reportage

La Libye au bord de l'éclatement cinq ans après la chute de Kadhafi

©AFP

La Libye marque ce mercredi dans un climat morose les cinq ans de la révolution populaire qui mit fin à la dictature de Mouammar Kadhafi.

Mugs, porte-clés, t-shirts, coussins aux couleurs vert-noir-rouge du drapeau libyen. Les stands de la place des Martyrs, au centre-ville de Tripoli, offrent tous le même type de marchandises dans l’espoir d’attirer le chaland. Un couple s’approche, intéressé par les coussins. "C’est trois dinars", annonce le commerçant. Devant l’hésitation, il relance: "Allez deux dinars seulement." Le coussin trouve finalement preneur. Ce n’est toujours pas le cas d’une Libye constamment mise au rabais à la veille du cinquième anniversaire de la révolution, le 17 février.

Le pays compte trois gouvernements: l’un à Tripoli, à l’ouest du pays, dominé par l’aile dure des révolutionnaires; le second à El Beida, à l’est, contrôlé par les modérés et d’anciens kadhafistes; le troisième, en exil à Skhirat, au Maroc, soutenu par l’ONU. L’équipe ministérielle de ce dernier a été annoncée lundi. Pour être officiellement investi, il doit obtenir le vote de confiance du parlement de Tobrouk selon l’accord politique signé en décembre sous l’égide des Nations Unies.

"Si le gouvernement tente de venir à Tripoli, ce sera la guerre."
Abdoulkader Hueli
membre du Congrès général national (CGN) de Tripoli

Seulement, ce vote est loin d’être acquis. Principal point d’achoppement: Khalifa Haftar. Les partisans de l’actuel bras armé de El Beida veulent le voir endosser l’habit de ministre de la Défense, ce qui n’est pas le cas dans l’équipe ministérielle proposée. L’ancien général de Kadhafi possède aussi ses détracteurs. Deux membres du conseil présidentiel, en charge de nommer les ministres, en sont venus aux mains à propos de son sort. Dans l’hypothèse où le "gouvernement d’union nationale", comme l’intitule l’ONU, parvient à être désigné, il faudra encore qu’il s’installe à Tripoli pour avoir la main sur les principales institutions (Banque centrale, fonds d’investissement et société nationale pétrolière). "Si le gouvernement tente de venir à Tripoli, ce sera la guerre", prévient Abdoulkader Hueli, membre du Congrès général national (CGN) de Tripoli.

©Mediafin

Refuge pour djihadistes

Le principal bénéficiaire de ce clivage politique est le djihadisme. L’État islamique (EI) n’en finit pas de prospérer. Le groupe terroriste tient une bande côtière de 230 km au centre du pays avec Syrte pour bastion. Avec l’accélération des bombardements en Irak et en Syrie, la Libye est devenu le refuge privilégié des chefs d’armes djihadistes. C’est pour s’attaquer à ce danger que les pays occidentaux poussent pour l’officialisation du gouvernement d’union nationale afin qu’il permette des actions militaires contre les bases de l’EI à Syrte.

Le pays compte trois gouvernements: l’un à Tripoli, dominé par l’aile dure des révolutionnaires; le second à El Beida, contrôlé par les modérés et d’anciens kadhafistes; le troisième, en exil au Maroc, soutenu par l’ONU.

Le principal bénéficiaire de ce clivage politique est l’Etat islamique qui n’en finit pas de prospérer en Libye.

Une aide qu’attendent avec impatience les brigades situées à Abou Grayin, à 110 km à l’est de Misrata et dernier poste de sécurité avant d’entrer dans le territoire des partisans du drapeau noir. "Nous demandons l’aide internationale depuis mai, explique Mahmoud Azzagal, chef de la Chambre des opérations militaires pour la région Centre. Je suis un militaire, l’instauration du gouvernement d’union nationale n’est pas mon problème. Ce dont j’ai besoin c’est d’attaques aériennes, d’hôpitaux pour soigner les hommes et des armes modernes mais nous ne voulons pas de troupes étrangères au sol." Le commandant assure pouvoir défaire les quelque 2.500 djihadistes de la région de Syrte en quelques jours s’il obtient ce soutien.

L’or noir

La crise politique et la menace islamiste pèsent directement sur la principale richesse du pays: l’or noir. La production est passée de 1,7 million de barils par jour avant la révolution à 360.000 barils journaliers début février. La production n’a cessé de chuter depuis 2013 avec les premières contestations politiques.

L’arrivée de l’EI dans le golfe de Syrte, où se concentre 70% de la réserve de pétrole, a accentué cette dégringolade. Le groupe djihadiste a déjà détruit plusieurs champs pétroliers. Résultat, l’économie est exsangue.

Le déficit budgétaire a atteint 25 milliards de dollars en 2015. Sur le marché noir, l’euro se négocie à 3,83 dinars contre 1,54 dinar. D’où les mauvaises affaires d’Ahmed, le vendeur de coussins de la place des Martyrs: "Les gens ne regrettent pas la révolution mais je sens qu’il n’y a plus le même enthousiasme."

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