Le gouvernement vénézuélien prend le contrôle de la principale banque privée du pays

Le gouvernement Maduro a pris la direction de la banque privée Banesco pour 90 jours. ©AFP

Banesco, la principale banque privée du Venezuela, est passée sous la coupe du gouvernement. Une mainmise officiellement déclarée comme temporaire.

Ce jeudi, le gouvernement vénézuélien a ordonné l'arrestation d'Oscar Doval, président de la banque privée Banesco et de dix autres cadres avant de décider de faire passer l'institution sous son contrôle. Un contrôle provisoire qui ne devrait s'étendre que sur 90 jours.

Prétendue attaque spéculative sur la monnaie

Cette démarche résulte de l'accusation de la part du gouvernement d'une supposée complicité de Banesco dans des opérations spéculatives contre la monnaie locale. Le procureur général Tarek William Saab a rapporté que les cadres arrêtés étaient soupçonnés par l’État d'avoir couvert voire facilité "des attaques" contre le bolivar. "L'objectif final (de ces actions) était de détruire la monnaie vénézuélienne."

"Nous espérons reconduire l'administration de la banque, en l'assainissant et en la privant de toute activité illicite"
Vice-présidence en charge de l'Economie

Le pouvoir pointe du doigt l'institution bancaire qui serait, selon lui, responsable de l'effondrement de la monnaie vénézuélienne, et ce, à travers la sortie de papier-monnaie vers l'étranger et la spéculation sur le prix du dollar au marché noir. Le gouvernement Maduro, qui qualifie les responsables de Banesco de "mafias", prétend que la banque a fixé des taux pour le dollar au marché noir multipliant jusqu'à 12 fois la cotation officielle, ce qui aurait contribué à altérer le marché des changes.

Les supposés "manquements graves et notoires à ses obligations de prévention de blanchiment de capitaux" auraient incité le gouvernement à prendre le contrôle de la banque et à nommer un nouveau conseil d'administration.

Cette opération policière s'inscrit dans une politique amorcée mi-avril pour lutter contre ces présumées "mafias" désignées comme responsable d'attaques contre le bolivar. A ce jour, 134 arrestations ont été recensées et 1.380 comptes ont été gelés, parmi lesquels 1.000 de Banesco.

"Nous espérons reconduire l'administration de la banque, en l'assainissant et en la privant de toute activité illicite", a affirmé la vice-président en charge de l’Économie.

Une décision qui crispe

Le président du groupe financier Banesco international, Juan Carlos Escotet, a réagi à l'annonce de ces décisions gouvernementales. Il a annoncé sa venue au Venezuela afin de faire la lumière sur cette affaire et de "secourir" ses collègues dans ce moment injuste et difficile." Le dirigeant a jugé que le traitement de l'affaire est "disproportionné" et s'est engagé à renforcer les contrôles pour prévenir tout acte illicite.

"Par conviction, Banesco a toujours travaillé en accord avec le droit en étant très scrupuleux sur l'application du cadre juridique"
Juan Carlos Escotet
Président du groupe financier Banesco International

"Je me rends au Venezuela avec l'esprit tranquille pour soutenir mes collègues et je me mets au service du gouvernement avec la confiance que tout sera clarifié", a déclaré Juan Carlos Escotet, qui a tenu à balayer tout soupçon d'activité illégale de la banque. "Par conviction, Banesco a toujours travaillé en accord avec le droit en étant très scrupuleux sur l'application du cadre juridique."

Henri Falcón, progressiste et principal adversaire de Nicolas Maduro pour les présidentielles du 20 mai, a critiqué l'arrestation des cadres de la banque et son contrôle temporaire par l’État. "La cas Banesco est très grave. Le gouvernement essaie, comme toujours, de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. Maintenant, il s'avère que le coupable de l'inflation et du fait qu'il n'y ait pas d'argent dans la rue est une banque privée", a-t-il estimé, en soulignant que l'hyperinflation au Venezuela est le résultat de la politique du Président Maduro.

L'inflation et le marché de change parallèle

Selon les chiffres fournis par le Fonds Monétaire International, le Venezuela est dans une situation d'hyperinflation à hauteur de 13.800%. Le marché parallèle des changes s'est profondément ancré dans le pays depuis l'instauration en 2003 d'un contrôle des changes très strict qui permet à l’État de monopoliser les devises et de les rendre dès lors inaccessibles dans les bureaux de change officiels.

Le pétrole, ressource primordiale pour le pays, a vu ses recettes décroître drastiquement. Face à cela, le gouvernement a décidé de geler la remise de dollars au secteur privé. Celui-ci se fournit dès lors sur le marché noir en vue d'importer produits et matières premières, ce qui alimente la spirale inflationniste.


"Nous condamnons les actions contre Banesco. La détérioration de notre économie est le produit de l'incapacité de ce gouvernement", a-t-il déclaré sur Twitter. "Ce qui s'est passé avec Banesco est ce qui arrivera aux autres entreprises privées si ce gouvernement reste six années de plus. Ne leur permettons pas de continuer à détruire tout dans leur sillage."

Condamnation ferme aussi du côté de Carlos Vecchio, coordinateur politique du parti Voluntad Popular. "Maduro veut maintenant mettre la main sur Banesco. Cela va nuire, non pas à Escotet mais aux Vénézuéliens qui ont leur argent dans cette banque. Ils vont voler l'argent des gens ordinaires. C'est-à-dire le peu qu'ils ont."

Certaines personnalités craignent à terme la mainmise de l’État sur le secteur bancaire et les répercussions sur le peuple vénézuélien. A l'instar de Julio Borges qui siège à l'Assemblée Nationale.

"Ils ont de nouveau blessé le peuple. Ils vont faire s'écrouler le système de paiement et vont générer davantage de chaos et d'angoisses pour les Vénézuéliens. L'intervention de Banesco est une autre grave erreur de ce gouvernement corrompu. Nous feront tout pour que vienne le changement."

La polémique Banesco intervient alors que Nicolas Maduro vient d'annoncer la création de la première banque numérique de cryptomonnaies pour les jeunes. Certains voient entre cette décision et l'arrestation des cadres de Banesco une coïncidence étonnante. Cependant, il est à l'heure actuelle impossible de déterminer si un lien existe entre ces deux événements.


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