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analyse

Le conflit libyen prend un sérieux tour pétrolier

Alors que le bras de fer reprend entre autorités politiques rivales pour le contrôle de l'or noir, la Libye peut se targuer de détenir les réserves de pétrole les plus abondantes d'Afrique. ©AFP

Les autorités libyennes rivales se disputent le contrôle des principaux terminaux pétroliers du pays. De quoi compliquer le processus de stabilisation qui avait été lancé à Paris le mois dernier.

On ne peut pas vraiment parler d’un nouveau tournant dans le conflit qui secoue la Libye. Mais le récent regain de tensions entre autorités rivales libyennes autour des richesses pétrolières du pays n’aide clairement pas à préparer le terrain à d’éventuelles élections d’ici le 10 décembre, comme cela avait été annoncé par les factions rivales à Paris le mois dernier. En prenant le contrôle des quatre terminaux du Croissant pétrolier, au nord-est du pays, le maréchal Khalifa Haftar, qui dirige l’Armée nationale libyenne (ANL), n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. Et inquiéter un peu plus les marchés pétroliers.

Tout a commencé le 14 juin dernier lorsque les installations de Ras Lanouf et Al-Sedra, les deux principaux terminaux du Croissant pétrolier, ont été attaquées par les forces d’Ibrahim Jadhran, un chef militaire originaire de la région qui ne s’entend ni avec le gouvernement d’union nationale, reconnu par la communauté internationale, ni avec les autorités de l’est du pays, soutenues par les milices de l’ANL.

©Mediafin

Prise de contrôle

Le 20 juin, Haftar lançait une vaste opération militaire pour reconquérir les sites. Et lundi, l’ANL annonçait avoir repris le contrôle des installations pétrolières. Dans tous les sens du terme. Pour Haftar, cela voulait également dire que les quatre terminaux pétroliers que ces forces occupent actuellement, et qui étaient jusqu’alors contrôlées par la Compagnie nationale de pétrole (NOC) basée à Tripoli, passaient sous le contrôle d’une NOC rivale, basée, elle, à Benghazi.

"Remettre les terminaux pétroliers à une entité qui n’est pas légitime ne fait qu’exacerber les tensions."
gouvernement d’unité nationale

Sauf que seule la NOC de Tripoli, contrôlée par le gouvernement d’union nationale, est actuellement autorisée à vendre du pétrole libyen. Sa réaction ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. Mardi, elle a mis en garde toute entreprise internationale tentée de faire affaire avec des "installations (pétrolières) parallèles". De telles exportations seraient "illégales", a-t-elle précisé. Et de fait, plusieurs résolutions du conseil de sécurité de l’ONU qualifient d’"illicites" les ventes de pétrole sortant du circuit officiel.

Avant la chute du régime Kadhafi, la Libye produisait 1,8 million de barils de pétrole par jour (bpj), selon Bloomberg. Une production qui avait chuté à 990.000 bpj fin 2017, avant que la situation n’empire et ne réduise encore de 450.000 bpj la production libyenne. Et ce, au moment où l’Opep décidait justement de relever sa production.

Cette nouvelle crise est une catastrophe pour l’économie libyenne. Avant le déclenchement de la deuxième guerre civile, en 2014, 96% des revenus de l’Etat libyen provenaient en effet du pétrole. Aujourd’hui, l’économie libyenne tourne autour de la guerre ou se situe en dehors des circuits officiels. Sans parler de l’autre crise à laquelle doit faire face le pays: la crise migratoire.

L’autre crise libyenne

Selon l’ONU, près de 53.000 réfugiés étaient enregistrés en Libye fin mai. Sans parler de ceux dont il n’existe aucune trace. Près de 1.000 migrants étaient encore secourus dimanche au large de la Libye où ce sont désormais les garde-côtes libyens qui sont seuls habilités à agir depuis que les autorités italiennes ont décidé de s’en laver les mains. "Laissez les autorités libyennes faire leur travail de secours, de récupération et de rapatriement (des migrants) vers leur pays", déclarait dimanche Matteo Salvini, ministre italien de l’Intérieur et dirigeant de la Ligue, une formation d’extrême droite.

Lundi, il était à Tripoli pour tenter de convaincre le gouvernement d’union nationale d’accepter l’installation de "centres d’accueil et d’identification" au sud du pays. Une idée qui fait son chemin à Bruxelles et qui devrait être discutée jeudi au sommet de l’UE. Mais qui est pour l’instant rejetée par Tripoli. En attendant, peut-être, un arrangement financier suffisamment intéressant…

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