L'avenir du Venezuela entre les mains de son armée

©EPA

L’armée soutient encore le président Maduro. Mais le président par intérim autoproclamé Juan Guaido ne désespère pas de l’attirer à lui grâce à sa loi d’amnistie.

L’armée vénézuélienne fera-t-elle tomber Nicolas Maduro au profit de Juan Guaido, le président par intérim autoproclamé reconnu par de nombreux pays occidentaux? Dimanche, ce dernier appelait encore les Vénézuéliens à descendre dans les rues pour "exiger des forces armées qu’elles se mettent du côté du peuple", après avoir offert l’amnistie aux militaires qui désavoueraient Maduro. Pour l’instant, c’est le régime qui semble pourtant avoir la main.

La semaine dernière, le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, a réitéré le soutien de l’armée à Maduro et, dimanche, il était à ses côtés pour assister à des manœuvres militaires dans le nord du pays. Des signes de fissures apparaissent cependant. Samedi, l’attaché militaire du Venezuela à Washington, le colonel Jose Luis Silva, faisait en effet défection. Et la semaine dernière, ils étaient 27 militaires à désavouer le président Maduro. La tentative de soulèvement s’est soldée par un échec, mais elle a marqué les esprits, d’autant que ce n’était pas la première fois que des militaires cherchaient à faire vaciller le régime.

Acteur central de l’État

L’armée est un acteur central de l’État vénézuélien. Hugo Chavez, le prédécesseur de Maduro, était issu de ses rangs. C’est lui qui avait dirigé le coup d’État militaire manqué de février 1992. Une deuxième tentative de renversement s’était produite quelques mois plus tard alors que Chavez était derrière les barreaux. Mais c’étaient ses hommes qui étaient à la manœuvre. Et lorsqu’il finit par accéder à la présidence en 1999, il laissa la part belle aux militaires dans son gouvernement.

L’armée contrôle la compagnie pétrolière nationale PDVSA et Camimpeg, l’entreprise chapeautant les activités d’extraction minière et pétrolière au Venezuela.

Maduro s’est également reposé sur l’armée. Il ira jusqu’à lui octroyer quasi un poste ministériel sur deux en 2017. À l’heure actuelle, son gouvernement compte sept ministres issus de l’armée ou de la garde nationale. Ils ont les portefeuilles de la Défense, du Pétrole, de l’Agriculture et de l’Alimentation, des domaines aussi stratégiques que gangrenés par la corruption.

L’armée dirige aussi plusieurs entreprises dans divers secteurs d’activité, comme les médias, la construction ou les banques. Surtout, elle contrôle la compagnie pétrolière nationale PDVSA et Camimpeg, l’entreprise chapeautant les activités d’extraction minière et pétrolière au Venezuela.

Mais, la crise économique et l’hyperinflation touchent également les militaires, surtout les moins gradés dont les salaires ont fondu. Ils seraient nombreux à avoir quitté l’armée pour des raisons économiques. Guaido espère convaincre ceux qui sont restés de lâcher Maduro.

Loi d’amnistie

Dévaluation

Le Venezuela a dévalué sa monnaie, le bolivar, de 34,83%, pour l’aligner sur le taux pratiqué sur le marché noir, pourtant combattu par le gouvernement de Nicolas Maduro. Avec la mise en place d’un nouveau système de changes lundi, le taux a été fixé à 3.200 bolivars pour un dollar.

Dimanche, des proches du "président par intérim" sont allés distribuer des tracts sur la loi d’amnistie devant plusieurs casernes. Les soldats étaient nombreux à déchirer les bouts de papier devant les caméras. Mais l’offre de Guaido, qui garantit à ceux qui lâcheront Maduro qu’ils ne seront pas poursuivis pour des faits commis ces 20 dernières années, pourrait faire mouche. Plutôt vague, cette loi d’amnistie ne fait pas l’unanimité auprès des opposants à Maduro dont certains estiment qu’il faudrait en exclure les crimes contre l’humanité ou les atteintes aux droits de l’homme. Mais, une telle loi parviendrait-elle à convaincre suffisamment de militaires?

D’après le New York Times qui a interviewé plusieurs officiers vénézuéliens sous couvert de l’anonymat et d’anciens militaires ayant quitté le pays, certains n’attendraient qu’un signe pour renverser Maduro. Des responsables américains auraient même rencontré plusieurs de ces (anciens) militaires rebelles en septembre dernier.

Maduro, de son côté, se serait entouré de mercenaires russes. D’après Reuters, il s’agirait notamment d’anciens militaires travaillant pour la société militaire russe Wagner, active en Syrie et dans plusieurs pays africains. Le Kremlin dément, mais continue à clamer haut et fort son soutien à Maduro…

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés