L'oncle Sam et l'or noir inséparables

L'histoire des Etats- Unis et du pétrole (ici, le premier puits américain) se confond depuis la fin du 19ème siècle. ©© Bettmann/CORBIS

L’industrie du pétrole a dépensé 169 millions de dollars en 2009 pour peser sur les lois américaines.

Barack Obama hausse le ton. "Le temps d’adopter les énergies propres est venu", a-t-il déclaré mardi avec la solennité du président américain sur pied de guerre. "Le moment est venu de se lancer dans une mission nationale pour libérer l’innovation américaine et de s’emparer de notre propre destin", a-t-il insisté, appelant à une révolution comparable au programme spatial des années 60 ou à l’effort consenti pendant la Seconde Guerre mondiale.

La catastrophe historique causée par BP est l’occasion de promouvoir le passage à d’autres sources d’énergie. C’est que l’or noir, indispensable au fonctionnement de la majorité des industries, présente des revers auxquels Obama — comme une bonne partie de son électorat — est sensible: prix instable, réserves limitées, difficultés d’approvisionnement, impact environnemental négatif. Mais le lien entre les Etats-Unis et le pétrole est intense. Leur histoire est imbriquée depuis plus d’un siècle, lorsque la Standard Oil, fondée par John D. Rockefeller, régnait sur le pétrole. L’empire, trop influent, fut divisé en 35 sociétés qui devinrent au final ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips. Ces géants forment, avec les constructeurs automobiles, la clef de voûte de l’économie américaine.

Le chemin sera aride pour Obama. Il commence par l’adoption de la loi sur l’énergie et le climat, bloquée au Sénat. "Ce sera compliqué, car les lobbies pétroliers brandissent le spectre de la crise économique et des destructions d’emplois" explique Philippe Sebille-Lopez, expert au Cabinet Geopolia et auteur de "Géopolitique du pétrole".

L’omniprésence du lobby pétrolier dans la politique illustre bien l’interdépendance entre les Américains et l’or noir. "En 2009, les groupes pétroliers ont dépensé 169 millions de dollars pour faire pression sur le Congrès américain", révèle le Center for Responsive Politics. BP, à lui seul, a déboursé 16 millions de dollars pour peser sur les lois… dont l’Oil Spill Prevention Act, organisant la prévention des marées noires. Les élections présidentielles sont une autre occasion de générosité. En 2008, l’industrie pétrolière a injecté la bagatelle de 2,4 millions de dollars dans la campagne du républicain John McCain et 500.000 dollars dans celle du démocrate Obama. Ce dernier fut le premier bénéficiaire des largesses de BP (71.000 dollars). Et la marée de billets verts ne se tarit pas. Au premier trimestre 2010, BP a dépensé 3,5 millions dans le lobby.

Aujourd’hui, le groupe britannique fait plutôt figure "d’arroseur arrosé". Il est sommé par des élus du Congrès de verser anticipativement 20 milliards de dollars pour éponger les frais de la marée noire, car la justice ne tranchera pas de sitôt la question de la responsabilité. "Dans le cas de l’Exxon Valdez, il a fallu 18 ans pour obtenir une décision. Et Exxon a payé dix fois moins que les dommages causés" indique Philippe Sebille-Lopez.

"Obama est obligé d’avoir la main lourde avec BP et de réclamer des milliards. C’est le seul moyen pour lui de s’en sortir. Il faudra du temps avant que la loi sur l’énergie et le climat ne soit adoptée. Et rien ne dit que les successeurs d’Obama iront dans le même sens", conclut-il.

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