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L'Argentine se débat pour sauver son peso

L'économie malmène le gouvernement de Cristina Kirchner. ©EPA

L’Argentine a tenté le coup de force pour en finir avec un taux change au noir bien plus bas que l’officiel. Un échec retentissant. Le pays a besoin d’une politique économique crédible s’il veut éviter un nouveau fiasco.

"Cambio, cambio, quieres Cambio?" (du change, du change, tu veux du change?). Il est devenu impossible de faire deux pas sur l’avenue Florida à Buenos Aires sans entendre les revendeurs de devises à la sauvette. Sur cette principale avenue commerciale de la ville, l’échange du dollar "blue", comme on l’appelle, est devenu le sport national. Des rabatteurs amènent les clients dans des "Cuevas", ces bureaux de changes clandestins qui occupent des arrières-boutiques, des restaurants, voire des appartements aménagés en bureau de change.

Un marché de change parallèle, tout à fait illégal, mais qui semble opérer sans se soucier des autorités. Le dollar "blue" s’échange au moins 40% au-dessus du taux de change officiel. Il est le signe par excellence que la politique interventionniste qui fixe artificiellement les taux de change a ses limites. "Nous ne pensons qu’en dollars américains, chaque fois que l’on établit nos prix, on fait la conversion dans nos têtes", nous dit une tenancière d’hôtel à Ushuaia.

Plus de confiance

Depuis la crise de 2001, les Argentins n’ont plus confiance dans leurs banques ni dans leur devise. Ils épargnent donc en dollars pour se protéger de l’inflation domestique galopante. "Celui qui a des dollars, ne les dépense pas et les garde précieusement", nous dit encore la gérante de l’hôtel. Et pour cause, garder ses dollars équivaut à augmenter drastiquement son pouvoir d’achat. Garder des pesos, le contraire.

Dans une tentative d’en finir avec le tout dollar, le gouvernement de Cristina Kirchner prenait des mesures drastiques en 2011. Il interdisait aux Argentins d’acheter des devises étrangères, sauf dans quelques rares exceptions. Le taux de change parallèle, déjà monnaie courante depuis 2001, connaîtra alors un boom sans précédent. Parallèlement, les réserves du pays ont chuté de 52 à 29 milliards de dollars depuis début 2011, l’Argentine ayant dû puiser dans ses économies pour régler les achats de carburants à l’étranger et rembourser sa dette.

Déprécié de 14% en 48h

Le gouvernement, avec l’objectif de combler ou du moins de réduire l’écart entre taux de change parallèle et officiel, a décidé en milieu de semaine de laisser se déprécier le taux de change officiel. Mais la machine s’est emballée. Le taux de change s’est déprécié de 14% en 48 heures. Qui plus est, à mesure que le taux officiel se dépréciait, le taux au marché noir faisait de même. Le "dollar blue" cotait jeudi à 13 pesos pour un dollar, alors que le taux officiel était de 8 pesos

"Après avoir lâché les taux de change, la Banque centrale a dû (ré)intervenir et ils ont perdu 180 millions de dollars de réserves. On assiste à l’échec d’une stratégie débutée en novembre qui avait cherché à contenir les pressions à la dévaluation. On ne peut pas laisser filer le change sans donner un nouveau signal politique", explique Carlos Quenan, économiste chez Natixis et professeur à Paris 3. "Il y aurait dû y avoir en parallèle un ajustement budgétaire avec une moindre progression des dépenses et une diminution du déficit budgétaire. On aurait limité le financement monétaire du déficit et donné un signal de convergence des politiques", détaille encore l’économiste.

Il indique que ça n’a pas été le cas et que la grève des policiers, ponctuée par de fortes augmentations salariales, "a mis la barre très haut pour les conventions collectives en février-mars avec une conséquence budgétaire importante vu que ces négociations concernent aussi les salaires des fonctionnaires".

Pour tenter de répondre aux inquiétudes du marché, le chef du gouvernement, Jorge Capitanich, a surpris les milieux économiques en annonçant vendredi la levée de la restriction à l’achat de dollars. Si on ne connaît pas encore les modalités dans lesquelles les Argentins pourront acheter des dollars, la mesure est emblématique mais pose question sur son effet sur les niveaux de réserves en dollars du pays. "Pour le moment, on ne peut que freiner la sortie de dollars avec une nouvelle parité soutenable et crédible qui pousse les exportateurs à libérer leurs dollars en pesos. Il faudrait aussi que les importateurs arrêtent d’avancer le plus possible leurs achats", dit-il encore.

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