Tentative de coup d'Etat "fantaisiste" au Burundi

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Un haut gradé de l'armée burundaise a affirmé que le président Pierre Nkurunziza et son gouvernement étaient destitués. Mais la présidence burundaise, de son côté, estime que ce coup d'Etat a échoué. Les tensions sont vives dans la capitale, mais des tractations sont en cours.

Des coups de feu ont éclaté mercredi dans le centre de Bujumbura, la capitale du Burundi où le général Godefroid Niyombaré, ancien chef du renseignement, a annoncé la destitution du président Pierre Nkurunziza. Ce message est diffusé sur les ondes de la principale radio privée qui émet à nouveau après avoir été contrainte d'arrêter ses activités fin avril par le gouvernement.

"En ce qui concerne l'arrogance et le défi lancé par le président Nkurunziza à la communauté internationale qui lui a conseillé de respecter la constitution et l'accord de paix d'Arusha, le comité pour l'établissement de la concorde nationale décide: le président Nkurunziza est limogé, son gouvernement aussi"

Le général putschiste a ordonné en fin de journée la fermeture des frontières et de l'aéroport de Bujumbura.

La présidence dément

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Des centaines de civils sont descendus dans les rues pour célébrer la nouvelle. Un conseiller du président a ensuite affirmé que cette déclaration était une "plaisanterie". Pour l'heure, la situation reste confuse. "Il est bien trop tôt pour dire (s'il s'agit d'un coup d'Etat)", a déclaré un porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères. La présidence a toutefois affirmé en début d'après-midi sur son compte Twitter que la tentative de coup d'Etat "a échoué". 

La situation est maitrisée, il n'y a pas de coup d'Etat au #Burundi— Burundi | Présidence (@BdiPresidence) 13 Mai 2015

Sur sa page Facebook, le président s'est également exprimé déclarant que la déclaration de l'officier était "fantaisiste".

"C’est avec regret que nous avons appris qu’un groupe de militaires s’est mutiné ce matin et a fait une déclaration fantaisiste de coup d’Etat. La Présidence de la République annonce à l’opinion tant nationale qu’internationale que cette tentative de coup d’état a été déjouée."

Un conseiller du président a ajouté que les putschistes seront traduits devant la justice.

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Pourtant la tension est particulièrement vive devant le siège de la radio-télévision nationale où des centaines de civils se sont réunis. Des soldats loyalistes tirent en l'air pour disperser la foule. Les manifestants ont reculé de quelques dizaines de mètres mais restaient regroupés à proximité des locaux. "Les soldats qui ont mené ce coup d'Etat tentent d'entrer de force pour diffuser leur déclaration", a déclaré un employé.

Le ministre des Affaires étrangères, Alexander De Croo, a déclaré que la Belgique actionnerait tous les moyens diplomatiques à sa disposition pour stopper l'escalade de la violence.

Négociations en cours

"On est tous d'accord pour qu'il n'y ait pas de troisième mandat."
Officier loyaliste

Des négociations seraient en cours mercredi au Burundi entre militaires putschistes et fidèles au président Pierre Nkurunziza, a annoncé un haut gradé loyaliste. "Il y a des tractations entre les deux camps pour trouver une solution qui préserve les intérêts nationaux", a-t-il déclaré, ajoutant que les deux parties étaient "d'accord pour ne pas verser le sang des Burundais". Cet officier supérieur a assuré que personne ne souhaite que le président rempile pour un troisième mandat. "Reste à déterminer la manière de faire."

L'officier, qui s'exprimait depuis une caserne de Bujumbura, flanqué d'au moins trois généraux, a ajouté qu'il parlait au nom de plusieurs officiers de l'armée et de la police nationale. "Il est institué un comité pour le rétablissement de la concorde nationale, temporaire et ayant pour mission entre autres le rétablissement de l'unité nationale" et "la reprise du processus électoral dans un climat serein et équitable", a expliqué le général Niyombare, ancien chef des renseignements burundais.

A savoir

  • Pierre Nkurunziza se trouve ce mercredi en Tanzanie pour un sommet des dirigeants est-africains pour débattre de la crise en cours. Les dirigeants africains présents à ce débat ont condamné ce "coup d'Etat".
  • En décidant de briguer un troisième mandat, le président burundais a provoqué la colère de l'opposition, qui l'accuse de trahir la Constitution et les accords de paix d'Arusha qui ont mis fin en 2005 à la guerre civile entre Hutus et Tutsis du Burundi. Sa candidature a été toutefois validée par la Cour constitutionnelle.
  • Plus de 20 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations, le 26 avril, dans des affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre.
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