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Tunisie: Kais Saied, un président législateur tout- puissant

Kais Saied, le président tunisien, s'est toujours montré hostile au régime parlementaire. ©REUTERS

Le président tunisien, Kais Saied, s'est attribué, par décret mercredi, le pouvoir législatif. Il a aussi ouvert la voie à un nouveau régime. Des décisions qui complètent son coup de force institutionnel du 25 juillet qui avait suspendu le Parlement et dissout le gouvernement.

Même Bourguiba et Ben Ali n'étaient pas allés aussi loin. Kais Saied est, plus que jamais, l'homme fort du pays. Après avoir, au nom de la lutte anti-corruption, gelé les activités du Parlement et dissout le gouvernement, l'ancien professeur de droit constitutionnel a publié, mercredi, un décret lui donnant le pouvoir de légiférer, sans qu'aucune contestation judiciaire ou politique ne soit possible.

"Considérant que le fonctionnement des pouvoirs publics a été entravé, et que le péril est devenu non pas imminent, mais réel, notamment au sein de l'Assemblée des représentants du peuple."
Extrait du décret présidentiel du 22 septembre pour justifier le transfert du pouvoir législatif au Président de la République.

Le texte paru dans le Journal officiel fait office de mini-Constitution (avec ses 23 articles) qui supprime les organes législatif et exécutif au profit du seul Président. Les institutions de contrôle sont aussi suspendues, en attendant un référendum sur les réformes politiques que le Président, aidé d'un comité formé par lui-même, présenterait sans donner de calendrier.

Ahmed Driss, directeur du Centre d'études méditerranéennes et internationales dénonce un "retour en arrière par rapport aux acquis de la révolution de 2011". Une ancienne collaboratrice de Kais Saied se félicite, elle, "du nouvel élan révolutionnaire" de cette mini-Constitution, étape indispensable vers "la fin du régime d'Assemblée qui gangrène le pays depuis 2011".

Kais Saied s'est toujours montré hostile au régime parlementaire et au système de partis politiques qu'ils jugent les premiers responsables de la crise politique, économique et sanitaire du pays. Durant la campagne électorale, il a milité pour un régime basé sur une démocratie horizontale, où les ordres viendraient de comités populaires locaux.

Toujours très populaire, Kais Saied voit sa stature d'incarnation de la "volonté du peuple" écornée par son absence totale de concertation.

Depuis 60 jours, le pays, sans gouvernement, vit au ralenti. Les Tunisiens et la communauté internationale étaient dans l'attente d'un mouvement venant de Carthage, siège de la présidence de la République. Toujours très populaire, Kais Saied voit sa stature d'incarnation de la "volonté du peuple" écornée par son absence totale de concertation.

La société civile, qui a largement soutenu le 25 juillet, s'est mise à réagir protestant contre la multiplication des mesures extrajudiciaires (arrestations, assignations à résidence, interdictions de voyager) jugées arbitraires. Les pays européens tergiversent: ne voulant pas s'immiscer dans les affaires du pays, ils sont soucieux de ne pas voir la Tunisie, vantée comme la seule démocratie de la région, dériver vers un régime autocratique.

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