La "princesse" angolaise Isabel dos Santos formellement accusée de corruption massive

Un mandat d'arrêt international plane sur la femme d'affaires angolaise Isabel dos Santos, accusée de corruption. ©AFP

Isabel dos Santos, fille de l'ex-président angolais José Eduardo dos Santos, est formellement accusée d'avoir détourné des fonds publics pour bâtir son empire. La justice angolaise entend la faire revenir au pays pour la juger.

La chute de son empire se profile de plus en plus. Isabel dos Santos, la fille de l'ancien président angolais José Eduardo dos Santos, est désormais formellement accusée de plusieurs délits, notamment de fraude, de détournement de fonds et de blanchiment d'argent. 

Elle devra également répondre d'accusations de trafic d'influence, abus de biens sociaux et faux en écritures, a annoncé ce mercredi 22 janvier le procureur général angolais Helder Pitta Gros. Des délits commis lorsqu'elle dirigeait le groupe pétrolier public Sonangol, de juin 2016 à novembre 2017. 

Un tribunal de Luanda avait bloqué les comptes bancaires angolais de la femme d'affaires en décembre dernier.

La justice angolaise avait commencé à enquêter sur cette affaire après l'alerte lancée par le successeur d'Isabel dos Santos à la tête de la Sonangol, Carlos Saturnino. Il avait dénoncé des procédures suspectes, dont des "transferts de fonds illicites". Un tribunal de Luanda avait alors bloqué les comptes bancaires angolais de la femme d'affaires en décembre dernier.

Elle aurait détourné des milliards de dollars

Le travail de 120 journalistes du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), dévoilé le 19 janvier, est venu confirmer l'enquête de la justice angolaise. Les "Luanda Leaks", du nom de la capitale de l'Angola, ont révélé comment Isabel dos Santos a bâti son empire pendant la présidence de son père, notamment grâce à des accords douteux et à la création de sociétés fictives.

L'ICIJ a également souligné le rôle de "facilitateurs" d'une centaine de sociétés, qui "ont aidé Isabel dos Santos à cacher des avoirs aux autorités fiscales." Parmi ces entreprises, plusieurs cabinets d'avocats et de consultance ont été cités, notamment les cabinets internationaux PwC et Boston Consulting Group. 

Plusieurs sociétés ont aidé Isabel dos Santos à cacher des avoirs aux autorités fiscales.
Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ)

A 46 ans, Isabel dos Santos est présentée comme la femme la plus riche d'Afrique. Selon l'ICIJ, elle aurait donc accumulé sa fortune, estimée à plus de 2 milliards de dollars, en "siphonant les caisses" de l'Angola. Un scandale d'autant plus retentissant, au vu de la situation d'extrême pauvreté dans laquelle se trouve le pays. 

Une "chasse aux sorcières"

Ma fortune est née de mon caractère, mon intelligence, mon éducation, ma capacité de travail et ma persévérance.
Isabel dos Santos
Femme d'affaires angolaise, ex-directrice de la société Sonangol

La "princesse", comme elle est surnommée par les Angolais, nie tout en bloc depuis le début. Il s'agit selon elle d'une "chasse aux sorcières" menée à des fins politiques. Elle accuse notamment l'actuel président angolais Joao Lourenço de vouloir les discréditer, son père et elle. "Ma fortune est née de mon caractère, mon intelligence, éducation, capacité de travail, persévérance", a-t-elle écrit sur Twitter.

La justice congolaise est néanmoins bien décidée à ramener en Angola Isabel dos Santos, qui vit actuellement entre Londres et Dubaï, et les quatre autres suspects cités dans cette affaire, afin qu'ils y soient jugés. "Actuellement, le problème est de leur notifier leur mise en accusation et d'obtenir leur retour volontaire en Angola", a indiqué le procureur général angolais. "Isabel dos Santos n'a pour le moment jamais manifesté la volonté de collaborer avec les autorités angolaises." Mais l'Angola pourrait délivrer un mandat d'arrêt international à son encontre si elle ne coopère pas.

Isabel dos Santos n'a pour le moment jamais manifesté la volonté de collaborer avec les autorités angolaises.
Helder Pitta Gros
Procureur général angolais

Suicide d'un des suspects

La justice portugaise a également ouvert une enquête. Alors que le procureur général angolais Helder Pitta Gros est arrivé à Lisbonne ce jeudi pour y rencontrer son homologue portugais, la police a annoncé la mort d'un banquier portugais cité dans l'affaire"Le corps" de Nuno Ribeiro da Cunha "a été retrouvé hier soir et tous les indices portent à croire qu'il s'agit d'un suicide", a déclaré un porte-parole de la police portugaise à l'AFP.

L'homme de 45 ans travaillait pour la banque portugaise Eurobic, dont Isabel dos Santos est l'actionnaire principale. Elle aurait transféré, via cette banque, des fonds d'origine douteuse au Portugal. Eurobic avait déjà annoncé en début de semaine sa décision de cesser "toute relation commerciale" avec la femme d'affaires. Isabel dos Santos vendra donc les parts qu'elle détient actuellement dans la banque portugaise.

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