain.

Les funérailles de Moubarak seront assurées par la présidence égyptienne.

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