Le Rwanda a déjà choisi son Roi

Accusé de despotisme, Paul Kagame devrait obtenir un score stalinien à la présidentielle de lundi.

Cela ne fait aucun doute: les Rwandais vont offrir à Paul Kagame un second septennat. Et même si le scrutin présidentiel de lundi n’est pas un modèle de démocratie, ce plébiscite rassurera tant les voisins du Rwanda que la communauté internationale et les investisseurs étrangers.

En Afrique, Paul Kagame est une star. Seize ans après avoir mis fin à l’un des actes de barbarie les plus graves de l’histoire humaine quelque 800.000 Tutsis tués à la machette en trois mois l’ancien chef rebelle a fait du Rwanda un miracle économique.

Cette année, le pays a été désigné par la Banque mondiale comme le champion du monde des réformes économiques. Et le bond inédit de 76 places que le Rwanda a fait dans le classement "Doing Business" n’a évidemment rien d’un hasard. Le gouvernement de Paul Kagame a mis en œuvre une stratégie ambitieuse de développement centrée sur la modernisation de l’agriculture, les nouvelles technologies et les services. Sous son règne, la croissance du PIB a doublé et devrait atteindre 6% cette année. Kagame est aussi parti à l’assaut de la corruption: selon l’organisation Transparency International, le Rwanda est dans le top 10 des pays les plus honnêtes d’Afrique.

Enfin, Paul Kagame a su combiner croissance et progrès social. Il est le pays d’Afrique qui accorde la plus grande part de son budget à la santé (18,8%). Et la plupart des Rwandais disposent d’une couverture sociale (92% selon les chiffres officiels). Selon Kagame lui-même, pour la première fois de son histoire, le Rwanda a "presque 100% de sécurité alimentaire". Le pays a également fait des pas de géant pour le droit des femmes: il est par exemple le pays du monde dont le gouvernement contient le plus de femme.

Aux yeux des donateurs internationaux, c’est donc un plaisir de financer le régime de Kagame la moitié du budget rwandais est fourni par des donateurs étrangers. D’autant que la déstabilisation du Front patriotique rwandais de Paul Kagame (FPR) menacerait la stabilité régionale en particulier à l’Est du Congo, grand exportateur de métaux rares.

La main de fer

Mais si la communauté internationale a de bonnes raisons de soutenir Kagame, elle est également forcée de constater la dérive autoritaire de son régime. Des défenseurs des droits de l’homme lui reprochent d’utiliser les lois sur l’ethnicité et la négation du génocide pour étouffer la moindre opposition hutue.

Trois partis d’opposition ont d’ailleurs été exclus du scrutin et dénoncent une "farce" électorale. Et ces derniers mois, l’ONG de défense des droits de l’Homme Human Right Watch a constaté "un nombre croissant de menaces et d’agressions" envers l’opposition.

Le candidat à la présidence Bernard Ntaganda a volé en prison; l’opposante Victoire Ingabire est sous contrôle judiciaire. Tous deux sont accusés de négation du génocide; fin juin, un journaliste critique envers le régime de Kigali a été assassiné d’une balle dans la tête par des inconnus; et en avril, deux journaux ont été interdits de presse.

Les journaux favorables au régime ne se voient pas inquiéter lorsqu’ils désignent les opposants comme des "cafards", l’insulte qu’utilisaient les génocidaires Hutus pour parler des Tutsis en 1994…

Sans opposition sérieuse, Kagame est certain d’emporter le scrutin. Mais dans un régime où la question ethnique reste à la fois explosive et taboue, cette réélection ne peut garantir la stabilité à long terme.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés