La Silicon Valley fait du charme à l'Afrique

©REUTERS

Un marché peu régulé, une population grandissante où 60% ont moins de 24 ans,... L'Afrique attire les investisseurs tout comme les géants du Web.

Avec ses hamacs colorés et sa table de ping-pong, ses jeunes cadres branchés en permanence sur leurs smartphones, le nouvel incubateur "high tech" de Facebook à Lagos n'a rien à envier aux sièges des start-up installés de l'autre côté de l'Atlantique, dans la Silicon Valley. Le géant américain vient de jeter son dévolu sur Yaba - aussi surnommé "Yabacon Valley"-, au coeur de la bouillonnante capitale économique nigériane, aujourd'hui courtisée par les poids lourds mondiaux des nouvelles technologies.

Mais le Nigeria, marché gigantesque de quelque 180 millions d'habitants, n'est pas le seul à aiguiser les appétits: la conquête de l'Afrique est devenue une priorité pour les entreprises de la Silicon Valley. Le lancement en juin du premier laboratoire d'intelligence artificielle par Google au Ghana, l'un de nombreux 'tech hubs' créés ces derniers mois sur le continent, en est une nouvelle preuve.

La démographie joue un rôle clé: la population africaine représente environ 1,2 milliard de personnes, dont 60% sont âgées de moins de 24 ans. Un chiffre qui devrait doubler d'ici 2050, selon les Nations unies.

"Il y a clairement une opportunité pour les entreprises comme Facebook et Google de s'installer et d'imposer leur marque sur le sol" africain. "Si vous regardez Netflix, Amazon, Facebook, Apple, où peuvent-ils encore croître? Il faut viser l'international".
Daniel Ives
cabinet de conseil GBH Insights

Facebook n'a pas encore de bureau permanent au Nigeria. Mais l'incubateur de Yaba, créé en partenariat avec des start-up locales, est une première étape pour "cultiver la communauté tech", qui n'en est qu'à ses balbutiements, selon Ebele Okobi, directrice des politiques publiques de Facebook pour l'Afrique. Facebook s'est ainsi engagé à former 50.000 personnes à travers le pays afin "de leur donner les connaissances en numérique nécessaires pour réussir", affirme-t-elle.

"Epocalypse"

Alors que les nouvelles technologies gagnent du terrain, les gouvernements africains sont de plus en plus sous pression pour mieux réguler le secteur et protéger les données personnelles. Les législations encadrant la vie privée restent quasi inexistantes dans de nombreux pays du continent, contrairement à l'Europe qui a récemment adopté un texte pionnier, le Règlement général sur la protection des données.

Après le scandale Cambridge Analytica, dans lequel Facebook a été mis en cause pour avoir permis l'utilisation des données de millions d'utilisateurs à des fins politiques, notamment dans le cadre de l'élection présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, des ONG craignent que l'Afrique devienne le nouveau terrain de jeu d'entreprises sans scrupules.

"Nous pourrions nous retrouver à avancer les yeux fermés vers un monde où une poignée d'entreprises de tech exerceraient un monopole du contrôle de pans entiers de l'économie mondiale". "Cela pourrait aggraver les inégalités Nord-Sud", si ces deux régions n'adoptent pas les mêmes régulations.
Global Justice Now
ONG

Des inquiétudes partagées par Renata Avila, chercheuse à la World Wide Web Foundation, un organisme basé à Genève qui milite pour l'égalité numérique. "Le message -que l'on entend actuellement- est que l'Afrique a besoin d'investissements et qu'elle a besoin de développer ces industries (...). Mais cela reste très peu contrôlé", dit-elle. "Le développement ne devrait pas être incompatible avec la protection de la vie privée".

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content