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Non-lieu sur l'attentat déclencheur du génocide au Rwanda

©AFP

La justice française a confirmé le non-lieu sur l'attentat contre l'avion du président rwandais J. Habyarimana, épisode déclencheur du génocide au Rwanda.

L'enquête française sur l'attentat déclencheur du génocide de 1994 au Rwanda, véritable épine dans le pied des relations franco-rwandaises depuis plus de 20 ans, se rapproche un peu plus de son épilogue: la justice a confirmé vendredi l'abandon des poursuites contre l'entourage de l'actuel président rwandais Paul Kagame.

Les magistrats de la cour, après six mois de réflexion, ont en effet confirmé la décision des juges antiterroristes qui avaient estimé, le 21 décembre 2018, n'avoir pas suffisamment de charges pour renvoyer aux assises neuf membres ou anciens membres de l'entourage de Paul Kagame, l'ex-chef de la rébellion tutsi du FPR devenu président du pays en 2000.

En faisant appel de leur décision, les parties civiles espéraient a minima que la justice ordonne la réouverture des investigations afin de se faire communiquer un rapport de 2003 du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui attribuait la responsabilité de l'attaque au clan Kagame.
"C'est une situation incompréhensible, dès lors qu'une juridiction détient des documents, qu'elle les garde enfouis et ne les transmette pas à la justice française", a déploré Me Emmanuel Bidanda, conseil de la famille de Jean-Michel Perrine, le mécanicien du Falcon abattu.

"En l'absence d'éléments matériels indiscutables", l'accusation repose sur des témoignages "largement contradictoires ou non vérifiables", souvent par d'anciens militaires du FPR devenus opposants, avaient conclu fin 2018 les juges d'instruction Jean-Marc Herbaut et Nathalie Poux, soulignant le "climat délétère" de l'enquête, émaillée d'assassinats, de disparitions de témoins et de manipulations.

Cependant, les avocats des familles des victimes ont immédiatement annoncé un pourvoi en cassation contre l'arrêt rendu vendredi par la cour d'appel de Paris.

"C'est une décision qui ne nous surprend pas, malheureusement" mais "ça ne met pas fin au combat des parties civiles, le combat d'une vie", a réagi à la sortie de l'audience Me Philippe Meilhac, l'avocat d'Agathe Habyarimana, la veuve de Juvénal Habyarimana.

"C'est une décision qui ne nous surprend pas, malheureusement" mais "ça ne met pas fin au combat des parties civiles, le combat d'une vie."
Me Philippe Meilhac
Avocat d'Agathe Habyarimana

Pour l'avocat, "cet arrêt est le constat d'un échec patent de la justice française puisqu'au bout de plus de 20 ans d'instruction, la justice est incapable de nous dire qui sont les auteurs et les commanditaires de cet attentat après avoir mis en oeuvre des moyens considérables".

Le 6 avril 1994, l'avion transportant Juvénal Habyarimana, un Hutu, et le président burundais Cyprien Ntaryamira avait été abattu, durant sa phase d'atterrissage vers Kigali, par au moins un missile. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit plus de 800.000 morts au cours des trois mois suivants, selon l'ONU, principalement dans la minorité tutsi.

Qui fut l'auteur du tir fatal sur le Falcon 50 présidentiel ? Les enquêteurs français, saisis en 1998 après la plainte des familles de l'équipage, ont longtemps privilégié la responsabilité des rebelles tutsi menés par Paul Kagame, avant de s'orienter un temps - et sans davantage aboutir - vers une implication d'extrémistes hutu, soucieux de se débarrasser d'un président trop modéré à leurs yeux.

"Vouloir rouvrir un dossier classé, c'est vouloir créer des problèmes", avait mis en garde cette semaine le président rwandais dans un entretien à l'hebdomadaire Jeune Afrique, au sujet de cette affaire qui empoisonne les relations diplomatiques franco-rwandaises depuis plus de 20 ans.

Le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye, a qualifié cette enquête de "véritable mascarade qui n'aurait jamais dû voir le jour".

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