L'extradition d'El Chapo fait craindre une guerre des cartels de drogue

©AFP

Le narcotrafiquant mexicain Joaquin "El Chapo" Guzman a quitté sa prison mexicaine et a été extradé vers les Etats-Unis, à New York. Le narcotrafiquant doit comparaître vendredi devant un tribunal fédéral de Brooklyn. Mais cette extradition ne risque-t-elle pas de déclencher une guerre de cartels?

Le narcotrafiquant mexicain Joaquin "El Chapo" Guzman a quitté sa prison mexicaine et a été extradé vers les Etats-Unis, à New York, à la veille de l'investiture du 45e président des Etats-Unis, Donald Trump.

©EPA

Le narcotrafiquant est arrivé à New York jeudi soir et il doit comparaître vendredi devant un tribunal fédéral de Brooklyn, a annoncé un porte-parole du département américain de la Justice.

Agé de 59 ans, Guzman, arrêté en janvier 2016 après six mois de cavale, était l'un des chefs des cartels de la drogue les plus recherchés après son évasion d'une prison de haute sécurité du centre du Mexique par un tunnel creusé depuis des sanitaires.

Le tunnel utilisé par El Chapo pour s'enfuir de sa prison. ©Photo News

Guzman était détenu dans une prison de la ville frontalière de Ciudad Juárez, dans l'Etat de Chihuahua, où le cartel de Sinaloa qu'il dirige avait lancé et gagné une guerre des gangs meurtrière contre des bandes rivales.

Mexico avait approuvé en mai l'extradition vers les Etats-Unis d'"El Chapo" après avoir reçu la garantie que la peine de mort ne serait pas demandée à son encontre.

Il doit répondre aux Etats-Unis d'accusations de blanchiment d'argent, trafic de drogue, enlèvement et meurtre à Chicago, Miami, Brooklyn et Manhattan, entre autres. La justice mexicaine a précisé qu'il serait traduit en justice en Californie et au Texas, ce qui laisse prévoir une comparution pour des poursuites lancées à San Diego et El Paso.

©EPA

Vers une nouvelle guerre des gangs?

Le cartel de Sinaloa survivra certainement à l'extradition de son chef, Joaquin "El Chapo" Guzman, mais un cartel rival, puissamment armé, pourrait déclencher une guerre pour s'emparer de son empire.

• Les analystes comparent souvent le cartel de Sinaloa, qui brasse des milliards de dollars autour de la planète, à une multinationale suffisamment solide pour encaisser le départ de son PDG. Durant l'incarcération de Guzman, le business a été dirigé par l'associé de longue date du célèbre narcotrafiquant, Ismael "El Mayo" Zambada, selon Mike Vigil, ancien membre de l'agence américaine anti-drogue (DEA). "C'est une structure horizontale qui opère comme une entreprise globale, avec des filiales en partie indépendantes", explique-t-il.


Mais le départ de Guzman vers les Etats-Unis pourrait ouvrir la porte à deux conflits:
· une lutte interne
· une tentative d'OPA par un cartel rival pour s'emparer de son territoire.

Si Zambada est une figure respectée au sein du cartel, les nombreuses factions qui composent l'organisation criminelle de "El Chapo" pourraient finir par s'affronter.

 

• D'où viendrait la menace?

→ Les fils d'"El Chapo", le frère de Zambada et d'autres membres du cartel nourrissent en effet leurs propres ambitions.

Mais la menace la plus pressante provient du cartel Jalisco Nouvelle Génération, dont les incursions sur les territoires contrôlés par le cartel de Sinaloa, comme dans la ville frontalière de Tijuana (nord) ou dans l'Etat de Colima (est), ont abouti à des violences fratricides. Le cartel de Jalisco va voir dans cette extradition "une faiblesse" de son rival, anticipe Vigil.

"Ils pourraient décider de lancer une offensive tous azimuts contre le cartel de Sinaloa maintenant qu' El Chapo n'est plus dans le pays", prévient-il.

Le cartel Jalisco Nouvelle Génération: Il est dirigé par Nemesio Oseguera, surnommé "El Mencho", ce groupe criminel connu par ses initiales CJNG n'a pas hésité à lancer des attaques contre la police et les militaires. En mars et avril 2015, le cartel a tué 20 policiers au cours de deux embuscades dans son fief, l'Etat de Jalisco. En mai 2015, le gang avait utilisé un lance-roquettes pour abattre un hélicoptère de l'armée, tuant sept militaires et une policière. Le CJNG a tissé des liens avec d'autres entreprises criminelles dans le monde entier, selon le Trésor américain.

Un responsable du gouvernement mexicain a confié à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, que ce cartel est désormais plus prospère que celui de Guzman. Un analyste du gouvernement a évalué la fortune de CJNG à 50 milliards de dollars, plus du double de celle du cartel de Sinaloa, estimée à 20 milliards de dollars, selon cette même source. "Le cartel de Jalisco va dominer désormais sans doute encore plus" estime-t-il. "C'est le plus riche. Il a davantage de zones d'influence pour exporter la drogue" vers d'autres continents.
Un des fils de Guzman, Jesus Alfredo, a été kidnappé par les membres du CJNG dans un restaurant de la cité balnéaire de Puerto Vallarta, sur la côte pacifique, en août dernier. Il a été relâché quelques jours plus tard ont indiqué à l'AFP des responsables américains. Mais cet enlèvement a démontré la vulnérabilité de l'organisation criminelle de "El Chapo".

• Conflit interne?

Le cartel de Sinaloa pourrait cependant être son propre ennemi si ses différentes factions commencent à s'affronter pour en prendre le contrôle.
Le frère de Guzman, Aureliano Guzman Loera, alias "El Guano," dirige une faction qui a affronté le cartel de Beltran Leyva dans les montagnes de Sinaloa, selon des militaires. Les autorités ont aussi identifié ses fils, Jesus Alfredo et Ivan, comme membres du cartel.

"Si l'extradition d'El Chapo déclenche des conflits au sein du cartel, cela pourrait certainement ouvrir un espace pour le cartel de Jalisco" (Alejandro Hope, expert mexicain en sécurité)

La prison de Ciudad Juarez au Mexique où était détenu le narcotrafiquant. ©REUTERS

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés