"La Belgique doit être plus audacieuse au Congo"

Depuis son indépendance en 1960, le Congo, miné par la corruption et les puissances étrangères, n'est pas encore parvenu à décoller économiquement (photo: à Kinshasa, la statue de Patrice Lumumba, le héros de l'indépendance du Congo). ©AFP

Pour l'entrepreneur congolais Alain-Pascal Losembe, le fils de Mario-Philippe Losembe, un des plus brillants diplomates de la RDC, la Belgique et le Congo doivent raviver leur partenariat. Sans quoi, la RDC restera, à ses dépens, sous influence chinoise et américaine.

Soixante ans après son indépendance, le Congo a la gueule de boisCe pays d’Afrique centrale est l’un des plus pauvres du monde, avec un revenu moyen d’un dollar par jour par habitant. Pourtant, il détient les plus importantes réserves de minerais stratégiques de la planète. Ses terres sont fécondes. Ses ressources hydrauliques pourraient en faire un des plus importants producteurs d’électricité du continent africain. Miné par la corruption, il se cherche un avenir.

Les fêtes d'indépendance, ce mardi, se feront dans "la médiation", a décidé le gouvernement, à cause du coronavirus et de la situation économique.

Alain-Pascal Losembe, entrepreneur en RDC, rêve comme la plupart des Congolais d’un pays dynamique et développé, à la mesure de ses richesses et de la fierté de son peuple. Il en connaît l’histoire, les victoires et les désillusions. Son père, Mario-Philippe Losembe, un brillant diplomate, doublé d’un psychologue formé à Louvain, a accompagné le Congo depuis sa création.

Le premier Congolais marié en Belgique

"Mon père est le premier Congolais à s’être marié en Belgique avec une compatriote. C'était un événement. Les gens venaient de partout, le ministre des Colonies était là", raconte Alain-Pascal Losembe. La photo du mariage est aujourd’hui au musée de Tervuren. "Dans la foule, il y avait un journaliste congolais, un certain Joseph-Désiré Mobutu", dit-il. Les deux hommes se recroiseront.

"Mon père est le premier Congolais à s’être marié en Belgique avec une compatriote."
Alain-Pascal Losembe
Entrepreneur congolais

Lors des négociations d’indépendance, Patrice Lumumba envoie Mario-Philippe Losembe le représenter à la table ronde économique. Son jeune assistant n'est autre que... le jeune Mobutu. Peu après l’indépendance, le diplomate devient le premier chef de délégation du Congo aux Nations unies, sous la présidence de Joseph Kasa-Vubu. Il y joue un rôle clé.

Le diplomate congolais assiste, aux Nations unies, aux premiers drames de l’indépendance. Lors de la sécession katangaise, le 11 juillet 1960, il remercie le Président américain John F. Kennedy pour avoir soutenu l’intervention des Gurkhas, des Casques bleus, contre les gendarmes katangais. Lorsque l’URSS tente s’emparer Congo, Mario-Philippe Losembe s’interpose.

Le Congo lui doit beaucoup. En 1969, sous la présidence du maréchal Mobutu, il devient ministre de l’Éducation du Zaïre, puis ministre des Affaires étrangères. Tombé en disgrâce auprès du dictateur, il s’exile deux ans en Suisse en 1972. Plus tard, après la mort de Mobutu, Mario-Philippe Losembe est reconnu Pionnier de l’Indépendance. En 2007, il est élu sénateur et désigné deuxième vice-président du sénat. L’homme, plutôt discret, reste influent.

"Le Congo vit dans l’inertie de la colonie"

Alain-Pascal Losembe voudrait voir bouger les choses. "On a la gueule de bois", raconte-t-il, "le Congo vit dans l’inertie de la colonie, on utilise les mêmes routes, les mêmes infrastructures construites par les Belges".

"Le Congo vit dans l’inertie de la colonie, on utilise les mêmes routes, les mêmes infrastructures construites par les Belges."
Alain-Pascal Losembe

Les derniers projets d’aménagement des routes à Kinshasa, les "saute-moutons", n’ont pas encore vu le jour. "Ce n’est pas une mauvaise idée, mais les millions de dollars utilisés auraient pu être consacrés à une autre cause, comme résoudre les problèmes d'eau ou d'électricité à Kinshasa."

Pour de nombreux observateurs, le Congo souffre avant tout de sa dépendance aux puissances étrangères, en particulier la Chine et les États-Unis, qui font y régner la loi de la jungle. Le cuivre et le cobalt congolais, indispensables à la fabrication des smartphones et des batteries, sont exploités à 90% par les entreprises chinoises. Leur extraction a lieu dans des conditions misérables sur des terrains de massacres.

La Chine est très active en RDC dans le secteur des travaux publics et du génie civil. Mais son grand projet de "route de la soie" congolaise, la construction de routes, n’a jamais vu le jour. Les grandes entreprises américaines approvisionnant la puissante Silicon Valley ont aussi la main sur le Congo. 

Les entreprises belges trop discrètes

Pour Alain-Pascal Losembe, la Belgique et le Congo doivent "raviver leur partenariat". Les entreprises belges présentes au Congo sont jugées trop discrètes. "Ce serait une bonne chose que des grandes entreprises belges viennent au Congo, avec des programmes de formation professionnelle. Des projets d’avenir", conclut-il.

"La Belgique doit être plus audacieuse au Congo, elle doit regarder notre pays comme un partenaire, d'égal à égal, et non comme une masse de problèmes à résoudre tout de suite."
Alain-Pascal Losembe

"La Belgique doit être plus audacieuse au Congo, elle doit regarder notre pays comme un partenaire, d'égal à égal, et non comme une masse de problèmes à résoudre tout de suite", résume-t-il, "il est temps, d’ailleurs que la Belgique affirme ses propres ambitions".

Pour lui, il est temps d’aller de l’avant. "Ce pays a été construit dans la violence, mais il a une histoire, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas."

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