La Colombie n'a pas encore fait la paix avec la cocaïne

Le président colombien Santos et le leader des Farcs lors de la signature de l’accord de paix. ©REUTERS

La Colombie n’a jamais produit autant de cocaïne, selon un rapport de l’ONU. L’accord de paix est pointé du doigt. En promettant des aides aux fermiers, le programme encourage indirectement à cultiver la coca. Le marché américain est inondé de cocaïne colombienne bon marché.

Près de 25 ans après la mort du célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar, la Colombie n’a jamais produit autant de cocaïne, selon un nouveau rapport des Nations Unies. Malgré les efforts du pays pour faire oublier sa réputation de capitale de la drogue, la paix en Colombie a conduit à un boom de la cocaïne aux Etats-Unis.

La production de cocaïne dans des laboratoires clandestins à travers le pays a atteint 866 tonnes en 2016, contre 646 en 2015. Et la Colombie est de retour au même niveau qu’en 2001 en ce qui concerne la surface de plantations de coca. Les cultures illégales sont passées à 146.000 hectares en 2016, soit une hausse de 52% en un an.

"Le rapport montre un panorama complexe."
Bo Mathiasen
Représentant en Colombie du Bureau des nations unies

Mais les résultats de l’étude montrent un "panorama complexe", a déclaré Bo Mathiasen, le représentant en Colombie du Bureau des Nations contre la drogue et la criminalité. 80% des lots identifiés en 2016 avaient déjà été détectés auparavant et éradiqués. "La hausse se concentre dans des zones qui produisaient déjà de la coca par le passé, nous ne sommes pas face à un phénomène d’expansion", a précisé le coordinateur du rapport. Les fermiers qui cultivent la coca ont donc rencontré des nouveaux stimulants pour accroître leurs zones de plantations illégales.

Effet pervers

La suspension de la pulvérisation aérienne pour détruire les cultures illicites est une première explication de l’augmentation du nombre d’hectares. En 2015, les pulvérisations ont été arrêtées à la demande de la Cour Constitutionnelle. Le pesticide utilisé, le glyphosate, a été classé comme "cancérigène probable" par l’Organisation mondiale de la santé. La suspension des épandages contre les plantations de coca a réduit le risque associé à l’activité illicite pour les paysans.

©MEDIAFIN

L’accord de paix signé le 29 août 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) après 52 années de guerre doit mettre fin aux cultures illicites. Dans la lutte contre le narcotrafic, les autorités ont effectivement choisi la technique de la carotte et du bâton. Le plan d’éradication prévoit de détruire par la force les plantations de coca tout en proposant des sources alternatives de revenus aux paysans.

Mais le deal obtenu avec les Farc a aussi son effet pervers pour les fermiers. Sachant qu’ils se verront octroyer des aides s’ils cessent de cultiver de la coca, certains paysans rembourrent à présent leurs champs de culture légale avec le plus de plantations illégales possibles. Ils espèrent ainsi recevoir eux-aussi les subsides promis par l'Accord de paix. Plus de 50.000 familles ont déjà accepté de remplacer leurs cultures en échange de subsides à hauteur de 12.000 dollars.

Boom de cocaïne

Le marché de la cocaïne est désormais saturé et les prix se sont effondrés. Aux Etats-Unis, la consommation de cocaïne est montée en flèche. 90% de la cocaïne en vente aux Etats-Unis est d’origine colombienne. Et il n’y a jamais eu autant d’overdose dans le pays depuis 2006.

Donald Trump s’est alarmé du record de production de cocaïne atteint par la Colombie, lors de la visite à Washington au mois de mai du président colombien Juan Manuel Santos. Le pays et son allié américain semblent comprendre que la fin de la guerre avec les Farc a rendu la lutte contre la drogue plus compliquée.

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