Au Venezuela, c'est "la mort du droit"

Luisa Ortega ©AFP

L'ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega affirme détenir de nombreuses preuves permettant d'attester de la corruption du président Nicolas Maduro. Craignant pour sa vie, elle a quitté son pays et est actuellement en fuite. Furieux, Maduro demande son arrestation.

L'ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega a affirmé ce mercredi lors d'une réunion du Mercosur (le marché commun sud-américain, communauté économique qui regroupe plusieurs pays de l'Amérique du Sud: l'Argentine, le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay et le Venezuela) à Brasilia détenir "beaucoup de preuves" de la corruption du président vénézuélien Nicolas Maduro. C'est la raison pour laquelle elle dit craindre également pour sa vie.

Luisa Ortega à la réunion du Mercosur. ©REUTERS

Arrivée tard mardi en provenance de Colombie, première étape de sa fuite du Venezuela, Ortega, dont Maduro réclame l'arrestation à Interpol, a également dénoncé "la mort du droit" dans son pays. L'opposante a profité de la tribune offerte par la réunion pour dénoncer le pouvoir chaviste. "Ce qui se passe au Venezuela, c'est la mort du droit. La stabilité de la région est en danger", a-t-elle affirmé. "Le Venezuela traverse une grave crise qui empêche (la population) d'avoir accès à l'alimentation, à la santé et aux médicaments de base".

Élu en 2013, le président Maduro est confronté depuis cinq mois à une vague de manifestations pour exiger son départ, qui ont fait 125 morts sur fond de naufrage économique. L'ex-procureure, relevée de ses fonctions par le pouvoir, a fui vendredi le Venezuela, où elle se considère victime d'une "persécution politique" et se dit menacée physiquement. "J'ai reçu des menaces sur ma vie et je (tiendrais) le gouvernement vénézuélien responsable si quelque chose devait arriver".

Luisa Ortega à la réunion du Mercosur. ©AFP

Comme elle l'avait annoncé, elle a attaqué l'intégrité des hauts responsables de son pays. "J'ai beaucoup de preuves, concrètement dans l'affaire Odebrecht, qui mettent en cause de nombreux hauts responsables vénézuéliens, à commencer par le président de la République", a-t-elle lancé.

→ Odebrecht, qu'est-ce que c'est? C'est l'un des plus grands groupes de construction d'Amérique latine, est au coeur d'un scandale de corruption qui a secoué tout le continent, avec la constitution d'un cartel ayant truqué des marchés de sous-traitance de la compagnie étatique Petrobras, distribuant des pots-de-vin à des hommes politiques.

"Beaucoup d'intérêts se liguent au Venezuela pour qu'il n'y ait pas d'enquête sur les faits de corruption, le narcotrafic, le terrorisme."
Luisa Ortega

"Dans le cas d'Odebrecht, nous avons découvert qu'ils avaient versé 100 millions de dollars à Diosdado Cabello (ex-président de l'Assemblée nationale) à une entreprise espagnole possédée par ses cousins", a-t-elle accusé. "Beaucoup d'intérêts se liguent au Venezuela pour qu'il n'y ait pas d'enquête sur les faits de corruption, le narcotrafic, le terrorisme", a déploré Ortega.

L'opposante a ajouté qu'elle livrerait les informations dont elle dispose "aux autorités de différents pays, Etats-Unis, Colombie, Espagne", "mais aussi Brésil", "pour qu'ils mènent leurs propres enquêtes".

Un soutien inconditionnel

Luisa Ortega à la réunion du Mercosur. ©EPA

Le procureur général du Brésil a indiqué avoir personnellement invité à la réunion de Brasilia Luisa Ortega, qui y a reçu le soutien inconditionnel de ses pairs. "Nous te reconnaissons comme la procureure générale du Venezuela. Tu peux compter sur le soutien de tous les parquets de la région", a déclaré le procureur paraguayen Javier Díaz Verón, évoquant une "gifle à la démocratie" au Venezuela.  

Largement isolé sur la scène internationale, le président Maduro compte toutefois encore un allié de poids: la Russie. Comme la Colombie, le Brésil a condamné la gestion de la crise par Maduro, dont le pays a été suspendu du Mercosur. Onze pays d'Amérique latine et le Canada ont récemment condamné la "rupture démocratique" au Venezuela, se joignant ainsi aux critiques de Washington, de l'ONU et de l'Union européenne.

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