La mort de l'ambassadeur Attanasio rappelle au monde la tragédie du Kivu

Des troupes de l'ONU sur les lieux de l'attaque durant laquelle Luca Attanasio, son garde du corps et son chauffeur ont été abattus. ©EPA

L'attaque au Nord-Kivu qui a coûté la vie à trois hommes, dont un ambassadeur italien, rappelle l'existence d'un conflit irrésolu depuis 25 ans.

Lundi 22 février, 9h27. Un convoi de deux véhicules du Programme alimentaire mondial (PAM) démarre de Goma, dans le Nord-Kivu. À son bord, l'ambassadeur d'Italie en République démocratique du Congo, Luca Attanasio, son garde du corps et des agents du PAM. Ils se rendent à Kiwanja pour visiter une école soutenue par des fonds italiens. À 10h15, après 15 km de route dans cette zone de forêts denses, le convoi tombe dans une embuscade.

L'ambassadeur Luca Attanasio était très impliqué dans les actions humanitaires. ©IPA/Sipa USA

Six assaillants, armés de cinq fusils AK-47 et d'une machette, ouvrent le feu sur les véhicules pour créer la panique. L'un des chauffeurs est tué sur le coup. Ils obligent les survivants à les suivre dans le parc des Virunga. Des rangers chargés de garder le parc, alertés par les bruits d'armes, interviennent. Après 500 mètres, le groupe armé abat le garde du corps et tirent à bout portant sur l'ambassadeur, avant de prendre la fuite. Luca Attanasio est ramené en urgence à Goma et décède une heure plus tard à hôpital de la Monusco, la mission onusienne en RDC.

Ce sont les seuls faits connus du drame qui a coûté la vie à l'un des plus jeunes ambassadeurs d'Italie (il avait 43 ans), son chauffeur Mustapha Milambo et son garde du corps Vittorio Iacovacci. Ce récit, rapporté par le gouverneur du Nord-Kivu, ne dit rien de l'identité des assaillants.

Un territoire infesté de milices

Dans l'attente des résultats de l'enquête, la présidence de la RDC désigne comme responsable les Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé de Hutus rwandais réfugiés au Congo, responsable de nombreux massacres et prises d'otages dans et autour du parc des Virunga.

"La région est très dangereuse, personne ne comprend comment un diplomate a pu voyager sur cette route sans escorte militaire."
Zacharie Bulakali
Spécialiste des conflits au Kivu

Le FDLR a démenti mardi, dans un communiqué où il rejette la faute sur les armées congolaise et rwandaise. D'autres milices opérant dans le secteur pourraient tout aussi bien avoir commis cette atrocité. On pense aux guerriers Maï-Maï des APCLS Nyatura, des jeunes Congolais constitués en milice d'autodéfense, ou aux rebelles tutsis du M23, encore actifs dans cette zone.

"La région est très dangereuse, personne ne comprend comment un diplomate a pu voyager sur cette route sans escorte militaire", dit Zacharie Bulakali, un spécialiste des groupes armés au Kivu. "Pour l'instant, il est impossible de déterminer qui a commis ce crime, ni pourquoi." Selon plusieurs sources, cela ressemble à première vue à une prise d'otage qui a mal tourné.

170
civils
L'ONG Human Rights Watch a dénombré 170 civils enlevés entre avril 2017 et mars 2020 sur le territoire traversé par le convoi du PAM.

Les kidnappings et demandes de rançon sont très fréquents sur le territoire traversé par le convoi. L'ONG Human Rights Watch y a dénombré 170 civils enlevés entre avril 2017 et mars 2020.

Les autorités congolaises affirment qu'elles n'étaient pas informées du déplacement de l'ambassadeur, sans quoi une escorte aurait été organisée.

La question de l'efficacité de la Monusco, l'une des plus importantes missions de maintien de la paix de l'ONU, se pose une fois de plus.

La guerre oubliée du Kivu

Ce drame ramène le monde à une triste réalité, une guerre oubliée, qui ravage le Kivu depuis 25 ans. Ce conflit a tué plus de 5,5 millions de personnes, sur un territoire regorgeant de minerais utilisés pour les nouvelles technologies. Ni l'armée congolaise ni la Monusco, présente depuis 1997 avec 17.000 hommes, ne sont parvenues à y imposer la paix.

Selon un rapport récent du Baromètre sécuritaire du Kivu, plus de 122 groupes armés sont actifs dans le Nord-Kivu. L'armée congolaise est elle-même accusée d'abus, pour son soutien à certains groupes armés ou pour son inaction.

Le président de la RDC Félix Tshisekedi s'est engagé à pacifier la région. Mais les opérations menées par l'armée congolaise n'ont pas eu raison des groupes armés, qui se sont dispersés dans le Kivu et mènent des représailles sur la population.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés