Tshisekedi et Kabila négocient le futur gouvernement

Joseph Kabila doit s’assurer de la collaboration du prochain Président, Felix Tshisekedi (photo), tout en sauvant les apparences de changement. ©REUTERS

Des négociations sont en cours pour la formation du prochain gouvernement congolais. Le Premier ministre devrait être un fidèle de Joseph Kabila.

Le feu de la contestation n’est pas éteint dans les rues de Kinshasa, de lourds soupçons pèsent sur les résultats publiés par la Commission électorale (Ceni), l’élection présidentielle n’est pas encore définitive, vu le report dans quatre circonscriptions. Qu’importe. Le futur président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, est occupé à négocier la formation du prochain gouvernement avec le président sortant Joseph Kabila.

Le cinquième président de la RDC devait prêter serment ce mardi, mais la cérémonie a été reportée au jeudi 24 janvier pour permettre d’inviter les dirigeants des États voisins et amis à la cérémonie.

La validation des résultats électoraux, samedi, par la Cour constitutionnelle, a enclenché un effet domino. Plusieurs dirigeants africains (Afrique du Sud, Kenya, Burundi, Tanzanie) ont salué l’élection de Félix Tshisekedi, en dépit des doutes émis par l’Église catholique congolaise et une étude de l’Université de New York publiée par plusieurs médias, dont le Financial Times.

D’autres dirigeants, comme le président du Rwanda Paul Kagame, sont plus circonspects. La Belgique, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR), affirme qu’elle aurait aimé un processus électoral "plus transparent".

Kabila veut un proche comme Premier ministre

Les tractations vont bon train pour la formation du gouvernement. Félix Tshisekedi, dont le parti UDPS n’a que 46 députés sur les 500 de l’Assemblée nationale, doit s’assurer le soutien de la majorité, composée des 337 députés de la coalition réunie autour de Joseph Kabila. Ce dernier devient président à vie du Sénat, soit numéro deux du régime, ce qui le rend incontournable pour désigner le Premier ministre.

"Joseph Kabila veut s’assurer que le gouvernement sera dirigé par un homme de son parti, le PPRD."
bob kabamba
professeur à l’université de liège

"Joseph Kabila veut s’assurer que le gouvernement sera dirigé par un homme de son parti, le PPRD", dit Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’université de Liège, un des plus éminents experts de la RDC. Ce n’est pas seulement le Premier ministre qu’ils sont occupés à choisir, mais toute l’architecture qui dirigera les institutions politiques du pays, confirment plusieurs sources.

©AFP

Selon la constitution de la RDC, les nominations ont lieu de commun accord entre le Président et le gouvernement. Félix Tshisekedi doit négocier avec Kabila, de préférence avant sa prestation de serment, s’il ne veut pas se retrouver seul à la tête du pays, dénué du moindre levier au Parlement.

Joseph Kabila doit s’assurer de la collaboration du prochain Président, tout en sauvant les apparences de changement. Félix Tshisekedi est le candidat idéal. "Le dauphin de Kabila, Shadary, ne pouvait gagner, sans quoi les espoirs de changement auraient été déçus, poursuit Bob Kabamba. En même temps, Martin Fayulu ne pouvait pas gagner non plus, car ses deux soutiens, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba, ont les moyens de faire table rase du système créé par Kabila."

Heurts à Kinshasa

Martin Fayulu continue à contester les résultats des élections et se proclame "président élu", malgré le rejet de son recours par la cour. Lundi, trois cents de ses partisans prenaient la rue à Kinshasa pour manifester leur colère. La police est intervenue sans ménagement, s’en prenant au passage à un journaliste du site congolais Actualité.cd, frappé devant le siège du Mouvement de libération du Congo (MLC), proche de Martin Fayulu. Des militants du MLC, quant à eux, s’en sont pris à des journalistes pro-Tshisekedi.

©AFP

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect