Un rapport accablant pour la France dans le génocide au Rwanda

Le président français François Mitterrand en compagnie du président rwandais Habyarimana. ©AFP

À la demande d'Emmanuel Macron, 14 chercheurs ont épluché les archives pour la première fois en vue de faire la lumière sur le rôle joué par Paris dans le génocide des Tutsis à l'époque.

"Aveuglement idéologique", "lenteur des décisions, "ambiguïté. Ce fut une longue plongée pénible dans le temps. Et ses résultats sont accablants. À l'issue d'une investigation, qui rarement avait été poussée aussi loin, la Commission sur le Rwanda, établie en France en 2019, à la demande d'Emmanuel Macron, a finalement remis son rapport ce vendredi au président français pointant la "faillite de la France" dans ce pays.

800.000
victimes
Entre mars et juin 1994, plus de 800.000 personnes, majoritairement issues de l'ethnie tutsi, ont été tuées.

"La crise rwandaise s’achève en désastre pour le Rwanda, en défaite pour la France", écrivent ainsi les 14 historiens. La France est-elle pour autant complice du génocide des Tutsis? "Si l’on entend par là une volonté de s’associer à l’entreprise génocidaire, rien dans les archives consultées ne vient le démontrer", écrivent les auteurs a contrario des accusations avancées par Paul Kagamé, l'actuel président de ce pays d'Afrique de l'Est.

Génocide tutsi

Les massacres ont eu lieu en 1994. À l'époque, en l'espace de trois mois, entre mars et juin, plus de 800.000 personnes, majoritairement issues de l'ethnie tutsi, ont été tuées dans des massacres lancés après l'attentat le 6 avril contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana.

La France alors dirigée par François Mitterrand avait lancé l'opération Turquoise, une intervention militaro-humanitaire sous mandat de l'ONU entre juin et août 1994. "La France s’est longuement investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes", assènent les chercheurs.

"La France s’est longuement investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes."
Le rapport des 14 historiens

Faisant fausse route, "la France est demeurée aveugle face à la préparation d’un génocide par les éléments les plus radicaux de ce régime. Elle a adopté un schéma binaire opposant d’une part l’ami hutu incarné par le président Habyarimana, et de l’autre l’ennemi qualifié d’"ougando-tutsi" pour désigner le Front patriotique rwandais (FPR)".

Mise en cause de François Mitterrand

Les responsabilités sont pointées aussi bien avant, que pendant et après le génocide. Ainsi au moment des massacres à la machette, Paris aurait, selon leur décryptage, "tardé à rompre avec le gouvernement intérimaire qui le réalisait et a continué à placer la menace du FPR au sommet de ses préoccupations".

Enfin, la France aurait réagi avec retard en lançant l'opération Turquoise, qui comme le concède la Commission aurait permis de sauver de nombreuses vies "mais non celles de la très grande majorité des Tutsis du Rwanda, exterminés dès les premières semaines du génocide".

"Paris a continué à placer la menace du FPR au sommet de ses préoccupations."
Le rapport des 14 historiens

À ce titre, le rapport met directement en cause l'ancien président François Mitterrand qui entretenait "une relation forte, personnelle et directe" avec Juvénal Habyarimana, le président Hutu d'un régime "raciste, corrompu et violent", relatent les historiens.

Ambassadeur à Kigali

Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont pu avoir accès à des archives diplomatiques, militaires, présidentielles inédites. Même si certaines manquent encore à l'appel pour que la clarté soit totale.

Ainsi, l'Assemblée nationale a refusé d'ouvrir celles concernant sa mission en 1998. De même que les dossiers détenus par Jean-Christophe Mitterrand, le fils de l'ancien président, impliqué dans les réseaux africains de l'époque, sont eux aussi restés inaccessibles.

Ce rapport sera-t-il donc suffisant pour tourner une page douloureuse de l'histoire des deux pays? Du côté français, on veut y croire. "Nous espérons que ce rapport pourra mener à d'autres développements dans notre relation avec le Rwanda", a indiqué la présidence française qui souhaite le "retour d'un ambassadeur de France à Kigali dans les prochains mois". Reste à voir si le pays aux mille collines sera aussi friand d'une normalisation de cette relation.

Le résumé

  • La Commission sur le Rwanda, établie à la demande d'Emmanuel Macron, a remis vendredi son rapport pointant la "faillite de la France" dans ce pays.
  • Le rapport met directement en cause l'ancien président François Mitterrand.

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