Un face-à-face entre Saied et Karoui au deuxième tour de la présidentielle tunisienne

Kais Saied. ©AFP

Le duel du second tour des élections présidentielles en Tunisie sera étonnant: le juriste Kais Saied (18,4%) se trouvera face au magnat Nabil Karoui (15,8%).

Les résultats sont officiels et l'étonnant duel du second tour de la présidentielle tunisienne entre le juriste rigoriste Kais Saied et le magnat controversé des médias Nabil Karoui, actuellement en prison, est confirmé.

Kais Saied a engrangé 18,4% des voix, devant Nabil Karoui (15,8%).

"Les Tunisiens ont dit leurs maux", a titré le journal Le Quotidien, estimant que les électeurs avaient voté pour des candidats ayant fait campagne contre les élites politiques. Ils ont "préféré plonger dans l'inconnu que de retendre la main à ceux qui ont trahi ses espérances", a estimé le journal.

Nabil Karoui. ©AFP

Le chômage qui continue à toucher plus de 15% de la population, dont de nombreux jeunes diplômés, l'inflation qui grignote inexorablement des revenus déjà bas, ou encore le délitement continu des services publics ont alimenté le ressentiment envers les pouvoirs en place depuis la révolution de 2011.

Tout en évoquant un taux de participation "acceptable" de 45%, le président de l'Isie Nabil Baffoun a invité lundi soir les partis et la société civile à "étudier les raisons de ces chiffres". L'Isie (Instance indépendante chargée des élections) est également en train de se pencher sur les infractions à la présidentielle. Parmi celles évoquées, la campagne menée tambour battant pour Nabil Karoui par la chaîne Nessma TV, qu'il a fondée. "Nous analysons (...), mais pour déchoir un candidat, il faut avoir une raison valable et solide d'infraction", a noté la porte-parole de l'instance, Hasna Ben Slimane. 

Les avocats de Nabil Karoui, accusé de blanchiment d'argent et fraude fiscale et en détention provisoire depuis le 23 août, ont indiqué qu'ils déposeraient une nouvelle demande de libération dès les résultats confirmés. Il reste éligible tant qu'aucune condamnation ne le prive de ses droits civiques, a souligné l'Isie.

Candidats anti-système

En fonction des recours, le second tour pourrait être organisé le 6 octobre, soit le même jour que les législatives, ou le 13 octobre, a précisé l'instance électorale.

L'issue en reste indécise, d'autant que les deux candidats, très différents, ont puisé sur le même registre "anti-système". Kais Saied est aussi ascétique et déconnecté des élites que Nabil Karoui est flamboyant et proche du gotha tunisien.

L'incarcération de M. Karoui à dix jours du début de la campagne, qu'il a dénoncée comme une "injustice", a confirmé son statut d'outsider, bien qu'il ait longtemps été un important soutien du défunt président Béji Caïd Essebsi.

Kais Saied, lui, est un universitaire farouchement indépendant, qui prône une décentralisation radicale du pouvoir, avec une démocratie locale et des élus révocables en cours de mandat.

 

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