La colère s'empare des villes de RDC privées d'élections

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Les populations de Beni, Butembo et Yumbi se sont insurgées ce jeudi contre la décision de reporter les élections. L’opposant Martin Fayulu appelle à manifester vendredi.

Des manifestations ont éclaté ce jeudi dans les villes touchées par le report des élections présidentielle, législatives et locales. Beni, Butembo, Yumbi… Les fiefs de l’opposition, privés des urnes, se sont enflammés les uns après les autres au lendemain de l’annonce du report par la CENI (Commission électorale nationale indépendante).

"Pour nous, la ligne rouge a été franchie. Nous n’allons pas nous laisser faire", écrit la Lutte pour le Changement (Lucha), un mouvement citoyen congolais, "la colère est au zénith et le volcan risque d’exploser. Mais à qui la faute?".

Sur son compte Twitter, la Lucha invite la population à se rassembler. Les photos et les vidéos de scènes de rue défilent. Les manifestations s’étendent à la ville de Goma, dans le quartier de Majengo et devant l’université. Rues barricadées, pneus en feu. Certains manifestants ne lésinent pas sur les moyens.

Les autorités sont intervenues de manière musclée pour empêcher ces manifestations interdites. L’armée et la police ont utilisé des gaz lacrymogènes contre la foule et tiré en l’air à balles réelles.

Un centre Ebola attaqué

Des débordements ont eu lieu à Beni contre un centre d’isolement et de soin des malades d’Ebola. Plusieurs individus ont tenté de saccager les locaux et d’y bouter le feu, certains malades étant forcés de s’enfuir. D’autres s’en sont pris au bureau de coordination des équipes de lutte contre Ebola. Les forces de l’ordre et les casques bleus sont intervenus. La Lucha a prié les fauteurs de trouble de se calmer.

Plus d’1,2 million de Congolais ne pourront voter ce dimanche. La CENI justifie le report des élections au mois de mars par les risques liés à l’épidémide d’Ebola et l’insécurité des zones où des massacres sont régulièrement perpétrés.

"Arguments fallacieux"

Pour l’opposition, ces deux arguments ne valent pas. Beaucoup soupçonnent le président Joseph Kabila d’utiliser ce report pour se maintenir plus longtemps au pouvoir. "La campagne s’est bien déroulée dans ces régions malgré Ebola. Quant à l’insécurité, ce n’est pas une situation nouvelle. Cela fait des années que ça dure. Ces arguments sont fallacieux", dit une source à Kinshasa.

Les manifestations devraient se poursuivre ce vendredi. La Lucha et Lamuka ("réveille-toi"), la plateforme du candidat à la présidentielle Martin Fayulu, appelaient ce jeudi à de nouveaux rassemblements. Par contre, l’UDPS, le parti de l’opposant Félix Tshisekedi, n’a pas contesté le report partiel des élections. Les circonscriptions visées sont, avant tout, favorables à Martin Fayulu.

L’élection présidentielle en RDC devait avoir lieu en décembre 2016, mais elle a été reportée à deux reprises. Dimanche, 21 candidats s’affronteront. Les favoris sont Félix Tshisekdi et Martin Fayulu. Mais il se pourrait que le dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, tire parti de la division de l’opposition. Le président Kabila, empêché par la constitution de se présenter, a annoncé qu’il reviendrait en politique lors des prochaines élections.

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