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A Cuba, l'éternelle transition

©AFP

A moins d'un coup de théâtre, Raul Castro cédera la présidence cubaine. Les Cubains sont toutefois conscients que cet apparent changement de garde ne signifie pas la disparition totale de la famille Castro des cercles du pouvoir.

Au crépuscule de la présidence de Raul Castro, l'heure n'est pas à la fièvre électorale. Dans le quartier populaire havanais du Cerro, quelques anciens d'Angola, sont venus acheter la "Granma", le quotidien officiel du Parti communiste cubain. Ils ne décolèrent pas. Leurs préoccupations? La Syrie. "Ces gens, Trump (prononcez Troumpe), Emmanuel Macron et celle d'Angleterre, sont des cochons. Il faut envoyer un missile sur Washington", vocifère Abelardo, ancien artilleur dans l'enclave de Cabinda, en Angola, lors de la guerre que les Cubains y ont menée entre 1975 et 1989.

Après avoir dénoncé l'Occident à qui mieux mieux, la tension retombe un temps et Nelson, 80 ans, longtemps technicien d'une fabrique de tabac, donne ses pronostics pour la succession annoncée de Raul Castro : "J'ai deux candidats en tête. Le premier est Bruno Rodriguez (l'actuel ministre des Affaires étrangères) et le second Miguel Diaz-Canel (l'actuel numéro deux du gouvernement). Rodriguez est quelqu'un d'intelligent qui maîtrise tous les dossiers, internationaux ou pas. Diaz-Canel en maîtrise moins et il manque un peu de profondeur." 

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Miguel Diaz-Canel ©REUTERS

 

Incertitudes

Alors quelle transition politique? C'est encore un mystère, car si Miguel Diaz-Canel pouvait être président, les dés ne sont jamais jetés dans l'île communiste. Yanelys, propriétaire d'un Paladar (restaurant privé) dans le Vedado, nuance : "Ici rien n'est jamais sûr, si ce n'est qu'au fond rien ne change. Alors je ne parierais pas sur la nomination de Diaz-Canel."

Raoul Castro ©REUTERS

Après tout, le départ de Raul Castro a été différé plusieurs fois. Il devait initialement avoir lieu le 25 février. Le président cubain, prétextant la nécessité de régler les dégâts causés dans l'île par l'ouragan Irma, a déplacé son départ au 19 avril. Puis le 16 avril, nouveau coup de théâtre. Le frère de feu Fidel partira ce 18 avril. Enfin presque. Raul Castro restera premier secrétaire du Parti communiste cubain jusqu'en 2021 et par là même, en coulisses, le maître de l'armée et du pays.

Comme bien des Cuentapropistas (entrepreneurs privés), qui représentent désormais 12 % de la population active, Yanelys apprécie peu la bureaucratie socialiste. Mais comme presque tous les Cubains, elle est incapable de dire à quoi pourrait ressembler un autre Cuba. Contrairement aux analystes, elle se désintéresse de la question politique.  

Les enjeux de la transition

Les enjeux pour Cuba sont pourtant nombreux. Nelson confie : "J'avais 20 ans lorsqu'il y a eu le triomphe de la Révolution. Je me souviens qu'avant 1959, quelqu'un qui travaillait, mangeait sans problèmes. Ce qui n'est plus le cas. Les salaires ne permettent plus de se payer quoi que ce soit. Je ne sais pas ce que je mangerai demain."

©AFP

Alors que tout dialogue avec les États-Unis semble désormais impossible tant que Donald Trump sera au pouvoir, le successeur de Raul Castro devrait éviter les questions internationales pour se concentrer sur l'économie. Avec quelques grands chantiers :

→ l'unification monétaire dans un pays à la double monnaie
→ la hausse des retraites et des salaires
→ la lutte contre des inégalités sociales croissantes

Les travailleurs du public se plaignent de revenus indécents pour vivre. "Avoir supprimé dès le début de la Révolution les commerces privés fut une erreur", précise Nelson, qui vend toujours des journaux pour compléter sa maigre retraite. "L'État ne peut pas tout gérer."

En une décennie, Raul Castro a pourtant radicalement changé la société cubaine. Les Cubains ont désormais le droit de sortir du pays, d'acheter une maison, une voiture et de posséder un téléphone portable. Des droits théoriques pour l'immense majorité tant le pouvoir d'achat est bas, mais qui ont constitué une véritable révolution dans l'île.

Le président sortant a aussi mis en place dès 2010 un capitalisme à la Cubaine. Si les 600.000 Cuentapropistas se plaignent des charges et de la corruption, leur apparition massive a changé le visage de l'île.

Enfin, le rapprochement entre Cuba et les États-Unis en décembre 2014 a créé un véritable espoir de développement économique. C'était avant l'arrivée catastrophique de Donald Trump.

 

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