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RDC: Félix Tshisekedi favori d'une élection déjà contestée

Des partisans du président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, lors d'un rassemblement électoral à Sainte-Thérèse, dans le district de Ndjili à Kinshasa, le 18 décembre 2023. ©AFP

Le président sortant Félix Tshisekedi part favori aux élections en RDC. Un scrutin menacé par des incertitudes et un risque d'explosion de violence.

"Je ne sais pas trop si je pourrai aller voter", confie Clément Makiobo, membre de l'ONG Justice et Paix, "la question des cartes d'électeurs n'a pas encore été réglée, la mienne est illisible". Plus de 43 millions d'électeurs de la RDC sont appelés aux urnes, ce mercredi, lors d'élections des plus incertaines. Les chiffres donnent le tournis. Pas moins de 75.000 bureaux de vote seraient ouverts pour choisir parmi 18 candidats à la présidentielle. Les Congolais élisent les députés nationaux, provinciaux et les représentants communaux. Plus de 100.000 candidats se présentent à travers le pays.

"La campagne s'est focalisée sur les attaques personnelles et une montée des tensions tribales."

Clément Makiobo
Membre de l'ONG Justice et Paix

"La situation est très tendue", poursuit Clément Makiobo. "La campagne s'est focalisée sur les attaques personnelles et une montée des tensions tribales. Je reviens du Katanga, ils s'attendent à des violences si l'actuel président est réélu."

Les résultats officiels seront communiqués le 31 décembre. D'après le dernier sondage, le président Félix Tshisekedi (UDPS) part favori avec 49,3 % des voix, son plus proche rival étant l'homme d'affaires Moïse Katumbi (EPR) avec 28,1 %. Martin Fayulu (ECIDE), finaliste derrière Tshisekedi lors des élections contestées de 2018, devrait arriver loin en troisième position avec 6,9 %, devant Denis Mukwege, selon l'enquête publiée mardi par Ebuteli et le Bureau d'études, de recherche et de consulting international, basés au Congo. Un sondage à prendre avec des pincettes, vu la taille de la RDC et la difficulté d'accéder à toutes les zones du pays.

Un scrutin incertain

Tshisekedi est donné gagnant, face à une opposition morcelée qui n'a pu s'entendre sur un candidat unique. Certains opposants crédibles, comme l'ancien président de l'Assemblée nationale Vital Kamhere, ont été purement et simplement écartés. Mais encore faut-il que le scrutin ait lieu, car d'importants problèmes logistiques se sont multipliés ces derniers jours.

Les listes électorales affichées dans un lieu de vote à la veille de l'élection présidentielle à Kinshasa, RDC, le 19 décembre 2023. ©EPA

Les cartes d'électeurs, commandées en Corée du Sud, se sont avérées de mauvaise qualité, l'encre disparaissant sur beaucoup d'entre elles. Les listes d'électeurs n'ont pas été affichées trois mois avant, comme le veut la loi électorale, et certaines seraient incomplètes.

"La campagne a été très courte, très peu portée sur des questions de fond et personnalisée au maximum."

Emmanuel Klimis
Professeur à l'UCLouvain Saint-Louis Bruxelles

À la veille de l'élection, les bureaux de vote n'étaient pas tous équipés, des avions affrétés par l'Égypte devant encore acheminer du matériel. La Monusco, la force de l'ONU sur le départ, a été appelée en renfort dans le Kivu et l'Ituri pour parachever l'organisation.

La complexité du vote pénalise aussi les électeurs. Les Congolais, parmi lesquels de nombreux illettrés, devront effectuer leur choix sur plusieurs listes comptant des milliers de candidats.

L'Église garante du vote

Comme lors des dernières élections, la vérification de la régularité du scrutin reposera sur l'Église. Les observateurs internationaux seront peu présents, l'Union européenne a dû renoncer à déployer les siens.

La puissante Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) est la seule organisation du pays capable de déployer les dizaines de milliers d'observateurs nécessaires. Elle agira de concert avec l'Église du Christ au Congo (ECC), rassemblant les confessions protestantes.

"Nous avons des observateurs partout", dit Clément Makiobo, dont l'ONG est liée à la CENCO. "Une chose est sûre, il y aura des contestations, car les prémices n'ont pas été réglées."

Risque de violences

"Les Congolais sont très impliqués dans ces élections, ils veulent que les choses changent et ils ont la volonté que cela se passe dans la régularité."

Emmanuel Klimis
Professeur à l'UCLouvain Saint-Louis Bruxelles

Les Congolais sont motivés par le scrutin. Selon le sondage précité, 76% des électeurs auraient l'intention de voter. Mais au vu des problèmes organisationnels, tous ne pourront le faire, en particulier au Kivu, une zone minière dévastée par les conflits. Les pluies diluviennes devraient aussi compliquer les déplacements.

Ces inconnues font peser un risque d'explosion de violences après le scrutin. "Je ne suis pas très optimiste. Soit les élections n'auront pas lieu, soit elles auront lieu dans des conditions telles qu'on aura des problèmes après", dit Emmanuel Klimis, professeur à l'UCLouvain Saint-Louis Bruxelles.

Les mouvements de colère sont d'autant plus prévisibles que "la campagne a été très courte, très peu portée sur des questions de fond et personnalisée au maximum", poursuit-il.

Des banderoles de campagne électorale, le long d'une route à Kinshasa le 14 décembre. ©AFP

Pour Clément Makiobo, "c'est une campagne ratée, on a peu parlé des problèmes des Congolais, de la pauvreté, de la question sécuritaire à l'est du pays".

La communauté internationale, absorbée par les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, s'est peu impliquée dans ces élections. "Vu de l'extérieur, un sentiment de fatalité semble prédominer, mais dans le pays, ce n'est pas le cas. Les Congolais sont très impliqués dans ces élections, ils veulent que les choses changent et ils ont la volonté que cela se passe dans la régularité", résume-t-il.

Le résumé
  • Plus de 43 millions d'électeurs iront voter ce mercredi en RDC pour élire le président de la République ainsi que leurs représentants nationaux, provinciaux et communaux. Pas moins de 75.000 bureaux de vote seraient ouverts, 100.000 candidats ont été déclarés, dont 19 pour la présidence.
  • Le président sortant Félix Tshisekedi part favori face à Moïse Katumbi, selon un sondage récent.
  • La campagne a été courte et très personnalisée. Des problèmes d'organisation font peser des incertitudes sur le scrutin et un risque de violences. Les Églises catholique et protestante ont déployé leurs observateurs dans tous les bureaux de vote.
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